C’est l’histoire de deux frères de sang attifés comme des clochards célestes. Deux saltimbanques chargés par le Seigneur de sauver leur orphelinat, mission dont ils s’acquitteront en organisant un grand concert de R&B. L’histoire abracadabrantesque des Blues Brothers est digne d’une note en bas de page. Son scénario, un millefeuille ésotérique à faire pâlir d’effroi un script doctor. Et pourtant, le film complètement foutraque de John Landis ne cesse de s’attirer la sympathie des spectateurs depuis 40 ans et même plus récemment du Vatican. Car si elle ne brille pas par son académisme, la bobine reste avant toute une capsule temporelle qui renferme la fragrance surannée d’une époque perdue dans un grand nuage de coke.

LE BLUES ET LES ABEILLES

L’histoire des Blues Brothers commence en 1974 dans les vapeurs de l’alcool, et plus précisément dans un bar de Toronto, le 505 Club. Son propriétaire, un certain Dan Aykroyd, partage son temps entre des impros théâtrales avec la troupe du mythique Second City – vivier de talents comiques où ont fait leur classe Bill Murray John Candy, Mike Myers ou encore Tina Fey – et son speakeasy, généralement ouvert sur les 1h du matin à ses camarades de jeu et ses célèbres amis, dont Jack Nicholson et Howard Shore. C’est d’ailleurs au cœur de la nuit qu’un homme râblé, engoncé dans une veste en cuir, passe la porte du 505. Aykroyd l’a déjà remarqué sur les planches du Second City qui vient d’ouvrir ses portes à Toronto, la maison-mère se situant à Chicago. Il s’appelle John Belushi et bourlingue entre Chicago et New York où son talent comique lui vaut d’écrire, réaliser et jouer dans un show radio désopilant, The National Lampoon Hour, produit par une gazette satirique du même nom. Belushi fait la bringue à Toronto dans l’idée de dégoter de nouveaux talents, dont Gilda Radner et Dan Aykroyd. Ce dernier pourrait bien faire l’affaire… S’il n’avait de bonnes raisons de rester au Canada. Aykroyd est très attaché à sa terre natale et un contrat de deux ans le lie à la troupe du Second City. Il ne peut pas non plus abandonner son bar, un temple dédié à sa passion pour le blues qu’il a découvert adolescent au Hibou, un petit club d’Ottawa où passaient régulièrement des stars du blues comme Howlin’ Wolf, Buddy Guy et Muddy Waters. Aykroyd est à son tour passé musicien professionnel pendant ses années de fac à Toronto lorsqu’il jouait avec un groupe local, le Downchild Blues Band, cofondé en 1969 par deux frères, Donnie et Richard « Hock » Walsh. Belushi, lui, préfère les riffs endiablés de Ritchie Blackmore au style décontracté de B.B. King. Mais ce soir-là, la musique dans le juke-box accroche son oreille. « C’est un groupe local, The Downchild Blues Band » explique Aykroyd. « Du blues ? J’en écoute pas trop » rétorque Belushi. Aykroyd démasque son interlocuteur : « toi, t’es de Chicago ! » Vrai. Fils d’immigrés d’origine albanaise, John Belushi a grandi à Wheaton, une banlieue à l’ouest de ce qui fut la seconde plus grande métropole des États-Unis jusqu’au milieu des années 80. Bref, c’est le début de l’une des plus belles histoires d’amitié de la comédie américaine. D’un côté un ado attardé hypersensible, excentrique et même parfois intimidant, mais chaleureux et loyal avec ses amis. De l’autre, un grand dadais de plus d’1m80 passionné par le paranormal, les voitures, le blues et l’harmonica dont il a appris à jouer pour couvrir le « bruit d’enfer » des machines lorsqu’il était surveillant de chantier dans l’Arctique canadien. Sa furieuse passion pour le blues contamine John Belushi, las du hard rock et imperméable à la musique disco en vogue. Le destin réunit les deux amis un an plus tard sur le petit écran dans une nouvelle émission hebdomadaire, The Saturday Night Live sur NBC. Le producteur du show Lorne Michaels connaît les talents d’Aykroyd depuis un certain temps. Il l’a rencontré sur le tournage d’une série comique alors que l’acteur était encore adolescent. C’est ainsi que ce dernier s’envole à New York pour apparaître à l’écran aux côtés de Chevy Chase et John Belushi, tous déguisés en abeilles, dans la première émission du SNL, le soir du 11 octobre 1975. Lorne Michaels reçoit dès le lendemain une note des dirigeants de NBC : le show fonctionne parfaitement, à l’exception des abeilles.

Le premier casting du SNL en 1975 dont Chevy Chase, John Belushi, Gilda Radner, Jane Curtin, Laraine Newman et Garrett Morris © NBC/Getty Images

John Belushi dans son costume d’abeille à la patinoire du Rockefeller Center Ice Rink pour tourner un sketch du SNL, en 1975 © Owen Franken/Corbis

Les « Killer Bees » se produisent cependant à onze reprises pendant la première saison de l’émission qui réunit chaque semaine des millions de spectateurs. Aykroyd se fait remarquer grâce à ses imitations de « Tricky Dick » et une poignée de sketchs passés depuis à la postérité. Il incarne tour-à-tour Yortuk Festrunk, un immigré tchèque grivois, Beldar, patriarche des Coneheads, une famille d’aliens affublés de crânes en forme d’ogive ou encore Fred Garvin, un prostitué professionnel très bavard. Belushi conquiert les spectateurs avec son imitation plus vraie que nature de Joe Cocker et à son interpétation du samouraï Futaba. Les deux amis prennent l’habitude de passer en revue leurs performances après chaque représentation dans le club que le second vient d’acquérir à New York, le Holland Tunnel Blues Bar. Belushi ne cesse de se plaindre de son costume d’abeille et des gags bêtifiants imposés par le sketch. Aykroyd, taiseux, finit en général par dégainer son harmonica pour détendre l’atmosphère. Il caresse depuis un certain temps l’idée de rendre hommage à Chicago et à sa musique sous la forme  d’un sketch inspiré de son expérience avec Donnie et « Hock » Walsh à Toronto. Belushi et lui incarneraient deux frères récidivistes animés par une furieuse passion pour le blues. Le duo trouve un compromis avec les producteurs du SNL. Les costumes d’abeille restent à condition de remplacer les gags par des standards de rhythm’n’blues. Lorne Michaels donne une première chance au duo, pour l’heure sans nom, lors de l’émission du 17 janvier 1976. Aykroyd et Belushi débarquent sur scène dans leurs costumes de « Killer Bees » pour interpréter un standard de blues, « I’m a King Bee ». Le numéro fonctionne plutôt bien, mais ne convainc pas suffisamment Lorne Michaels de lui donner une suite. Aykroyd et Belushi doivent se contenter pour l’heure de chauffer le public pendant les coupures publicitaires ou accompagner la fin de l’émission en musique. A l’automne 1977, Belushi tourne dans son premier film, Animal House, co-produit par le National Lampoon et Ivan Reitman, d’après un scénario inspiré des années de fac de Harold Ramis. Le long-métrage est mis en scène par un jeune réalisateur aussi loufoque que cinéphile, John Landis, un natif de Chicago qui s’inspire de Buster Keaton et des Marx Brothers pour diriger sa joyeuse troupe de trublions dans la ville d’Eugene, Oregon. Animal House est en effet une vitrine de « l’esprit Saturday Night Live » qu’incarne à lui seul John Belushi.

