Si le terme vous échappe, des films de teen horror, vous en connaissez forcément. Courant prolifique du cinéma d’horreur hollywoodien dont le succès ne se dément pas depuis les années 50, cela fait vingt ans qu’il revient en force sur nos écrans. Et pourtant, si la formule de ce cinéma de divertissement est sensiblement la même par-delà les décennies, ces films ne se ressemblent pas. Reflet de leur époque, ils le sont aussi de l’évolution de la société, et plus particulièrement de la jeunesse. Vaste sujet d’étude sur lequel se sont penchés de nombreux spécialistes. Dans son livre Teen Horror : de Scream à It Follows (éd. Rouge Profond), Pascal Françaix, qui les a lus et digérés pour nous, s’applique à confronter les différentes théories et analyses du courant à de multiples films du cinéma teen horror postmoderne. À la lumière de dizaines d’exemples concrets, il en discute les assertions, pour confirmer, réfuter, ou élargir leurs propos. Aujourd’hui, c’est avec nous que Pascal Françaix converse de son sujet favori, la teen horror, et c’est épouvantablement intéressant… 

LA TEEN HORROR PAR-DELÀ LES STÉRÉOTYPES DE GENRES

Mais alors, qu’est-ce que la teen horror ? N’en déplaise aux détracteurs des anglicismes à tout va, le nom de ce courant du septième art, transfuge du cinéma d’horreur mêlant différentes catégories de films « teen» (films à propos de et orienté vers le public adolescent), ne trouve pas son équivalent en langue française. D’abord destinés aux jeunes hommes, ces films ont mis en avant pour les attirer de jolies héroïnes, dont l’importance et l’émancipation à l’écran s’amplifient avec l’évolution de la société, et matérialisent les profondes angoisses masculines liées à la libération féminine. Au fil des années, les films de la teen horror sont donc révélateurs des tourments du public qu’ils visent : les adolescents et jeunes adultes, masculins comme féminins, puisque le genre évolue rapidement pour cibler également les jeunes femmes. C’est d’ailleurs pour leur plaire que les héroïnes auparavant passives apprennent au fur et à mesure à se défendre face à la menace. D’une violence toujours mesurée pour éviter la censure, ces films mettent l’accent sur les rapports de pouvoir et de sexe, et reflètent leur transformation au cours des décennies, leur appréhension se faisant évidemment de manière différente en 1990 et dans les années 2000. Dans son livre, Pascal Françaix étudie la teen horror, et plus particulièrement la teen horror postmoderne, initiée par le succès du premier Scream (W. Craven, 1996). Ce cinéma se décline en de nombreuses catégories -M. Françaix en dénombre plus d’une dizaine- dont la plus importante est le teen slasher – ces films peu chers, qui ne demandent pas de folle créativité, dans lesquels un groupe de jeunes gens fortement stéréotypés est décimé par un tueur en série, à l’image des célèbres Halloween, Freddy, Vendredi 13. Les différentes catégories de cette teen horror postmoderne (slasher, films d’exorcisme, de sorcellerie…) obéissent toutes à des schémas narratifs assez rigides, qui permettent toutefois une liberté de discours signifiante. 

Heather Langenkamp et Robert Englund dans Les Griffes de la nuit de Wes Craven, en 1984 © Joyce Rudolph

Nick Castle sous le masque de Michael Myers dans Halloween : La Nuit des masques de John Carpenter, sorti en 1978 © Kim Gottlieb

Sous couvert de satire, ces films emploient la métatextualité pour interroger le genre et se jouer de ses codes, tout en prouvant pourtant parfois la validité de ce qu’ils contestent ou tournent en dérision. Et si le licencieux se retrouve généralement, aujourd’hui encore, toujours maîtrisé à la fin par le carcan de la bienséance et des « bonnes mœurs » patriarcales, hétérosexuelles, et sociétales, l’ironie inhérente au genre permet de souligner l’absurdité de ces conventions. En effet, la jeunesse désabusée de la teen horror postmoderne n’accepte plus les valeurs et les catégories imposées par les générations antérieures. La sexualité n’est plus une angoisse, elle se libère et se banalise, les jeunes filles postmodernes étant fortes du désir qu’elles se plaisent à susciter et du pouvoir qu’elles exercent sur les autres. En découle une angoisse identitaire particulièrement prégnante chez les jeunes hommes, marquant les rôles qui leur sont désormais attribués. De plus, la menace qui autrefois provenait de l’extérieur est aujourd’hui inhérente au groupe social dans lequel évoluent les adolescents (et adulescents, puisqu’il y a élargissement de la catégorie teen, aux frontières moins définies) ; la monstruosité émane parfois littéralement de leur être, et les monstres s’humanisent… De cette incertitude, de cette frontière si imprécise entre réalité et fiction qu’il n’est plus possible de distinguer ce qui est produit de ce qui est authentique – de ces angoisses modernes, en un mot- résulte un traitement différent et évolutif de l’horreur que Pascal Françaix nous décrit avec force exemples et analyses, employant les films d’épouvante pour dresser un portrait sensible de la jeunesse contemporaine.

