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James Cameron, l’explorateur

James Cameron est un explorateur qui possède une idée certaine du cinéma et qui, à force d’acharnement et de sacrifices, de coups d’éclat et de coups de gueule, a pu mener à leur terme les films dont il rêvait. Son ambition obsessionnelle a fait naître les oeuvres les plus colossales du paysage cinématographique hollywoodien, quitte à faire exploser les limites de la technologie.

Les gens ne se rendent pas forcément compte que Jim est un explorateur. Jim explore dans sa vie. Il n’hésite pas à plonger au fond des mers dans des endroits où personne n’est allé. Jim explore dans son écriture et dans ses films. Il est toujours à la recherche de cette prochaine frontière à franchir. Il aime se lancer des défis. Pas question pour lui de se reposer sur ses lauriers.

Jon Landau

En 1997, Titanic sort sur les écrans du monde entier. Le film rencontre un succès planétaire. En effet, le monde tombe amoureux de cette histoire tragique et lyrique entre Jack et Rose, interprétés respectivement par les jeunes Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. Titanic devient ainsi le plus gros succès de l’histoire du cinéma avec plus de 2 milliards de dollars au box-office, achevant ainsi sa folle course lors de la cérémonie des Oscars avec 11 statuettes qui lui permettent d’égaler le record historique établi en 1960 par Ben-Hur de William Wyler. James Cameron, quant à lui, fait partie de ces réalisateurs uniques qui ne cessent  de repousser les limites du 7e art. Cet explorateur règne sur un empire qu’il a lui-même créé, dans la veine d’un Steven Spielberg ou d’un Georges Lucas. On peut donc le croire lorsqu’il s’écrie lors de la 70e cérémonie des Oscars en 1998 : « je suis le roi du monde ». Et en effet, comment peut-on désormais douter de sa légitimité au trône ?

Il faut sans cesse repousser les limites. Pour moi, il faut tout faire pour développer l’expérience de la salle de cinéma, le dernier sanctuaire. Pendant deux heures, on est immergé dans un film, on ne parle pas, on se soumet à la puissance de l’image, sans se soucier de la manière dont les autres vont percevoir notre réaction. Alors qu’on joue la comédie de l’apparence en société, dans le noir, les masques tombent.

James Cameron

© James Cameron

 

Un jeune rêveur

Bien que James Cameron ait grandi dans l’Ontario (Canada) à des kilomètres du monde du cinéma, le jeune garçon manifeste relativement tôt une certaine fibre artistique. L’enfant né en 1954 dessine en effet beaucoup et caresse le rêve de devenir dessinateur chez Marvel, étant fou de comic books. Aussi se remémore-t-il : « quand j’étais enfant, je participais à des concours où il fallait peindre en plein air et en public. Je peux vous dire que c’est très stimulant. Plus l’enjeu est élevé, plus il faut être bon. C’est fascinant ». Mais son père, un ingénieur électricien bien trop sévère, ne voit pas l’avenir de son fils du même oeil. Sans doute est-ce pourquoi l’enfant se sent plus proche de sa mère, femme au foyer mais aussi artiste, et de sa grand-mère, Rose. Ses perspectives changent définitivement à l’âge de 15 ans quand il découvre 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. C’est une révolution. Le futur cinéaste se passionne dès lors pour les images et réalise par la suite en Super 8 des films amateurs dont un certain Niagara, or How I learned to Stop Worrying and Love the Falls.

Les premiers films

Niagara… renvoie bien évidemment au Docteur Folamour (1964) de Kubrick mais aussi aux chutes du Niagara, bien évidemment. Le nucléaire et la mer déjà, prémisses des obsessions à venir… James Cameron finit par déménager avec sa famille en 1971 à Brea en Californie (USA), où il devient diplômé de physique à l’université d’État de Californie. Il trouve ensuite ses premiers boulots dans le domaine de la mécanique et occupera même un temps l’emploi de chauffeur de camions. Mais James Cameron caresse toujours le rêve de faire du cinéma coûte que coûte. C’est grâce à sa future femme, Sharon Williams que le jeune homme rencontre Randall Frakes avec lequel co-réalise son premier court métrage : Xenogenesis (1978), financé par… Un consortium de dentistes ! Pour 20000 dollars, James Cameron produit une oeuvre qui présente déjà un univers proche de son Terminator qui verra le jour à peine six ans plus tard en 1984 : héros cyborg, machines robotiques tueuses, femmes « fortes »… Roger Corman pressent le talent du cinéaste en herbe et l’engage donc au sein de sa société New World Pictures où ce-dernier fait ses armes et finit par se retrouver embrigadé en 1981 dans la réalisation de Piranha 2 – Les Tueurs volants, avec le producteur Ovidio G. Assonitis. Le relation entre les deux hommes se dégrade rapidement, si bien que ce-dernier lui retire le contrôle artistique du film. La légende affirme même que James Cameron aurait tenté de pénétrer par effraction de nuit dans la salle de montage. Peu importe : ses modifications finissent systématiquement rejetées par le producteur. Cameron reniera donc le film. Cette expérience, il s’en souviendra comme d’un enfer. Mais le réalisateur se console néanmoins très vite en se penchant sur un scénario intitulé Terminator, qu’il vendra pour un dollar symbolique à sa nouvelle femme, Gale Anne Hurd. Cette fois-ci, Cameron se fait la promesse de réaliser lui-même le film.