L’idée n’enchante pas Landis de prime abord. Le cinéaste souhaite n’engager que des inconnus. Aykroyd se voit ainsi sans surprise proposer un rôle qu’il refuse parce que le SNL occupe la plupart de son temps. Belushi accepte de relever le défi, quitte à s’épuiser lors des voyages hebdomadaires entre New York et l’Oregon. Un soir après le tournage, il découvre dans un hôtel un musicien talent du coin âgé de 25 ans, Curtis Salgado. « J’aime ta musique. Ça me rappelle un de mes amis. Il s’appelle Dan Aykroyd. Il te ressemble, il joue aussi de l’harmonica. » Le musicien de blues-rock animé par la même passion que Belushi se lie d’amitié avec l’acteur et lui prête une trentaine des albums de son panthéon intime : Fats Waller, Magic Sam, Sonny Boy Williamson. La fièvre du blues ne fait qu’augmenter. Elle exsude dorénavant par tous les pores de Belushi qui accompagne de temps en temps son nouvel ami sur scène pour chanter un standard de Floyd Dixon que le musicien lui a fait découvrir : « Hey, Bartender »… En imitant Joe Cocker !

« Bluto » Blutarsky dans Animal College (1978) de John Landis, la comédie la plus rentable du cinéma américain © Christine Loss/Universal Pictures

AYKROYD ET BELUSHI AU SOMMET DES CHARTS

Retour à New York, quelques mois plus tard. Lorne Michaels se laisse convaincre de redonner une chance au duo formé par Aykroyd et Belushi. Howard Shore, alors directeur musical du SNL, leur suggère en plaisantant de se faire appeler : « The Blues Brothers ». Costard et cravate noir, Fedora enfoncé sur le crâne façon John Lee Hooker et Ray Ban Wayfarer sur le nez – costume qu’ils empruntent à leurs personnages d’agents secrets du président américain Gerald Ford interprété par Chevy Chase dans une série de sketchs du SNL – Aykroyd et Belushi réapparaissent à l’écran le le 22 avril 1978. Le premier incarne le cadet des frères Blues, Elwood, un harmoniciste laconique, face au second qui campe Jake, un ex-taulard sorti de la prison de Joliet dans la banlieue de Chicago au bord de la fameuse « Route-mère » 66. Paul Shaffer, claviériste de l’orchestre de l’émission, les présente comme un duo de Chicago découvert en 1968 par un mystérieux Marshall Checker, leader d’un groupe de blues fictif. Aujourd’hui assagis, Jake et Elwood sont devenus un « produit commercial [suffisamment] viable » pour mériter une apparition à l’écran à une heure de grande écoute. Belushi enchaîne sans plus attendre avec un standard de blues… « Hey, Bartender ». Les Blues Brothers ne butinent plus. Les voici membres à part entière du SNL. Trois mois plus tard, c’est au tour de John Belushi de triompher dans les salles grâce au film de John Landis et à son personnage, « Bluto » Blutarsky, le gros glouton plein d’astuces d’une fraternité universitaire décadente. L’acteur crève l’écran et s’apprête à enflammer la scène de l’Universal Amphitheater de Los Angeles où Jake et Elwood doivent assurer la première partie du one-man show de leur camarade du SNL, Steve Martin. Mais si leur sympathique petit numéro fonctionne à merveille sur un plateau de télévision, les Blues Brothers ne peuvent assurer un show complet sans un orchestre digne de ce nom. Aykroyd et Belushi se tournent vers Paul Shaffer pour monter un groupe au pied levé. 

Dan Aykroyd et Steve Martin posing incarnent les frères Frestrunk au Saturday Night Live, en 1978 © NBC Television/Archive Photos/Getty Images

Les Blues Brothers au Saturday Night Live le soir du 18 novembre 1978 © Al Levine/NBCU Photo Bank/NBCUniversal/Getty Images

Le claviériste s’empresse de débaucher des musiciens de studio plutôt côtés, bien que pour la plupart inconnus du grand public. La section des cuivres revient à deux vieux camarades du groupe Blood, Sweat and Tears, le saxophoniste « Blue » Lou Marini (qu’on entend également sur une poignée d’albums de Lou Reed et Frank Zappa) et le trompettiste Tom « Bones » Malone (qui revient d’une célèbre tournée avec The Band, immortalisée par Martin Scorsese sous le titre de The Last Waltz). Ce dernier ramène dans ses valises un camarade tout aussi prestigieux que lui, Tom « Triple Scale » Scott, qui peut se vanter de tâter du saxophone pour de grands noms de l’industrie musicale (les Wings, Rod Stewart ou encore Blondie), de Hollywood – on l’entend sur la B.O. de Taxi Driver – et du petit écran – le thème de Starsky et Hutch, c’est lui ( !)… Shaffer suggère également d’embaucher deux autres pointures nécessaires au groove de Jake et Elwood : le guitariste Steve « The Colonel » Cropper et le bassiste Donald « Duck » Dunn, membres fondateurs du groupe mythique Booker T. and the M.G.’s en provenance de Memphis. La section des cordes s’adjoint les services d’un autre mastodonte de la profession : Matt « Guitar » Murphy, camarade de jeu de Howlin’ Wolf, Chuck Berry, Ike Turner, Etta James ou encore Buddy Guy. Réunir ces cracks ne s’avère pas aussi simple que de griffonner une set list dans la marge d’un cahier. Belushi les harcèle jour et nuit par téléphone jusqu’à obtenir leur aval, sans doute par épuisement, sûrement en leur faisant miroiter monts et merveilles. D’autres signatures sont obtenues plus facilement. Ce sont celles des musiciens « maison » qui accompagnent déjà le comédien sur le plateau du Saturday Night Live : le batteur Steve « Getdwa » Jordan et le trompettiste Alan « Mr. Fabulous » Rubin. C’est donc avec ce « supergroupe » que Jake et Elwood se produisent pour la première fois en concert à Los Angeles. Aykroyd débarque sur scène avec une mallette reliée à son poignet par des menottes, Belushi, avec une clé pour l’ouvrir. A l’intérieur se trouve l’harmonica d’Elwood. Les deux compères ont également fignolé une routine cartoonesque entre deux verres de whisky au Holland Blues Bar. Belushi singe les déhanchés d’Elvis Presley ; Aykroyd reproduit les acrobaties d’Helzapoppin (H. C. Potter, 1941). « Bonsoir, mesdames et messieurs, et bienvenue à l’Universal Amphitheater. Eh bien, nous y voilà, à la fin des années 1970, en 1985. Vous savez, une si grande partie de la musique que nous entendons aujourd’hui est du disco électronique préprogrammé, nous n’avons plus jamais l’occasion d’entendre des maîtres du blues à l’oeuvre. En 2006, la musique connue aujourd’hui sous le nom de blues n’existera plus que dans les rayons des disques classiques de votre bibliothèque publique locale. Ce soir, mesdames et messieurs, pendant que nous le pouvons encore, accueillons, depuis Rock Island, Illinois, le groupe de blues de « Joliet » Jake et Elwood Blues, The Blues Brothers ».