Teen Horror : de Scream à It Follows est donc un livre extrêmement documenté et fourni, qui décortique les poncifs du genre, et permet de les appréhender différemment (spoiler : Randy de Scream ne fait pas mouche à tous les coups avec ses principes !) Chaque film, des plus célèbres aux moins médiatisés, y est passé à la loupe (le chapitre sur Donnie Darko de Richard Kelly (2002), sorte de parangon du film teen horror postmoderne, vaut à lui seul le détour). Le schéma est simple mais dense : résumé complet émaillé des thèmes et thèses associées et des infirmations/confirmations ou ouvertures de l’auteur ; il y a quelque chose de la répétition chère au public du film d’horreur dans ce livre. Mais comme chaque film méticuleusement choisi par Pascal Françaix se fait miroir d’un développement du genre ou d’une évolution de la société (les deux étant intimement liés), le lecteur en ressort toujours plus éclairé sur le cinéma, ainsi que sur son époque. Et avide de visionnage d’une multitude de films ! *

© Rouge Profond

ENTRE CONSERVATISME ET CONTESTATION

Marie Laugaa : A la lecture de votre biographie, on s’aperçoit que vous avez oscillé entre l’écriture (d’articles, de pièce, de romans, d’essais) et la comédie au cours de votre carrière. Une passion semble l’avoir largement emporté sur l’autre. Comment avez-vous compris que votre voie se trouverait plutôt du côté de la plume que de la scène ?

Pascal Françaix : Mes quelques expériences théâtrales en tant qu’« apprenti acteur » remontent à bien longtemps, et furent de très courte durée. J’ai vite réalisé que je n’avais aucun talent dans ce domaine. Et puis, le théâtre est un travail de groupe, et je suis de nature assez introspective, assez solitaire. L’écriture, qui a toujours été ma passion, me convenait forcément davantage. Quand le cinéaste Jean Rollin, qui avait apprécié certaines de mes nouvelles non publiées, m’a proposé d’écrire un roman pour la collection qu’il dirigeait au Fleuve Noir, j’ai sauté sur l’occasion. Et je n’ai plus cessé d’écrire depuis. Ceci dit, j’ai récemment fait le pitre dans quelques courts métrages de mon ami Jean-Claude Mornard, un vidéaste belge qui réalise des trucs complètement déjantés, et dont j’aime beaucoup l’univers. Il a d’ailleurs adapté l’une de mes nouvelles que Jean Rollin avait appréciées.

Votre œuvre (fictionnelle comme analytique) présente une constante : vous semblez porter une affection particulière au fantastique et à l’horreur. Pourquoi ce thème de prédilection ?

Je suis tombé dans la marmite du fantastique dès l’enfance, comme la plupart des fans du genre. Il y eut, vers l’âge de huit ans, la découverte des grands classiques de la littérature gothique, des œuvres de Poe, de Lovecraft, de Jean Ray, puis des films de la Hammer, de l’A.I.P., etc. J’ai très tôt perçu le fantastique et l’horreur comme des domaines majeurs dans le champ artistique, parce qu’ils traitent de questions essentielles et universelles : la peur, la mort, la peur de la mort. Et parce qu’ils reflètent, en termes métaphoriques, les préoccupations de notre société, dont ils épousent les évolutions, les mutations. Très jeune, j’ai abordé ces genres sous un angle « existentiel », en ayant conscience qu’ils constituaient une thérapie contre mes angoisses – et je n’en manquais pas !    

Teen Horror porte sur ce sous-genre extrêmement prolifique du cinéma d’horreur. Est-ce le contraste entre un cinéma très normé et le discours subversif sur la société et le cinéma qu’il permet de véhiculer qui vous a attiré vers ce sujet ?

