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Le Festival du Film de Fesses : du sexe drôle et intelligent

Le Festival du Film de Fesses reprend ses quartiers dans les cinémas de la rue Champollion du 27 au 30 juin 2019. La Filmothèque et Le Reflet Médicis s’apprêtent ainsi à recevoir le seul festival érotique de France et de Navarre. Au programme : des pépites, rares, brillantes, poétiques, décalées et sensuelles.

© DR

Du cul(te) encore et encore

On en a la croupe toute frétillante à l’annonce d’un programme d’une telle qualité, mêlant tous azimuts films décalés, grands crus de patrimoine et contemporains. Fesse-toyons donc sous la « pleine lune » après la pluie, aux côté d’une égérie fantastico-sexuelle sanguinaire, le vampire, mis à l’honneur dans une sélection de choix (Spermula du génial artiste plasticien Charles Matton, Possession de Andrzej Zulawski, A Girl Walks Home Alone At Night de Ana Lily Amirpour, La Fille de Dracula de Jess Franco). Il faut également compter sur l’étrange, poétique et ésotérique The Love Witch de Anna Biller ou encore A Rosa Azul De Novalis de Gustavo Vinagre & Rodrigo Carneiro. Énième temps fort du festival, une carte blanche aux amoureux de giallo, Hélène Cantet et Bruno Forzani (Amer, L’étrange couleur des larmes de ton corps) et à la talentueuse Lucile Hadzihalilovic. Mentionnons enfin la projection des cultissimes Le corps et le fouet et Six Femmes pour l’assassin, tous deux réalisés par Mario Bava qu’évoqueront Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele, auteurs du livre Mario Bava – Le magicien des couleurs, disponible chez Lobster Films. 

Vient s’y ajouter une série de films cultes débordant de strict érotisme, parmi lesquels le space opera pop Barbarella de Roger Vadim,ou encore le déjanté Frankenhooker de Frank Henenlotter, des thrillers sur des teenagers mal dans leur peau avec Nowhere, de Gregg Araki, mais aussi sur des cohortes pubescentes démangées par leur entre-jambe chez Mitchell Lichtenstein dans le génial Teeth. Ces réjouissances ne devraient pas non plus nous faire oublier les classiques du cinéma d’auteur érotique notamment représentés par L’empire de la passion de Nagisa Oshima et Le désirable et le sublime de José Bénazéraf, les oeuvres expérimentales incontournables de Kenneth Anger, réalisateur de Scorpio rising, Lucifer rising mais aussi du film Inauguration of the pleasure dome. L’énumération d’un programme aussi culte…issime pour cette sixième édition n’en finit décidément pas de nous faire tourner la tête.

Le progrès social passe toujours par l’indépendance des fesses.

Albert Cossery

Les arts du sexe

En complément de cette programmation s’ajoute une compétition « fessue » de courts-métrages, des œuvres ainsi mises en lumière qui permettent de poser un regard différent sur le monde contemporain. Il est désormais impossible de douter de l’ambition politique d’un festival soutenant un cinéma qui peine encore à exister. Sans doute est-ce pourquoi la programmation s’enrichit cette année d’une série de conférences « performées » sur les arts du sexe par l’historienne de l’art Hortense Belhôte. Époques et cultures y dialogueront dans un grand maelström évoquant les visions médiévales de l’Enfer, la bande-dessinée érotique, les sirènes antiques, le romantisme allemand, les martyrs chrétiens mais aussi les zombies vaudous. Signe des temps, il sera également question de l’érotisme à l’heure de la suractivité digitale. Ces conférences achèvent ainsi de populariser des concepts pointus, théorisés par des minorités et des universitaires dans un esprit ludique et pédagogique. Non content d’éveiller le corps et l’esprit, cette sixième édition nous propose aussi cette année une séance pour titiller littéralement les sens. Le FFF s’associe au Journal d’un Anosmique pour projeter en odorama le film Under the skin de Jonathan Glazer. Cette technique expérimentale permet d’associer des scènes à des odeurs précises, afin de créer une expérience visuelle et olfactive inédite. Et pour aller plus loin, le cinéma Le Méliès de Montreuil consacrera la nuit du samedi à une sélection « pleine lune », avant de se retrouver le lendemain au Point Éphémère pour un ciné-concert « Jess Franco X Christophe Rodomisto ». Et si vous n’en avez pas encore pris pleins les mirettes, rendez-vous donc à l’exposition commune de Clémence Moutoussamy, auteur de l’affiche de cette sixième édition, et Sarah Cohen Hadria, pour partir à la découverte intime du corps sous toutes ses formes.