John Belushi et Dan Aykroyd, les deux inséparables à la fin des années 70 © DR

Le Blues Brothers Band en studio, en 1980 © David Alexander

Le show dépasse toutes les espérances d’Aykroyd et Belushi. On ne vient plus pour voir Steve Martin mais « The Blues Brothers’ Show Band and Revue ». Jack Nicholson et Mick Jagger font partie du public qui afflue en masse au cours des neuf représentations programmées tout au long de l’été. Michael Klefner, producteur chez Atlantic Records, parvient à obtenir au groupe un contrat avec le label historique du R&B né à la fin des années 40. Les Blues Brothers enregistrent ainsi un premier album en live, Briefcase Full of Blues, qu’ils dédient à Curtis Salgado et aux Downchild Blues Band dont ils interprètent deux chansons originales. Les vinyles s’arrachent à des millions d’exemplaires deux mois plus tard. Des vieux standards de blues se hissent au sommet des charts promis d’ordinaire aux stars du disco et de la pop. Otis Redding et Isaac Hayes tutoient sans rougir Elton John et Donna Summer. Par-delà ce triomphe inespéré, les Blues Brothers peaufinent leur identité. Le livret de l’album détaille les grandes lignes de leur histoire : Jake et Elwood ont découvert le blues dans leur jeunesse grâce au concierge de l’orphelinat catholique où ils ont grandi. Plus important encore, la biographie précise que leur fraternité de sang a été scellée en leur coupant le majeur avec une corde de la guitare d’Elmore James. Jake et Ellwood Blues ont aujourd’hui besoin de 5000 dollars pour sauver leur orphelinat. Le mythe des origines s’enrichit ainsi d’une histoire symbolique écrite par un journaliste musical, Mitch Glazer, qui a assisté aux répétitions du tandem. L’année 1978 s’achève en apothéose au Winterland Ballroom de San Francisco, une ancienne patinoire reconvertie en salle de spectacle. Les Blues Brothers y assurent la première partie du concert d’adieu long de 8h (!) du Grateful Dead. L’événement sonne le glas d’une décade musicale prodigieuse, glorieux préambule à la chute du Nouvel Hollywood où les deux frangins s’apprêtent à mettre les pieds.

« BELUSHI. AYKROYD. LES BLUES BROTHERS. »

Le succès des Blues Brothers confirme à John Belushi et Dan Aykroyd que leur sketch est assez mûr pour Hollywood. C’est également l’opinion de Bernie Brillstein, leur manager qui fait aussitôt miroiter le projet aux studios. Les pontes de Paramount et d’Universal se disputent le projet jusqu’à ce que Belushi ne choisisse le second dont il apprécie tout particulièrement l’un des jeunes producteurs, Sean Daniel, déjà à l’œuvre sur Animal College. Le choix du réalisateur semble tout aussi évident : John Landis est l’homme de la situation. C’est même Daniel qui avait soufflé son nom au président d’Universal avant que ne soit donné le premier tour de manivelle d’Animal House. Le nouveau projet parvient ainsi aux oreilles du vice-président du studio, Ned Tanen, un franc-tireur lunatique pas peu fier d’avoir chapeauté American Graffiti (1975) de George Lucas et plus récemment Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino. Le président d’Universal, Lew Wasserman, donne son aval sans y regarder de trop près, sûr du flair de son associé.

John Landis sur le tournage du film Animal College, sorti en 1978 © Christine Loss/Universal Pictures

« Belushi, Aykroyd, les Blues Brothers » : l’affaire est dans le sac. Le projet se monte surtout sur le nom de Belushi dont la popularité dépasse alors de loin celle d’Aykroyd. Le premier recevra un salaire de 500 000 dollars, le second ne devant se contenter que de la moitié de la somme. Le film doit être mis en boîte pour le mois d’août 1979, soit environ dans six mois. Le délais est impossible à respecter, surtout pour une production pharaonique qu’on annonce avec des décors gigantesques, des effets spéciaux à profusion… Et sans scénario ! Belushi demande à son ami Mitch Glazer de trouver quelque chose à raconter. Le journaliste a l’impression de marcher sur les plates-bandes de Dan Aykroyd qui peut s’attribuer à juste titre la paternité du projet. Le comédien s’envole pour Los Angeles et installe ses quartiers dans un bungalow du studio Universal qui jouxte le plateau où furent tournées des scènes du Frankenstein de James Whale réalisé en 1931. Aykroyd accouche en quelques semaines d’un monstre du même genre, The Return of The Blues Brothers, un scénario long de 324 pages enveloppé dans la couverture des Pages Jaunes de Los Angeles. Le document sans queue ni tête – il est signé par un mystérieux « Scriptatron GL-9000 » – contient quelques scènes inspirées entre deux interminables digressions dont seul Aykroyd a le secret. Tanen panique : le tournage doit commencer dans deux mois. John Landis confie dans l’urgence le projet sur lequel il travaille alors,  La Femme qui rétrécit, à Joel Schumacher, pour pouvoir se consacrer au scénario des Blues Brothers. Trois semaines de réécriture lui seront nécessaires pour parvenir à élaguer les digressions d’Aykroyd. Ce dernier insiste pour que Landis garde certaines de ses idées farfelues, dont une scène qui explique pourquoi la voiture de Jake et Elwood, la Bluesmobile, une Dodge Monaco de 1974, arrive à réaliser des acrobaties aériennes. Le véhicule magique puise son énergie dans un hangar de la compagnie ferroviaire de Chicago au contact de transformateurs pour les trains. Landis accepte de garder la séquence dans le scénario, sachant qu’il pourra toujours l’évincer du montage. Et en effet, la scène n’apparaîtra que dans les bonus d’une édition DVD du film sortie des années plus tard. Les spectateurs se contenteront en attendant de l’explication de Landis : « c’est juste une voiture magique. »

Le village du Fils de Frankenstein réalisé par le chef décorateur Jack Otterson, en 1939 © Universal Pictures

Les responsables de la promotion d’Atlantic Records posent devant la Bluesmobile à New York, en 1980 © Bruce Tenenbaum