© DR

Le Terminator

Pour subvenir à ses besoins, James Cameron réalise un temps des affiches de films. Il travaille également aux effets spéciaux de New York 1997 (1981) de John Carpenter mais il écrit aussi le scénario de Rambo 2 : La Mission (1985) pour Sylvester Stallone. 1984 marquera un tournant décisif dans sa carrière. En effet, James Cameron met en chantier son fut chef d’œuvre,[sg_popup id= »225604″ event= »inherit »]Terminator[/sg_popup]. Le pitch, accrocheur, mélange des éléments du slasher (initié par John Carpenter) et de la science-fiction. L’entourage de Cameron ne lui manifeste que très peu de compréhension, ne parvenant pas à se figurer clairement ses intentions avec ce nouveau projet. Aussi Arnold Schwarzenegger se souviendra-t-il avoir évoqué un « film de merde à petit budget qui n’a aucun sens, où des gens qui viennent du futur se tirent les uns sur les autres ». Les premières images montées feront cependant très vite changer d’avis les plus frileux. Même Schwarzy poussera les studios à investir davantage dans la campagne promotionnelle du film qui rentrera par la suite dans l’histoire d’Hollywood. Et en effet, Terminator remporte un franc succès, à la fois critique et financier. Pour un budget de 6 millions de dollars, le film en rapporte plus de 75 millions dans le monde, devenant ainsi l’une des productions les plus rentables de l’année 1984.

Le réalisateur de l’année

Les portes d’Hollywood s’ouvrent enfin à James Cameron au point que la Fox lui propose de réaliser la suite du film de Ridley Scott, Alien (1979). Le tournage du sequel s’avère, comme toujours, très difficile. James Cameron ne semble d’abord absolument pas satisfait du travail du directeur de la photographie qu’il renvoie donc illico. Ridley Scott lui indique alors Adrian Bibble pour le remplacer. Mais Cameron continue sa « chasse aux sorcières ». Le casting se retrouve ainsi chamboulé au gré des altercations sévères entre les acteurs et le cinéaste. Même l’assistant-réalisateur se retrouve congédié après avoir clamé haut et fort que James Cameron n’était pas digne de réaliser la suite d’Alien. Bref, le réalisateur  agit en despote au point de se mettre à dos toute l’équipe du tournage. La Fox même ne croit désormais plus au film et se concentre donc sur la production de SpaceCamp (1986) de Harry Winer. Au final, ce film ne rapportera que 9 millions de dollars au box-office mondial.

© DR

[sg_popup id=225606 event= »click »]Aliens[/sg_popup] en rapportera plus de 130 millions avec deux Oscars à la clé. La National Association of Theatre Owners élit même James Cameron réalisateur de l’année malgré les critiques qui s’acharnent contre lui. La polémique concernant Rambo II n’arrange rien non plus pour le cinéaste taxé d’extrémiste de droite. Aucune importance : James Cameron s’abandonne à corps perdu dans le travail et se penche sur des ébauches intitulées, Terminator II, Abyss et Strange Days. En 1988, la Fox lui donne le feu vert pour Abyss. Comme à son habitude, le tournage est complexe, le montage délicat.

