Il y a quelques mois, Disney + ajoutait à sa plateforme le film Splash, première œuvre issue de sa filiale Touchstone Pictures. La version diffusée par la plateforme comporte alors des modifications ridicules qui n’ont pas manqué de faire hurler sur la toile. En effet, Disney a couvert numériquement – et sans talent aucun – les fesses de l’actrice brièvement dévoilées dans quelques scènes. Un message s’affiche en début de film : « Ce film a été modifié par rapport à sa version originale. Il a été édité en raison de son contenu », preuve de la crise identitaire que traverse le mastodonte Disney depuis quelques années. Il n’en reste pas moins que Splash, réalisé par Ron Howard, est un film poétique et modeste aussi doux qu’un premier flirt.

LA VAGUE QUI LANÇA TOUCHSTONE PICTURES

Splash, c’est l’histoire d’une jeune sirène (Daryl Hannah) qui tombe amoureuse d’Allen Bauer (Tom Hanks), un maraîcher et chef d’entreprise de New York. Nous sommes alors au début des années 80. Disney souhaite permettre à des films plus adultes que ses productions habituelles de voir le jour. De cette volonté naît la filiale Touchstone Pictures, créée par Ron Miller, gendre de Walt Disney et PDG de Disney à l’époque. Touchstone Pictures sera une réussite totale avec la production de films tous plus cultes les uns que les autres : Qui veut la peau de Roger Rabbit (R. Zemeckis, 1988), Le Cercle des poètes disparus (P. Weir, 1989), Pretty Woman (G. Marshall, 1990), Sister Act (E. Ardolino, 1992) ou encore Armageddon (M. Bay, 1998). Splash est le premier de la bande. Le long-métrage représente parfaitement l’ADN Touchstone : des ingrédients pour les enfants (une sirène maladroite), des références pour les adultes (le thème de la solitude, de la peur de l’engagement ou de la sexualité) et une bonne dose d’humour. Car Splash est avant toutes choses une comédie romantique. Les nombreuses scènes où Madison (Daryl Hannah) découvre la ville de New-York sont drôles et plaisantes, façonnées à grands coups de quiproquos (lorsqu’elle arrive nue vers la statue de la Liberté, quand elle fait les boutiques et brise les téléviseurs ou encore quand elle dévore un homard). Splash fait sourire. Parfois rire. Même si on ne sait pas toujours si c’est pour son aspect burlesque ou son côté kitsch. En réalité, il suffit simplement d’être d’humeur à accepter de se replonger dans une comédie romantique fantastique sans jugement.

Dans les coulisses de Splash avec, de gauche à droite : John Candy, Tom Hanks, Eugene Levy et Daryl Hannah, en 1983 © Walt Disney/Buena Vista Pictures

Le producteur Brian Grazer (à gauche) et le réalisateur moustachu Ron Howard sur le tournage de Splash, en 1983 © Fast Company/Buena Vista Pictures

LES DÉBUTS DE TOM HANKS

Au début des années 80, Tom Hanks enchaîne les rôles à la télévision dans des sitcoms comme La Croisière s’amuse ou Happy Days mais l’acteur ne parvient pas à marquer les esprits. Pourtant, Happy Days va lui permettre de faire une rencontre déterminante : celle de Ron Howard qui joue lui aussi dans la série et prépare Splash [Ron Howard apparaît régulièrement dans la sitcom inspirée d’American Graffiti (G. Lucas, 1973) dont l’acteur-réalisateur tient l’un des rôles principaux, ndlr]. Tom Hanks auditionne d’abord pour un second rôle mais est finalement choisi pour la tête d’affiche tant sa prestation séduit. Le studio accepte également de lui faire confiance et de donner la vedette à cet acteur presque inconnu. À sa sortie en 1984, le film est un véritable succès et la carrière de Tom Hanks décolle. Aujourd’hui, il est indéniable que Tom Hanks est l’un des meilleurs acteurs de ces dernières décennies mais également l’un des plus bankables de l’histoire du cinéma hollywoodien. Tom Hanks est l’un de ces acteurs qui a été façonné par des réalisateurs qui ont su lui faire confiance comme Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan, Arrête-moi si tu peux, Le Terminal, Le Pont des Espions et Pentagon Papers), Robert Zemeckis (Forrest Gump, Seul au monde et Le Pôle express) et ici Ron Howard. Leur collaboration perdurera d’ailleurs des années durant. On peut citer Apollo 13 (1995), Da Vinci Code (2006), ou encore Inferno (2016). Avec Splash, on découvre pour la première fois ce Tom Hanks que l’on aimera à jamais. Celui qui a l’art de jouer ce Monsieur Tout-le-Monde avec le plus pur des talents.

Daryl Hannah est une sirène qui ne fait pas plouf © Walt Disney/Buena Vista Pictures

Daryl Hannah et Tom Hanks pendant la promotion de Splash, en 1984 © Walt Disney/Buena Vista Pictures

DARYL HANNAH, UNE SIRÈNE QUI NE FAIT PAS PLOUF

Si Splash reste une comédie romantique convenue, familiale et parfois maladroitement niaise, les scènes sous-marines sont extrêmement bien filmées et rendues crédibles par une Daryl Hannah très bonne nageuse. Le producteur, Brian Grazer (Cry Baby, Un flic à la maternelle) a passé 4 ans pour trouver LA méthode parfaite pour filmer des scènes sous-marines. Ces dernières sont finalement filmées à 15 mètres de profondeur, dans les eaux transparentes des Bahamas et esquissées sur storyboards par un spécialiste du cinéma sous-marin Jordan Klein. Daryl Hannah – en plus de son talent indéniable pour se mouvoir avec élégance dans les profondeurs marines (elle avait appris à nager les jambes liées) –  joue avec une fraîcheur poétique, presque enfantine, réussissant l’exploit de nous faire oublier toutes les autres erreurs du film. Alors certes, on ne peut qualifier Splash de chef d’œuvre mais on lui reconnaît un talent : celui d’avoir propulsé la carrière de Tom Hanks, un acteur monumental, symbole du type sympa qu’on aimerait tous compter dans notre cercle proche.

Splash (1984 – États-Unis) ; Réalisation : Ron Howard. Scénario : Bruce Jay Friedman, Lowell Ganz, Babaloo Mandel et Brian Grazer. Avec : Tom Hanks, Daryl Hannah, Eugene Levy, John Candy, Dody Goodman, Richard B. Shull, Bobby Di Cicco, Howard Morris, Tony DiBenedetto, Charles Walker, Nora Denney, Charles Macaulay, Lou Tiano Fred Lerner, David Lloyd Nelson, Patrick Cronin, David Knell, Jeff Doucette, Royce D. Applegate, Tony Longo, Ronald F. Hoiseck, Joe Frifasi et Rance Howard. Chef opérateur : Donald Peterman. Musique : Lee Holrdige. Production : Brian Grazer et John Tomas Lenox – Touchstone Films. Format : 1.85:1. Durée : 111 minutes.

Sortie originale le 9 mars aux États-Unis, puis le 24 octobre 1984 en France.

Disponible en VHS depuis 1996.

Copyright illustration en couverture : Graphicook/S. Karin Epstein/Touchstone Films.

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