A quelques milliers de kilomètres de Los Angeles, John Belushi enchaîne les appels téléphoniques jusque tard, souvent trop tard dans la nuit pour réunir son groupe. Plus de la moitié des Blues Brothers répond à l’appel. Seuls trois d’entre eux ne décrochent pas leur téléphone. « Getdwa », le batteur, n’ambitionne pas de faire carrière au cinéma et préfère s’envoler au Japon avec le 24th Street Band, signant ainsi son départ définitif de la bande. On l’entendra plus tard jouer avec les Rolling Stones en 1986 sur l’album Dirty Work, point de départ d’une longue collaboration avec Keith Richards. C’est un autre inconnu de grande renommée qui assure sa succession : Willie « Too Big » Hall, un autre émule de Stax Records, maison-mère du « Memphis sound », proche collaborateur d’Isaac Hayes dont on entend rugir les fûts sur la B.O. de Shaft (G. Parks, 1971). Tom Scott, dit « le Fantôme », n’apparaîtra pas non plus à l’écran, retenu à son domicile par un heureux événement : l’accouchement de sa femme. Paul Shaffer, enfin, fait les frais du mauvais caractère de John Belushi. L’acteur lui reproche de s’être engagé sur la captation du show de Gilda Radner dirigée par Mike Nichols à New York. « Shaffer est viré ». Il ne sera jamais un Blues Brothers. » Belushi recrute à sa place un énième complice du SNL, Murphy « Murph » Dunn, un claviériste capable de jouer la comédie au cinéma, comme il l’a notamment prouvé grâce Mel Brooks dans Le Grand Frisson (1977).  Belushi a l’intention de se consacrer corps et âme à son film, loin des plateaux newyorkais du SNL dont il commence à se lasser. En véritable « patron des Blues Brothers » selon Aykroyd, il tient à s’occuper en personne des problèmes de son groupe et se plaît dans son nouveau rôle de papa ours au grand cœur. Les deux compères posent leurs valises à Chicago au début de l’été. Leur ami Stanley Korshak, fils d’une très célèbre figure locale, Sidney, un avocat de la pègre au portefeuille prestigieux (on y trouve entre autres les noms d’Al Capone, Frank Sinatra et Ronald Reagan), propose de les loger au sommet de l’Astor Tower pour un loyer modique. On le soupçonne d’avoir plaidé leur cause auprès de son père, proche de Lew Wasserman et du maire de Chicago, Jane Byrne, dont il partage certains soirs le lit…

Jane Byrne et sa fille, Kathy, en compagnie de John Belushi et Dan Aykroyd au festival de Chicago, en 1979 © AP

John Belushi et Steve Dahl, célèbre disc-jockey de Chicago farouchement opposé à la musique disco, en 1979 © Getty Images

SYNOPSIS *

Après trois longues années passées au pénitencier de Joliet, Jake Blues retrouve son frère Elwood : l’autre moitié des « Blues Brothers », leur petit groupe de R&B. Élevés dans un orphelinat catholique, les frères apprennent que l’institution est en danger, à moins qu’ils ne recueillent 5 000 dollars pour permettre à sa directrice, Sœur Mary Stigmata dite « la Pingouine » (Kathleen Freeman), de payer ses impôts. Les Blues Brothers se donnent pour mission de sauver l’orphelinat en réunissant leur groupe et en organisant des concerts avec des amis comme Aretha Franklin, Cab Calloway et Ray Charles, parmi tant d’autres, dont ils remontent la trace dans des lieux plus improbables les uns que les autres. Au cours de leur quête, les frères seront confrontés aux forces des ténèbres, dont une brigade de policiers dirigée l’officier en charge de la liberté conditionnelle de Jake (John Candy), des cowboys furieux, l’ex-petite amie vengeresse de Jake (Carrie Fisher) et une bande de nazis de l’Illinois (dirigée par Henry Gibson). Sur fond de musique, de poursuites en voitures sans fin et de destructions explosives, les Blues Brothers parviendront-ils à sauver leur maison bien-aimée ?

* Source : Imdb

LA BELUSHIMANIA CONTAMINE CHICAGO

L’équipe de tournage des Blues Brothers s’installe à Chicago au début du mois de juillet 1979. John Landis dispose d’un budget de 17,5 millions de dollars pour réaliser un long-métrage littéralement hors normes avec des courses-poursuites en voitures, un crash d’hélicoptère, l’explosion d’un immeuble et quatre grands numéros musicaux avec des stars du blues, de la soul et du R&B old school : Ray Charles, Aretha Franklin, John Lee Hooker, James Brown et Cab Calloway – convoqué au casting, Little Richard s’est désisté pour aller chanter du gospel. Impossible d’accoler une étiquette à un film perdu quelque part entre les farces du SNL, les cartoons désopilants de Warner Bros, les acrobaties burlesques de Buster Keaton et les revues musicales que produisaient à la chaîne les studios hollywoodiens dans les années 30-40. Le réalisateur peut également compter sur le soutien indéfectible de la ville de Chicago. La municipalité l’autorise en effet à filmer les scènes d’action les dimanches et jours fériés à des heures creuses censées moins déranger la population et lui laisser le temps de nettoyer les dégâts avant le début de la semaine. Landis et son équipe se paient donc le luxe de commencer le tournage avec une course-poursuite entre la Bluesmobile et 76 véhicules de police en plein centre-ville. Les retards sur le planning s’accumulent néanmoins assez rapidement tout au long du premier mois de tournage. En cause, John Belushi, devenu une figure populaire du coin, et ses soirées à rallonge dans les bars. L’acteur disparaît parfois mystérieusement sans donner de nouvelles et passe de longues heures à roupiller dans sa caravane. Chicago a élu en quelques jours son « maire officieux », nouveau sobriquet dont Aykroyd affuble son complice. Fans et amis fondent sur Belushi aux quatre coins de la ville et l’embringuent dans des soirées interminables où l’alcool coule à flot. Signe de cette popularité hors du commun, l’acteur n’a qu’à siffler une voiture de police pour se faire escorter jusqu’à son domicile, tendre la main et ouvrir ses poches pour qu’on y glisse discrètement des narcotiques. Sa femme, Judith, s’inquiète de le voir reprendre des mauvaises habitudes. Car c’est un secret de Polichinelle : John est un cocaïnomane averti dans une industrie qui carbure plus que jamais à la « poudre de paradis ».

John Landis et Dan Aykroyd sur le tournage des Blues Brothers à Chicago, en 1979 © Melinda Wickman/ Universal Pictures

Le pape Jean-Paul II vient bénir le tournage des Blues Brothers à Chicago, en 1979 © Melinda Wickman/ Universal Pictures

A l’image de son double Bluto, Belushi est un insatiable vorace, un épicurien autodestructeur nourri aux amphét’, au LSD, à la mescaline  et aux quaaludes, « parfait remède contre la cocaïne » qu’il sniffe quotidiennement pour donner l’énergie nécessaire à son personnage public. La production alloue d’ailleurs en toute discrétion une partie de son budget à l’achat de la poudre magique pour encourager l’équipe lors des tournages nocturnes éreintants. John Landis, l’une des rares personnalités abstinentes en plateau, doit composer non seulement avec les frasques de l’acteur mais aussi avec les velléités artistique du studio. Les pontes d’Universal souhaitent en effet évincer du casting Aretha Franklin, jugée trop has been, au profit des musiciens de Rose Royce, le groupe derrière le succès du titre éponyme du Car Wash de Michael Schultz, produit par la firme trois ans plus tôt. Le studio exige également de voir les yeux de Jake et Elwood et donc de modifier le scénario en conséquence. Landis tient tête aux executives de Californie, même si Aretha Franklin ne fait pas vendre autant qu’un groupe de disco, même si Belushi ne cesse d’égarer ses Ray-Ban entre deux prises ou de les donner à ses fans – ce qui lui vaut d’ailleurs un énième sobriquet : « le Trou Noir ». L’insistance du studio dissimule également l’inquiétude de Lew Wassermann qui voit les factures s’accumuler jusqu’à atteindre des sommes exponentielles. Furieux, le nabab multiplie les appels pour essayer de comprendre jusqu’où compte aller son train lancé à pleine vitesse. La vérité, c’est que personne ne maîtrise la situation à Chicago. Ni John Landis ni son producteur attitré, Robert K. Weiss, ne voient les chiffres s’envoler. Et pourtant, tous deux savent que la facture va être salée, d’autant plus s’il faut payer les innombrables heures supplémentaires des techniciens syndiqués. Le tournage, démesuré, charrie aussi avec lui son lot d’incidents.