© 20th Century Fox

The Abyss

Une fois après avoir tourné la page du succès d’Aliens, James Cameron présente très rapidement au monde, selon ses dires, « le film aquatique le plus ambitieux de l’Histoire ». Passionné des fonds marins et de science-fiction, le metteur en scène allie tout naturellement les deux genres pour former un long-métrage aussi épique qu’intimiste, repoussant encore plus loin ses limites. La première partie du film est un thriller classique se déroulant dans un sous-marin où se confrontent petit à petit équipage de pétrolier et soldats belliqueux. Cameron y introduit la quasi-totalité des personnages de son film, depuis Ed Harris dans l’un de ses rôles les plus marquants jusqu’à Mary Elizabeth Mastrantonio, parfaite en femme forte au milieu des mâles (un gimmick chez Cameron), sans oublier le génial Michael Biehn, méconnaissable en ordure militaire moustachue. On dérive ainsi petit à petit vers la science-fiction où les créatures aquatiques fluorescentes se dévoilent, merveilleusement animées par une innovation visuelle signée ILM. Suspense, action et contrepoints tragiques viennent s’intercaler dans cette magnifique histoire de science-fiction nautique, certes difficilement accessible mais indéniablement magistrale. Ce film aura un réel impact pour la suite de son travail, bien qu’il ne rencontre qu’un demi-succès au box-office. La même année, James Cameron divorce de Gale Anne Hurd pour se remarier avec Kathryn Bigelow qui devient très vite sa muse, au point de lui confier plus tard la réalisation de son scénario Strange Days en 1995 (ci-dessous).

© Merie W. Wallace

Le roi du monde

1991 marque une nouvelle étape dans la filmographie de James Cameron qui réalise alors [sg_popup id=225607 event= »click »]Terminator II[/sg_popup]. Le cinéaste souhaite cette fois placer la barre bien au-dessus du premier opus. Cette ambition se révèle néanmoins bien plus coûteuse. Cameron élabore donc avec les équipes SFX (CGI) une technologie jamais réalisée. Le morphing, par exemple, inventé par Doug Smythe pour les besoins de Willow (Ron Howard) en 1989 au sein d’ILM, sert avant tout l’histoire pour James Cameron qui met ainsi en exergue les talents d’infiltration du T-1000 en poussant cette technique à son paroxysme, tout comme la motion capture conçue dans les années 70, exploitée principalement dans les milieux militaires. Le résultat est si impressionnant que cette évolution technologique a été le point de départ pour repousser sans cesse les limites du cinéma digital. Aussi le Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg n’existerait-il pas sans la folie visionnaire de James Cameron. Le succès colossal de son film (plus de 500 millions de dollars au box-office) le conforte ainsi sur son trône de roi du monde. Plus personne ne peut désormais lui refuser quoi que ce soit. Le cinéaste lui-même reconnaît avec humour et ironie qu’il aurait accepté de réaliser Terminator 3 si on l’avait autorisé à faire exploser une véritable bombe nucléaire. Il s’accorde ensuite un petit plaisir en réalisant une comédie d’action, True Lies (1994), remake du film français La Totale ! (1991) de Claude Zidi. Le succès s’avère une fois encore au rendez-vous avec des chiffres dépassant ses espérances, malgré une presse toujours piquante. James Cameron continue en apparence à s’amuser avec une version 3D de son T2, pour mieux dissimuler son travail secret sur une grosse production à venir. 

© 20th Century Fox

Le projet[sg_popup id=225609 event= »click »]Titanic[/sg_popup](1997) sommeille depuis longtemps dans l’esprit de James Cameron. L’idée commence réellement à voir le jour quand le réalisateur s’en va filmer des icebergs au large de la Nouvelle-Écosse, donnant au film le titre fictif de Planet Ice. La Fox et Bill Mechanic, chairman et CEO de Fox Studio, confient les manettes (et surtout le portefeuille) à James Cameron. D’une logistique et d’une ampleur démesurées, le tournage de Titanic restera dans l’histoire comme une aventure à nulle autre pareille, particulièrement éprouvante pour Cameron et son équipe.

Je vous passe les détails, mais la pression a grossi en même temps que la production. Je n’avais pas de visibilité sur le tournage, ni sur le budget. On ne savait pas quand le film se finirait, ni combien il coûterait. Tous les jours, je découvrais un problème : la construction du bateau était plus longue que prévue ; le lendemain, le directeur photo était remplacé ; la semaine suivante, j’apprenais que le casting était effrayé par le réalisateur…

Bill Mechanic

© Kathy Hutchins/ZUMA/KEY STONE press

Titanic fut à sa sortie le film le plus cher jamais produit, avec un budget équivalent à 200 millions de dollars (initialement prévu à 125 millions). Le film est colossal dans tous les sens du terme. Titanic a recueilli une recette de 2 187 462 944 de dollars dans le monde entier, devenant le premier film à atteindre la barre symbolique du milliard de dollars, et établit des records de nombres d’entrées (128 millions d’entrées cumulées aux États-Unis un an après sa sortie, 21,8 millions en France et 17,2 millions au Royaume-Uni). Après avoir dépassé La Grande Vadrouille (1966, Gérard Oury), considéré comme indétrônable depuis sa sortie en salle, Titanic reste aussi à ce jour le film ayant remporté le meilleur score au box-office français, avec plus de 21 millions d’entrées. Le film révèlera également deux étoiles, Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. Pour la première fois, la presse acclame enfin unanimement James Cameron. Entre 2000 et 2002, le cinéaste s’intéressera au format de la série TV en produisant Dark Angel dont il réalisera l’épisode final.

