Pourquoi faut-il revoir New York 1997 ? Pour le plaisir de voir un film du monde d’avant, évoquant un monde futur déjà révolu… Vous me suivez ?

Depuis Assault, en 1974, on connaît le talent de John Carpenter pour mêler, l’air de rien, et sans prévenir, les époques et les genres. Dans New York 1997, le western, dont relève la quasi-totalité de la filmographie du cinéaste, côtoie la science-fiction, et la jeune génération (Kurt Russel et Adrienne Barbeau) partage l’affiche avec celle d’un autre monde d’avant, celui du cinéma classique hollywoodien et du western italien (Ernest Borgnine et Lee Van Cleef). C’est sans doute cet art de l’entremêlement qui fait de New York 1997, en 2020, une œuvre éminemment rétro-futuriste.

© Kim Gottlieb/Splendor Films

© Kim Gottlieb/Splendor Films

(Re)voir un film de John Carpenter au cinéma, même masqué, c’est aussi s’offrir le plaisir presque vintage du temps long, dans un film court ! 1h39 d’un film qui prend son temps, alors que son héros court contre sa propre mort, c’est le parti pris osé et réussi de Carpenter, qui n’est sans doute pas tant le maître de l’horreur que celui du temps. Snake Plissken marche, erre presque dans les rues de ce New York prison, avec toute la place que lui offre le Cinémascope. Mais ce format des grands espaces que le réalisateur aime tant (et pour cause, c’est celui du western) rend notre héros tout petit, malgré son look iconique et son charisme. En cinémascope, les bas-fonds de la ville semblent encore plus terrifiants, car de chaque recoin du cadre peut surgir l’ennemi, le fou, le presque zombie. Encore un tour de force du réalisateur, auquel le grand écran rend justice : agrandir l’image au maximum, pour nous en faire voir le moins possible, et laisser surgir la peur, l’angoisse et la folie.

© Kim Gottlieb/AVCO

© Kim Gottlieb/AVCO

Enfin, (re)voir New York 1997, c’est se laisser aller à ses penchants nihilistes sans trop culpabiliser, grâce à une mise en scène qui n’épargne rien à son « héros », tout en en faisant un personnage culte. Snake Plissken, que tous les personnages ou presque croient mort, semble n’agir que pour sa propre survie. Et pourtant, son ultime geste, dédié à Cabbie, le chauffeur de taxi amateur de jazz, teinte son individualisme de cow-boy solitaire d’un peu d’empathie. S’il ne cesse de répéter en interview que tout ce que désire Snake « se résume à vivre soixante secondes de plus, à sauver ses fesses », Carpenter, par cette dernière scène, réhabilite l’humanité d’un personnage qui relève du fantasme, celui de la liberté totale.

New York 1997 (Escape from New York, 1981 – États-Unis) ; Réalisation : John Carpenter. Scénario : John Carpenter et Nick Castle. Avec : Kurt Russell, Lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasence, Isaac Hayes, Harry Dean Stanton, Tom Atkins, Charles Cyphers, Season Hubley, Adrienne Barbeau, Joe Unger, Frank Doubleday et John Strobel. Chef opérateur : Dean Cundey. Musique : John Carpenter et Alan Howarth. Production : Barry Bernardi, Larry Franco, Debra Hill et Jake Eberts – AVCO Embassy Pictures. Format : 2.35:1. Durée : 99 minutes.

Sortie originale le 24 juin en France, puis le 10 juillet 1981 aux États-Unis.

Copyright illustration en couverture : Angelo Fernandez/Kim Gottlieb/AVCO Embassy Pictures. 

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