Croyant à une tentative d’évasion, des gardes de la prison de Joliet tirent sur l’hélicoptère utilisé pour filmer les plans d’ouverture du long-métrage. Un tribunal condamne également le studio Universal à verser 87 000 dollars au propriétaire d’un centre commercial abandonné que la production a démoli en 5 jours avec 120 véhicules sans jamais le remettre en l’état, ce qui n’avait jamais été convenu – le Dixie Square Mall a finalement été démoli en 2012. Du côté de Los Angeles, Landis s’appuie sur Ned Tanen, bien obligé de justifier tant bien que mal les frasques de la production à Chicago. Wasserman n’a pas l’intention de se laisser pas conter fleurette. On ne peut imputer ce gouffre financier aux seuls écarts de conduite de Belushi. Tanen ne va plus pouvoir contenir la colère de Wasserman encore très longtemps : Sean Daniel doit à tout prix reprendre les commandes de la Bluesmobile. Mais il est déjà trop tard.

John Landis sur le tournage des Blues Brothers à Chicago, en 1979 © Melinda Wickman/ Universal Pictures

Belushi ne cesse de repousser les limites. Il devient impossible de le maintenir éveillé le temps de tourner quelques scènes. Aykroyd lui-même perd patience, comme ce soir où il est obligé de partir seul à sa recherche pour permettre à l’équipe de tourner. Il retrouve Belushi endormi dans le canapé d’un parfait inconnu après avoir dévalisé son frigo. Aykroyd tance sévèrement celui qu’il renomme « l’invîté de l’Amérique » et le ramène aussitôt  en plateau. Daniel ne peut plus éviter un entretien avec Wasserman. Le directeur du studio lui reproche son ingérence : qu’est-ce qui peut bien justifier des cascades et des caméos aussi coûteux (dont ceux de Steven Spielberg, Frank Oz et du mannequin Twiggy) ? Fallait-il employer une quarantaine de danseurs pour une séquence de gospel ? Wasserman le somme d’achever le film au plus vite. Robert K. Weiss propose alors à Tanen une petite visite sur le tournage à Chicago. « Je veux te montrer ce que nous faisons ». Le numéro 2 d’Universal découvre in situ les coulisses de sa production pharaonique dans un entrepôt géant baptisé la « war room » où l’équipe conçoit et gare une douzaine de Bluesmobiles en plus d’une centaine de véhicules utilisés pour les cascades, pour la plupart des voitures de police d’occasion achetées à la California Highway Patrol. Tanen prend la température et se paie une sacrée suée devant l’ampleur des moyens sous ses yeux. Et pour cause, à la fin de l’été, les dépassements de budget dépassent de très loin le million de dollars. Landis a pulvérisé pas moins de 60 véhicules de police, envoyé une Ford Pinto dans un centre commercial abandonné et lâché encore d’autres véhicules à des vitesses prohibées en plein centre de Chicago. Belushi, enfin, toujours. L’acteur doit ajouter des analgésiques à son cocktail quotidien de stupéfiants pour supporter la douleur aux lombaires survenue après une chute dans les escaliers de l’orphelinat. Le docteur Bennet Braun, psychiatre en charge du support médical sur le tournage, s’occupe également de lui administrer chaque jour une dose de vitamine B12. Le médecin profite un jour d’une de ces injections quotidiennes pour examiner Belushi. Surpoids, regard trouble, narines bouchées, teint pâle, peau blanchâtre et sifflement de la respiration : « vous brûlez votre santé par les deux bouts. La cocaïne ne fera que raccourcir votre vie » lui diagnostique Braun. Belushi écoute poliment son avis sans sourciller. Braun en touche un mot à Weiss. « John doit arrêter les drogues. Si vous ne le faites pas, profitez très vite de son talent, car il ne lui reste pas plus de deux ou trois années à vivre. » Le diagnostic confirme les soupçons du producteur déjà alimentés par les appels récurrents de la femme de Belushi d’autant plus inquiète qu’elle-même cède facilement à la tentation de fumer un peu d’herbe et prendre à l’occasion du speed ou du LSD. Bluto sait se montrer persuasif pour embringuer ses proches dans ses excès. Il parvient par exemple à faire boire du bourbon et fumer de l’opium à sa nouvelle compagne de débauche, Carrie Fisher, la petite amie de Dan Aykroyd, fascinée par un si haut degré de désinhibition.

Steven Spielberg fait une très courte apparition dans Les Blues Brothers, sorti en 1980 © Melinda Wickman/Universal Pictures

John Belushi et le couple formé par Carrie Fisher et Dan Aykroyd sur le tournage des Blues Brothers, en 1979 © Melinda Wickman/Universal Pictures

Belushi démultiplie tant les excès que son argent de poche passe entre les mains d’un coach censé surveiller sa consommation de drogues. Le rôle échoue à Morris Lyda, manager pour la tournée des Blues Brothers, également consommateur de cocaïne à ses heures perdues. John Belushi l’appelle à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour récupérer une centaine de dollars ou se procurer du Valium et des tranquillisants. L’équipe du film ne facilite pas non plus la tâche à Lyda. Les techniciens fournissent en effet régulièrement à Belushi une « came de merde », de la cocaïne coupée parfois avec du lait en poudre pour en réduire les effets. John Landis, déjà sous forte pression, est excédé. Son désespoir confine à la rage lorsqu’il débarque dans la caravane de Belushi l’avant-dernier jour de tournage à Chicago. Une singulière odeur faite de cognac et d’urine chatouille ses narines. Cheveux ébouriffés, teint bouffi et blafard, Bluto trône façon Tony Montana devant un monticule de poudre posé sur une table. Landis le supplie de le laisser terminer son film, d’épargner sa femme, etc. Belushi lève les yeux au ciel jusqu’à ce que le réalisateur ne menace d’appeler des photographes « pour qu’ils immortalisent ça et [le lui] montrent ». Belushi chancèle. Landis décoche un coup de poing en plein visage du comédien. Ce dernier, honteux, fond en larmes dans ses bras. La cocaïne finit dans la cuvette des toilettes. La pénitence ne sera que de courte durée. La production n’a ni le temps ni les moyens de se payer une doublure de Belushi, ou pire, de s’interrompre le temps d’une cure de désintoxication dont se délecterait en prime la presse à scandale. Le tournage des Blues Brothers se délocalise en octobre dans les studios Universal à Los Angeles. Aykroyd retrouve ses quartiers à côté du plateau de Frankenstein. Les Belushi choisissent de s’isoler à quinze minutes du studio sur les hauteurs de la ville. La distance raisonnable qui les sépare des mille et une tentations de Hollywood permet à Bluto de recouvrer la santé. John Belushi se lève tôt, pratique la natation et la musculation, se nourrit de jus de fruits et de vitamines. Sa relative sobriété, l’acteur la doit à sa femme mais aussi à son nouvel ange gardien, Smokey Wendell, qui a appris le métier au contact d’un autre célèbre consommateur de drogues dures, Joe Walsh, le guitariste des Eagles. John Belushi se permet encore de temps à autres quelques incartades : il consomme pour la première fois du crack avec sa femme chez Ron Wood et passe une nuit de débauche avec Dan Aykroyd chez Hugh Hefner. La seconde et dernière partie du tournage des Blues Brothers retrouve cependant l’ambiance bon enfant du SNL. Belushi et Aykroyd multiplient les farces d’un goût parfois douteux. Aussi Wasserman est-il un jour averti par téléphone que deux stars sont sorties du studio déguisées en officiers SS et se dirigent droit vers le périph’. 