© Anna Biller – The Love Witch

 La fesse, c’est la touche finale qui fait que le corps est exceptionnel.

Jean-Paul Goude

© DR

Érotisme et tartufferie online

Le FFF a encore subi cette année les foudres de la censure de Facebook, sans information aucune. D’un seul coup de baguette magique, ou par un méchant tour de poudre de perlimpinpin, sa page officielle s’est ainsi évaporée dans les limbes d’internet, retirant à l’événement toute forme de visibilité en ligne. Soulignons ici que les réseaux sociaux constituent une fenêtre publicitaire indispensable pour le FFF, manifestation culturelle non-subventionnée mais bel et bien autofinancée. Aussi Facebook et Instagram s’imposent-ils indubitablement comme les leaders de la promotion artistique connectée à l’heure du monopole des GAFA. Leur politique discriminatoire et puritaine semble malheureusement cibler sans distinction la nudité, et surtout celle du corps féminin. En somme, les représentations du plaisir et du désir dans une pleine perspective artistique finissent irrémédiablement par rejoindre le banc des accusés au procès de la pornographie connectée. Ainsi de l’affiche de la 5ème édition du FFF montrant un téton glacé, petit sorbet de beauté avec cette touche décalée qui fait tout le charme du festival…

Il paraît donc indispensable de rappeler que le cinéma demeure l’art du désir, et donc de l’érotisme dans sa dimension iconographique. Faut-il donc à ce titre censurer la statuaire gréco-romaine, les callipyges, le Kamasutra hindou… Affirmons-le pour de bon : la sempiternelle distinction entre érotisme et pornographie relève tout bonnement d’une querelle politique et artistique de mise en scène. Quand l’un montre grossièrement le poulet, l’autre le suggère élégamment par la plume. L’érotisme dans sa pleine acception s’accorde ainsi le luxe de recourir au contretemps que ne permet aucunement l’instantanéité de la représentation pornographique. Reste à constater que l’obscurantisme saupoudré de tartufferie demeure encore aujourd’hui bel et bien de mise. Pour l’heure, il vous est toujours possible de vous rincer l’oeil sur les comptes officiels de Playboy et Entrevue où s’exhibent de jeunes mannequins féminins aux courbes démesurées.

Déjà dans les années 60-70, il fallait démontrer que combattre la pornographie qui a son sens, sa fonction, sa force propre, au nom de l’érotisme était de toute façon une bien mauvaise façon de défendre l’érotisme.

Gérard Lenne

Erotisme et cinéma

Défense de l’image mouvante

Cette liberté de ton, de folie, de jouissance, d’exubérance, d’érotisme, cette liberté que le cinéma prône, le FFF la réaffirme au fil de ses éditions. Prendre le temps de découvrir, de regarder et tout simplement de célébrer, c’est tout aussi bien ce que proposent l’art et la liberté sous toutes ses formes, qu’elle relève de l’expression ou de la fesse. Le cinéma retrouve ici ses intentions premières, à savoir bousculer les habitudes, ébranler les convictions, susciter des émotions fortes. Plus que la peinture, la sculpture, le théâtre, la danse, l’image cinématographique ébranle le corps, du plan large au gros plan. Cette image mouvante procure du plaisir aux spectateurs dont les regards épuisent à l’infini les champs du potentiel érotique investi dans une expérience sensuelle sans cesse renouvelée. Les images du désir, tapies dans l’obscurité des salles de cinéma, nous renvoient à nos fantasmes les plus secrets. Elles alimentent notre vie érotique (in)consciente projetée deux heures durant sur une simple toile blanche.

© Drop-Out Cinema eG

L’érotisme est l’une des bases de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie.

Anaïs Nin

Etre une femme et autres essais

Festival du Film de Fesses / Festival de films érotiques / Japon

Du 27 au 30 juin 2019

Lieux
Le Reflet Médicis
3 rue Champollion
75005 Paris

La Filmothèque du Quartier Latin 
9 rue Champollion
75005 Paris

Le Méliès Cinéma 
12 place Jean Jaurès
93100 Montreuil

Le Point Éphémère 
200 quai de Valmy
75010 Paris

Programme disponible sur le site officiel du FFF.

About The Author

Anaïs Bagnol

Amoureuse de cinéma et d'art en général, de religion kubrickienne, Anaïs adore écrire sur le cinéma et se rêve réalisatrice de film de genre. Elle aime peut être autant le White Russian que le Dude.

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