Il se tourne par la suite vers le documentaire, d’abord avec Expedition: Bismarck (2002), puis Les Fantômes du Titanic (2003) dans lequel il expérimente le tournage en trois dimensions, sur un autre naufrage célèbre, suivi de Volcanoes of the Deep Sea (2003) et enfin avec Aliens of the Deep (2005) sur les étranges créatures des fonds sous-marins. Il produira également le film Solaris pour Steven Soderbergh en 2002 et Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez en 2018.

 

© 20th Century Fox

Il n’y a que le film qui compte aux yeux de James Cameron. C’est sa force d’ailleurs. Ce n’est jamais une question de salaire, ou un problème d’ego. Jim se bat simplement pour faire le meilleur film possible. Et c’est un type qui ne fait pas de compromis 

Bill Mechanic

Un explorateur de génie

En 2009, James Cameron marque à nouveau son époque en réalisant le film le plus cher de l’histoire, [sg_popup id=225616 event= »click »]Avatar[/sg_popup], d’après un scénario qu’il avait écrit au début des années 1990. C’est en découvrant le personnage en synthèse de Gollum du Seigneur des Anneaux (2001-2003) dans la trilogie de Peter Jackson que James Cameron se laisse convaincre qu’il peut désormais intégrer des effets spéciaux novateurs dans sa nouvelle production. Douze ans après Titanic donc, Avatar devient le plus gros succès du réalisateur. Il pulvérise aussi son propre record de recettes avec 2 789 679 794 de dollars et prend donc la place de Titanic au box-office mondial, désormais battu par Avengers : Endgame (2019, Joe et Anthony Russo). James Cameron travaille actuellement sur les quatre suites de la saga Avatar dont les sorties en salle devraient s’échelonner de décembre 2021 à 2027. En parallèle, il récupère les droits de la franchise Terminator en 2019. C’est pourtant dès le mois de juillet 2017 qu’il se remet à travailler avec David Ellison pour établir la ligne directrice d’une nouvelle trilogie. Deux ans plus tard, James Cameron finit par révéler le titre de son nouvel opus,[sg_popup id=225610 event= »click »]Terminator: Dark Fate[/sg_popup], dont le casting réunira à nouveau Linda Hamilton, Edward Furlong et bien entendu Arnold Schwarzenegger. Le cinéaste promet d’inscrire l’histoire dans la continuation des deux premiers volets de la saga, « comme si les autres films étaient des mauvais rêves ou qu’ils se déroulaient dans un univers alternatif ». Le film sortira le 23 octobre 2019 en France.

 

On se souviendra de James Cameron comme d’un cinéaste aventurier, un baroudeur, un mec qui est tout sauf un faussaire. James Cameron ne prétend rien : Quand tu le rencontres, il te parle de ce qu’il fait et de ce que ça représente pour lui. C’est tout. C’est un vrai de vrai. Un pur et dur.

Christophe Gans

© DR

James Cameron reste considéré par nombre de cinéastes, amis, spectateurs, producteurs et bien d’autres comme un réalisateur impitoyable dans son travail, refusant tout compromis, anticonformiste, obsessionnel et caractériel. Aussi James Horner affirmera-t-il à son propos : « on doit faire à sa manière. Même s’il change d’avis, il faut accepter de tout reprendre à zéro et essayer de nouvelles approches ». James Cameron n’a de cesse de considérer son film comme son simple et unique objectif, son travail, tout simplement. Il demeure avant tout un explorateur, un capitaine de navire absolument génial, qu’aucun obstacle ne peut arrêter. est dur et généreux à la fois. C’est un aventurier passionné, dur et généreux à la fois, un visionnaire et surtout un artiste, car il aime et pratique le cinéma comme personne. Il faut donc bien le reconnaître et le répéter une énième fois : James Cameron reste « le roi du monde ». Un grand cinéaste de notre temps, en somme.

A propos de l'auteur

Christopher Poulain

Photographe et réalisateur, diplômé de l'École Supérieure d'Études Cinématographiques (ESEC - Paris 12e). Passionné d'art, de musique 70's et de voyage.

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