Tanen comprend que ses Blues Brothers se sont payé une petite visite au département des costumes et pouffe de rire au grand dam de Wasserman. John Landis n’a pas non plus le cœur à la plaisanterie. Le tournage de la dernière séquence s’avère extrêmement compliqué à préparer. Il s’agit du grand concert final de Jake et Ellwood au Palace Hotel Ballroom dont l’extérieur a été filmé à Chicago. La production emploie les grands moyens et loue le Hollywood Palladium où s’entasse une centaine de figurants qu’on recrute grâce à un message publicitaire diffusé à la radio. Belushi pose encore une fois problème. L’acteur s’est blessé au genou en montant sur le skateboard d’un enfant…. En plein milieu du weekend de Thanksgiving ! Impossible d’assurer son numéro fait d’acrobaties en tous genres. Wasserman passe un coup de fil en urgence à un orthopédiste qui renonce à son séjour à Palm Springs pour permettre à Belushi de faire la roue sur scène dès lundi. Cet ultime soubresaut met un terme au tournage chaotique des Blues Brothers dont la sortie est prévue le 20 juin 1980 aux États-Unis. Et pourtant, Jake et Elwood n’ont toujours pas fini de tourmenter John Landis.

Reproduction de l’affiche annonçant le concert des Blues Brothers au Palace Hotel Ballroom © Universal Pictures

LES BLUES BROTHERS, 1942-2000

Au printemps 1980, John Landis présente aux grands exploitants sa nouvelle farce à plus de 20 millions de dollars, dernière étape incontournable avant sa sortie officielle. Son histoire de « mecs avec des ceintures et des chaussures blanches » ne convainc pas ses potentiels acheteurs, persuadés d’avoir affaire à une œuvre calibrée pour la communauté afro-américaine. En d’autres termes, Les Blues Brothers ne touchent pas leur cœur de cible, les WASP. Les principaux circuits de salles répugnent à distribuer un film trop long (2h30), sans entracte – le premier montage du film, d’une durée trois heures, en comportait un – porté par un acteur (John Belushi) qui accuse déjà un échec cuisant dans sa courte carrière au cinéma, le tristement célèbre 1941 (1979) de Steven Spielberg. Landis continue de croire en son film et n’hésite pas à l’écourter de vingt minutes à la demande de Wasserman. Les exploitants n’en démordent pas. Six cents salles environ acceptent finalement de le programmer. Le nombre est dérisoire par rapport aux 1400 écrans d’ordinaire réservés à la sortie d’un nouveau film. Les Blues Brothers, surnommé 1942 à quelques heures de sa sortie, risque de ne jamais rentrer dans ses frais. Les premières critiques ne rassurent pas non plus John Landis, responsable d’avoir réalisé « une monstruosité comique balourde » selon un journaliste du Washington Post, voire de ne pas savoir composer un plan, comme le lui reproche Pauline Kael du New Yorker au simple motif d’avoir filmé les jambes de Lou Marini en train de jouer du saxophone debout sur un comptoir – le décor en studio n’avait en réalité pas de faux plafond. D’autres voix discordantes s’élèvent pour accuser Jake et Elwood d’appropriation culturelle et le film, de véhiculer des clichés racistes. Dans cette lecture quelque peu poussive, la performance expressive de James Brown caricature les prêches tapageurs dans les églises baptistes. Cab Calloway, l’un des pères fondateurs du blues, se parodie lui-même sur scène. Et Aretha Franklin incarne la « sweet mama » qui étrille son homme dans un numéro « soul » pittoresque. Les spectateurs se chargent de clouer le bec à ces oiseaux de mauvais augure. 

John Landis devant un cinéma de Chicago qui projette son film, en juin 1980 © Steve Kagan/The Life Images Collection/Getty Images

Dan Aykroyd et John Belushi pendant la promotion des Blues Brothers à Chicago, le 16 juin 1980 © Paul Natkin/WireImage

Les Blues Brothers rapporte au studio plus de 115 millions de dollars au terme de sa course folle à travers le monde, ainsi quelques billets verts supplémentaires à la marque Ray-Ban dont les Wayfarer se vendent comme des petits pains en 1981. La panoplie du tandem alimente un véritable mythe fétichiste des plus étranges. Les puristes savent aussi bien distinguer les sept paires de Wayfarer portées par Jake des Styl-Rite Optical d’Elwood – monture quant à elle équipée de verres correcteurs fumés pour palier à la myopie d’Aykroyd – que la montre Timex au poignet gauche de l’un de celle de marque Armitron au poignet droit de l’autre. Les fanatiques, eux, connaissent sur le bout des doigts le contenu des poches de Jake – deux bagues plaquées or, un préservatif non utilisé et un autre usagé, 23 dollars et 18 cents, un briquet Zippo, des cigarettes Chesterfield – et d’Elwood – une tranche de pain et un harmonica. John Landis affirmera plus tard que Les Blues Brothers est le premier film américain à cumuler davantage de recettes à l’étranger qu’aux États-Unis. Et pour preuve, c’est en Australie que les spectateurs voueront le plus ardemment un culte au long-métrage. Les projections au Valhalla Cinema de Melbourne accueillent chaque vendredi soir une trentaine de fans déguisés qui s’amusent à reproduire des séquences entières du film devant 400 spectateurs. John Landis ne manquera pas de remercier ses fans australiens les plus fidèles en les invitant à participer au tournage des Blues Brothers 2000 (1998), une suite certes dispensable mais symptomatique d’un succès incontesté mais jamais égalé. Car si le cinéaste peut se vanter d’avoir tutoyé les sommets en réalisant quelques-unes des plus iconiques comédies américaines des années 80 – Le Loup-Garou de Londres en 1981, Un fauteuil pour deux en 1983 ou encore Un prince à New York en 1988 – son talent s’étiole au cours des deux décennies suivantes dans une suite de films relativement médiocres. Réalisée en 1998, la suite des Blues Brothers reprend à peu près les grandes lignes de l’intrigue – si tant est qu’il y en ait une ( !) – du premier opus avec son lot de cascades et d’excès cinématographiques divers et variés. Plusieurs membres du casting original apparaissent de nouveau à l’écran, dont Frank Oz, Aretha Franklin, James Brown et bien sûr Dan Aykroyd. Les nouveaux numéros musicaux ne manquent pas non plus de panache grâce à une distribution aussi prestigieuse qu’anthologique. 

