Après une avalanche de remakes et de franchises à gogo, Disney nous surprend à sortir un film bien différent de ses productions habituelles, centré sur la question de l’identité, les plaisirs et les affres d’un premier amour au lycée. D’une légèreté et d’une sensibilité sans faille, Stargirl, inspiré du best-seller de Jerry Spinelli, nous transporte dans un univers à la fois doux et féerique, enveloppé dans une simplicité et une fraîcheur épatantes. La mise en scène de Julia Hart dégage une puissance émotionnelle très rare, confirmée par l’interprétation de sa distribution, et en particulier, celle de la jeune chanteuse pop, Grace VanderWaal qui fait ici ses débuts en tant qu’actrice.

DUR, DUR D’ÊTRE UN ADO !

Léo Borlock (Graham Verchere), un jeune adolescent « sans histoire », vit seul avec sa mère dans une petite ville d’Arizona et suit ses études au lycée Mica. L’arrivée en classe d’une jeune femme surnommée Stargirl Caraway, fantasque et excentrique, va chambouler le quotidien de Léo, intrigué par cette joueuse de ukulélé au caractère singulier… Au premier abord, on pourrait trouver le scénario un peu chargé en pathos (un garçon solitaire, la mort du père, la rencontre avec une jeune fille mystérieuse, etc.) Détrompez-vous : ici, tout semble respirer la sincérité puisque la réalisatrice se contente de donner corps au réel par un très faible recours aux artifices de la fiction. Le dispositif, tout-à-fait surprenant, s’appuie sur une mise en scène sobre et discrète,  Julia Hart filmant au plus près ses deux personnages avec beaucoup de pureté. La cinéaste ne manque d’apporter la touche de magie et de fantaisie nécessaire à propulser son « histoire réelle » vers les étoiles. Les scènes oniriques et les plans larges n’en gagnent ainsi que davantage de force. Stargirl brasse également avec brio plusieurs thèmes, tels que l’identité et la difficulté de trouver sa place dans les cours des lycées, ou encore les premiers émois amoureux. Rappelons que le film s’inspire d’un roman de Jerry Spinelli, auteur américain très connu pour ses œuvres consacrées à l’enfance, aux adolescents et aux jeunes adultes. Le défi de l’adaptation de Stargirl consistait donc à trouver le juste équilibre entre la réalité et la fantaisie pour offrir des scènes à la hauteur de l’œuvre originale, avec l’apport d’un sens du visuel certain. On peut le dire : le pari est réussi. On s’amuse et on s’allège de toutes les pressions grâce à une mise en scène maîtrisée. Le film traite parfaitement de l’amour et de ses contrariétés. L’intelligence de Stargirl, c’est justement qu’il n’ambitionne rien d’autre que de nous rappeler  que  oui, certains teen movies peuvent évoquer de « vrais problèmes » !

© Dale Robinette/Disney Enterprise

© Dale Robinette/Disney Enterprise

STARGIRL CARAWAY

Plonger dans les contrariétés de « l’âge ingrat » nécessite bien sûr un casting à même de pouvoir guider le spectateur. L’alchimie entre Graham Verchere, acteur talentueux et généreux, vu récemment dans Summer of ’84 de Davey Armstrong et surtout la jeune et stupéfiante Grace VanderWaal, nouvelle coqueluche d’Hollywood, surtout connue aux États-Unis pour ses prouesses vocales en tant que chanteuse pop, fonctionne à merveille. Le scénario ne laisse pas un seul instant le temps de s’ennuyer, surtout grâce au mystère qui entoure le personnage de Stargirl. Le film recèle aussi de vrais moments de bonheur grâce au personnage qu’incarne Grace VanderWaal. On tombe ainsi sous son charme lorsqu’elle fait tomber la pluie dans les canyons de l’Arizona ou qu’elle participe à un concours d’élocution.

L’énergie sous-jacente dans son discours participe également de l’effet de réel global. Au-delà de cette jolie petite histoire d’amour, superbe et universelle, le spectateur assiste avant tout à un récit d’initiation dans une période où les adolescents se cherchent (le jeu du chat et de la souris, le baiser, le regard des autres), se jugent (la scène où Stargirl renonce à son style vestimentaire en vue de se normaliser) et s’acceptent (la séquence du bal). Une véritable douceur, enivrante et pudique, traverse le film tout du long jusqu’à son point d’orgue, une scène de rupture dans laquelle la réalisatrice fait le choix d’éviter toute frontalité. Le dénouement, plus ouvertement mélodramatique mais amener finement sans être larmoyant, touche en plein cœur avec une belle note positive en prime. Que retenir de Stargirl, donc ? Enfin une production Disney enthousiasmante, capable d’offrir une bien jolie représentation du passage à l’âge adulte sous forme de feel good movie très réussi ! L’ensemble très rythmé, la fine écriture des dialogue et le casting parfait convergent procurent un pur moment de bonheur, comme on aimerait en voir  décidément plus souvent !

© Disney

Stargirl (2020 – États-Unis) ; Réalisation : Julia Hart. Scénario : Kristin Hahn, Jordan Horowitz et Julia Hart d’après l’oeuvre de Jerry Spinelli. Avec : Grace VanderWaal, Graham Verchere, Karan Barr, Giancarlo Esposito, Darby Stanchfield, Maximiliano Hernandez, Julia Flores, Shelby Simmons, Juliocesar Chavez, Annacheska Brown, Damian O’Hare, J. Nathan Simmons et Gavin White. Chef opérateur : Bryce Fortner. Musique : Rob Simonsen. Production : Eddie Gamarra, Ellen Goldsmith-Vein, Kristin Hahn, Lindsay Williams, Lee Stollman, Jordan Horowitz, Jonathan Levine et Jim Powers – The Walt Disney Company. Format : 2.05:1. Durée : 107 minutes.

Disponible sur Disney+ le 7 avril.

Copyright photo de couverture : Dale Robinette/Disney Enterprise.