Les Blues Brothers se frottent en effet à un autre super-groupe de blues, les Louisiana Gator Boys, qui compte notamment dans ses rangs Eric Clapton, Bo Diddley, Isaac Hayes, B.B. King, Billy Preston, Steve Winwood et… Paul Shaffer, enfin capable de prendre une revanche sur l’histoire !  Les Blues Brothers 2000 ne reproduit malheureusement pas le miracle de son prédécesseur, ou du moins peine-t-il à susciter l’enthousiasme. Landis aurait sans doute gagné à explorer une tonalité élégiaque dans un film qui s’offre au public sans pudeur et préfère ainsi exhiber une plaie béante jamais cautérisée, la disparation tragique et douloureuse de John Belushi. A l’écran, Elwood apprend la mort de son frère en sortant d’une peine de prison longue de dix-huit ans. Jake a déserté. Fin de l’histoire. Aykroyd, lui, porte encore le deuil de son camarade, disparu dans la nuit du 4 au 5 mars 1982 au célèbre château Marmont. Cette sortie de scène en apparence grandiloquente – difficile de ne pas penser à Normand Desmond descendant l’escalier de son manoir dans Sunset Boulevard (1950) de Billy Wilder – n’a pas trompé son monde bien longtemps sur les hauteurs de Hollywood. Belushi était allé loin, trop loin.

John Belushi prend la pose devant son micro lors d’un concert promotionnel pour la sortie des Blues Brothers, en 1980 © Jay Dickman

BLUTO-BELUSHI, MADE IN AMERICA

Le succès phénoménal des Blues Brothers insécurise John Belushi, incapable de gérer sa popularité. La dépression le guette à mesure que les projets s’accumulent. Belushi essaie tant bien que mal de diversifier son registre à l’écran et accepte des rôles plus « adultes ». Adieu Bluto. L’acteur prétend à la maturité artistique. Il incarne un rockeur du dimanche avec une rare sobriété dans le drame intimiste Old Boyfriends (1979), film réalisé par une ex-scénariste de Robert Altman d’après un scénario signé de la main des frères Schrader. Sa carrière s’achève cependant sur le registre de la comédie avec deux long-métrages, Continental Divide de Michael Apted en 1981 et Les Voisins de John G. Avildsen en 1982, à revoir aujourd’hui uniquement « pour la science ». Si le premier offre une vraie cure de détox à Belushi – le misogyne patenté se retrouve propulsé en tête d’affiche d’une comédie romantique – le second lui permet de jouer une dernière fois à l’écran avec son camarade Dan Aykroyd après Les Blues Brothers. Les tribulations des deux compères à Hollywood n’ont pas mis un terme à leur amitié indéfectible. Jake et Elwood ont traversé les quatre coins des États-Unis en 1980 pour prêcher la bonne parole aux foules qui vibrent au son de « Gimme Some Lovin’ » et « Everybody Needs Somebody ». C’est aussi l’occasion d’enregistrer leur troisième album, Made in America, dernier live du groupe dans sa formation originale presque au grand complet –  Paul Shaffer, Tom Scott et Steve Jordan reprenant leurs rôles sur scène, Willie Hall cédant sa place à Murphy Dunne, qui avait lui-même remplacé Shaffer pour le film. Inutile de réfuter qu’Aykroyd n’ait été l’un des proches les plus bienveillants à l’égard de Belushi en essayant de le mettre « sur des bons coups ». L’autre ange-gardien, c’est Judith Jacklin, la femme cachée dans l’ombre de Bluto. Cette dernière s’implique dans la campagne promotionnelle du film en supervisant un livre sous la forme de dossier pour documenter la vie tumultueuse de Jake et Elwood depuis leur naissance. The Blues Brothers : Private est une mine d’or pour les fans, avec des coupures de presse fictives, des photos de naissance de Belushi et Aykroyd et encore davantage de révélations sur les origines des Blues Brothers –  Jake est né en prison sous le nom de Jacob Papageorge, Elwood a été abandonné dans un kiosque à journaux avant de se faire appeler Mike Delaney puis Eldwood Delaney, en hommage au policier chargé d’enquêter sur son cas. La cerise sur le gâteau, c’est bien sûr une affiche détachable du concert au Palace Hotel inspirée du film. Mais la réussite ne sied pas à Belushi. Ses deux dernières sorties de route au cinéma, certes comiques, n’ont pas obtenu l’adhésion du public. Belushi reste pour de bon Bluto, et inversement. En digne hédoniste cocaïnomane, il écume quotidiennement les bars de Los Angeles tard dans la nuit quand il ne s’absente pas au cours d’une fête pour aller vomir un flot de stupéfiants.

Talia Shire face à son ancien petit-ami incarné par John Belushi dans Old Boyfriends de Joan Tewkesbury, sorti en 1979 © AVCO Embassy Pictures

John Belushi retrouve une dernière fois Dan Aykroyd dans Les Voisins de John G. Avildsen, sorti en 1982 © Lorey Sebastian/Columbia Pictures

En février 1982, soit trois mois après la sortie des Voisins, Belushi essaie de reprendre du poil de la bête en s’isolant dans un bungalow du Château Marmont avec un nouveau projet de comédie romantique dans ses valises : Noble Rot, l’histoire d’un braquage située dans les premières années de l’industrie viticole en Californie. Le scénario ne convainc ni son manager, ni les pontes de la Paramount censés le produire. Michael Eisner – qui deviendra deux ans plus tard le PDG de Walt Disney Productions – rend visite à Belushi au nom du studio à la cime étoilée pour lui proposer un film davantage dans ses cordes : The Joy of Sex, pâle copie de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (1972) de Woody Allen d’après un manuel éducatif dont la firme a obtenu les droits en 1978. Le projet permettrait à Penny Marshall de réaliser son premier film et à John Hughes d’écrire son premier scénario pour le cinéma. Paramount songe déjà au marketing du film : une affiche représentant Belushi en couche-culotte. L’Amérique demande Bluto. Bluto plonge la tête la première dans ce qu’il sait faire de mieux : la noce dans des proportions gargantuesques. Les déambulations erratiques de Belushi n’ont en réalité jamais cessé depuis le tournage des Blues Brothers. Quand il ne divague pas dans son bungalow avec des dealers ou une clique d’infectes courtisans, il multiplie les apparitions furtives dans des boîtes de nuit, des restaurants, des magasins de guitare ou dans le sauna où il a ses habitudes. En ce début d’année, Belushi s’en va de plus en plus faire la noce avec son ami Bob (De Niro). Le newyorkais pur jus a délocalisé temporairement ses activités à la Mecque du cinéma pour réfléchir à de nouveaux projets de films. Le soir du 4 mars 1982, il passe tout naturellement rendre visite à Belushi dans son bungalow pour l’embringuer dans une folle soirée avec l’acteur Harry Dean Stanton dans un club prisé de la faune hollywoodienne. De Niro découvre horrifié un paysage apocalyptique fait de boîtes de pizza, de bouteilles de vin et de linge sale. Belushi, à moitié conscient, lui demande de revenir quelques heures plus tard. Robin Williams doit également passer.

Le jeune comédien rend visite à Belushi après son one-man show et découvre le même paysage de désolation, tout aussi horrifié que De Niro. Les deux acteurs deviennent à leur insu les dernières personnes à avoir vu Belushi vivant. Dan Aykroyd reçoit un appel quelques heures plus tard : les portes du pénitencier se sont refermées sur Jake. Un mélange de coke et d’héroïne, plus connu sous le nom de « speedball », l’a envoyé droit au Ciel rejoindre les pionniers du blues qu’ils admiraient tant. Le chagrin d’Aykroyd se mesure à l’aune du sentiment de culpabilité qui le ronge. Il est en effet occupé une fois de plus à sauver son frère de sang depuis New York où le scénario de Ghostbusters accapare son temps. La comédie aurait dû servir de nouveau véhicule à Belushi, transporté cette fois dans un futur peuplé de fantômes intergalactiques. Quelle n’est pas la surprise des spectateurs quand ils découvrent à l’été 1984 John Belushi « ressuscité » sous la forme d’un ectoplasme verdâtre bouffi et gélatineux, Slimer, dans le film porté finalement par deux autres disciples de la scène de Second City, Harold Ramis et Bill Murray !

Dan Aykroyd et Bill Murray sur le tournage de Ghostbusters à New York, en 1984 © Michael Ginsburg

ELWOOD SUR LA ROUTE DU BLUES

Jake parti jammer avec les anges (ou les démons), les Blues Brothers n’ont pas l’intention d’écrire leur coda. Jim, le cadet des Belushi, intègre le groupe sous le pseudonyme de Zee pour une tournée mondiale en 1988. Trop occupé à tourner dans pas moins de quatre films cette année-là, Aykroyd ne suit pas fidèlement les musiciens sur la route. Aussi, Elwood doit se contenter d’une simple invitation sur le premier album studio des Blues Brothers, Red White and Blues, sorti en 1992. Aykroyd ajoute une corde à son arc la même année aux côtés de Paul Shaffer, Jim Belushi, Aerosmith et River Phoenix en inaugurant à Cambridge la première House of Blues, ersatz de Hard Rock Café doublé d’une fondation en faveur de la diversité dans l’industrie musicale. Elwood investit les ondes hertziennes l’année suivante avec l’émission « House of Blues Radio Hour » pour « présenter le meilleur du blues, du blues-rock, de la musique roots, du R&B, de la soul, du jazz, du rock pur et dur… Et de tout ce qui se trouve entre les deux. » L’apôtre « missionné par Dieu » tendra son micro vingt-quatre ans durant à des vieux de la vieille et des nouveaux venus dans des interviews et des concerts exclusifs à bord de sa BlueMobile portative. Un dernier « brother  bigger than life » s’embarque à bord du nouveau véhicule de John Landis promis à un crash sévère en 1998. L’acteur John Goodman rejoint en effet le casting des Blues Brothers 2000 sous le pseudonyme de Mighty Mack McTeer. La nouvelle formation fait même des étincelles aux côtés de James Brown et de ZZ Top à la mi-temps du SuperBowl en janvier 1997. L’illusion d’un revival sur les chapeaux de roue ne dure qu’un temps. Le film, privé des Belushi – un contrat retient Jim à la télévision – porte lourdement le deuil de l’anarchisme indispensable à son ADN. Aykroyd, lui, ne perd pas la foi. Le réseau de télévision UPN vient d’accepter de diffuser à l’automne 1998 une série animée consacrée à de nouveaux Blues Brothers auxquels les frères du tandem original, Jim Belushi et Peter Aykroyd, prêteront leurs voix. Des acteurs prestigieux rejoignent également la distribution : Tim Curry y interprète un personnage répondant au sobriquet de « Principal Interest » et Mark Hamill, le détective Harmbrister. Le studio Film Roman, référence de l’animation télévisée – on lui doit notamment Les Simpsons, la série animée The Mask et plus récemment Family Guy – se charge de produire les treize épisodes qu’on lui commande. Et puis… Rien. Le production est stoppée net, sans aucun motif officiel. Seuls huit épisodes se fraient un chemin jusqu’à un public restreint à Cannes lors du MIPCOM de 1998, un événement annuel international réservé aux professionnels de l’audiovisuel. 

Jim Belushi et Peter Aykroyd reprennent le flambeau de leurs frères The Blues Brothers: The Animated Series, produit en 1997 © Film Roman

John Goodman, Dan Aykroyd, Jim Belushi et James Brown à la mi-temps du SuperBowl, en 1997 © Jeff Kravitz/FilmMagic

Le projet ne cesse de tarauder Aykroyd au point de ressurgir une nouvelle fois en 2011 puis en 2016, après qu’Elwood ait essayé de sauver Jake du purgatoire dans une comédie musicale aussi maladroite que sincère. La nouvelle mouture du dessin animé, co-scénarisée par Aykroyd, la femme de Belushi et une scénariste du SNL première époque, est cette fois confiée au studio Bento Box Entertainment, surtout connu outre-Atlantique pour son travail sur le show Bob’s Burger. « La série suivra les Blues Brothers vivant en Amérique et utilisant toutes les nouvelles technologies pour faire leurs propres disques et les promouvoir, partir à la recherche de nouveaux artistes et les faire enregistrer, et éviter la loi, tout en se battant pour la vérité, la justice et pour un meilleur petit déjeuner ! » précise Aykroyd dans un communiqué officiel. Le pitch a bien sûr des airs de déjà-vu : impossible de ne pas songer à l’épopée de 1980 et à sa suite, moins inspirée que ses trois adaptations en jeux vidéo sorties entre 1991 et 1993. Ces échecs et faux départs à répétition n’ont pas véritablement entaché le capital sympathie des Blues Brothers. La formation originale à jamais immortalisée sur pellicule n’est certes plus qu’un vieux souvenir – ne subsistent que Steve Cropper et Lou Marini, de temps à autres rejoints par Zee et Elwood dans les casinos et les Houses of Blues. Mais Dan Aykroyd et John Belushi, eux, peuvent se féliciter d’avoir accompli leur mission, certifiée divine en 2010 par L’Osservatore Romano, quotidien officiel du Vatican : promouvoir la musique afro-américaine en attirant l’attention « sur les artistes afro-américains à une époque où le disco – notamment avec des groupes comme les Bee Gees ou ABBA – régnait sur les charts », quitte à défier la logique et le bon sens. Elwood, éternel vagabond touché par la grâce, s’en souviendra dans le billet d’adieu qu’il signe à quelques heures de la dernière radiodiffusion de son émission : « le blues ne meurt jamais.  Il ne s’épuisera jamais de la route. Cette route continue pour toujours. »

Les Blues Brothers (The Blues Brothers, 1980 – États-Unis) ; Réalisation : John Landis. Scénario : Dan Aykroyd et John Landis. Avec : Dan Aykroyd, John Belushi, James Brown, Cab Calloway, Carrie Fisher, Henry Gibson, John Lee Hooker, Aretha Franklin, Ray Charles, Twiggy, Steven Spielberg, Frank Oz, Charles Napier, Kathleen Freeman, John Landis, John Candy, Paul Reubens, Ben Piazza, De’voreaux White, Murphy Dunne, Alan Rubin, Matt Murphy, Donald Dunn, Lou Marini, Jeff Morris, Tom Malone, Steve Cooper, Willie Hall, Steven Williams et Steve Lawrence. Chef opérateur : Stephen M. Katz. Musique : Rachel Elkind et Wendy Carlos. Production : Robert K. Weiss, Bernie Brillstein, George Folsey Jr. et David Sosna – Universal Pictures. Format : 1.85:1. Durée : 133 minutes.

En salle le 20 juin aux États-Unis, puis le 7 novembre 1980 en France.   

Copyright illustration en couverture : Tim Doyle.

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