Ce qui m’a intéressé d’abord, c’est que ce sous-genre – qui est d’ailleurs plutôt un « courant » regroupant plusieurs sous-genres – était négligé par les analystes (du moins en France), à l’exception des classiques des années 1970 qui commencent à faire l’objet d’études sérieuses. Et j’aime écrire sur des sujets négligés ou méprisés. Je me suis focalisé sur les films contemporains parce que, lorsque les critiques les évoquent, ils leur apposent la même grille de lecture qu’aux films plus anciens, les comparent systématiquement à eux pour évaluer leurs qualités. Or, les temps ont changé depuis le Halloween de Carpenter, le Carrie de De Palma ou les Vendredi 13. Les adolescents et la société en général ne sont plus les mêmes, et le discours véhiculé par la teen horror depuis la fin des années 1990 est également différent. Il me semblait nécessaire de replacer ces films dans leur époque – la nôtre – pour étudier leurs enjeux. L’aspect subversif dont vous parlez n’est pas systématique. Ce sont souvent des films ambigus, bourrés de contradictions, qui naviguent entre conservatisme et contestation. C’est d’ailleurs en cela qu’ils reflètent le flou idéologique de la société postmoderne, et c’est ce qui les rend passionnants à mes yeux.

Sissy Spacek sur le tournage d’une scène emblamétique de Carrie, réalisé en 1976 par Brian De Palma © Dave Friedman

Jamie Lee Curtis, la final girl de John Carpenter dans Halloween, oeuvre matricielle du slasher sortie en 1978 © Kim Gottlieb

DE LA TEEN HORROR À L’HORREUR HARDCORE 

Le livre s’articule autour de plusieurs axes d’analyse (psychanalytique, féministe, queer…) qui semblent caractéristiques des films teen horror dès les balbutiements du genre, dans les années 50. Or, le traitement de ces thèmes ne se cantonne plus aujourd’hui aux sous-genres, et se retrouve dans la majorité des œuvres du cinéma hollywoodien mainstream (représentation de l’homosexualité et parti-pris féministe semblent actuellement des éléments incontournables de l’écriture d’un scénario). Quelle serait donc la spécificité des films teen horror aujourd’hui, si leur caractère progressiste se généralise ?      

Il est difficile de répondre à cette question, dans la mesure où la ligne de démarcation entre cinéma hollywoodien mainstream et cinéma d’horreur n’existe plus vraiment depuis au moins trois décennies. Il existe désormais un cinéma d’horreur mainstream ; il constitue même l’essentiel de la production distribuée en salles, et la majorité des films de teen horror en relève. Donc, les thèmes que vous citez, le féminisme, l’homosexualité, circulent librement dans l’ensemble du cinéma commercial, souvent avec des approches similaires. Face à cette horreur mainstream, il y a l’horreur hardcore et l’horreur indépendante à micro-budget qui, elles, se distinguent vraiment, mais sont ignorées par le grand public, et parfois vues d’un mauvais œil par les fans du genre. C’est là qu’une singularité peut se dégager, mais l’horreur hardcore n’a pas de déclinaison teen. S’il faut trouver une spécificité dans les films de teen horror, je dirais qu’elle ne tient pas à leur caractère progressiste, qui reste très relatif. D’ailleurs, qu’est-ce que le progressisme, aujourd’hui ? Les discours libéraux se sont tellement radicalisés depuis une dizaine d’années qu’ils en deviennent réactionnaires à force de manichéisme. Ils ne prennent pas en compte les évolutions de la société et émanent de temps révolus. Ce sont de « mauvais remakes », en ce sens qu’ils sont des copies conformes d’anciens discours inadaptés à notre époque. Le féminisme, par exemple – crucial dans le cinéma d’horreur en général et dans la teen horror en particulier – a fait un grand bond en arrière en reprenant les arguments du féminisme radical des années 1970, qui prônait la censure, l’exclusion. L’anti-colonialisme se livre aux mêmes débordements ; les politiques queer adhèrent parfois à des valeurs-phares de la société hétéropatriarcale. Dans ce contexte, ce qui est propre à la teen horror est peut-être son indétermination idéologique, politique. Elle est faite de contradictions, d’antinomies. Par exemple, le postféminisme, bête noire des féministes radicales, y est à la fois malmené et célébré. L’homosexualité y est un objet de répulsion et de fascination. Ce sont des films qui ne tranchent pas, mais qui interrogent et s’interrogent, souvent inconsciemment, à leur corps défendant.

Vous mentionnez Elephant (G. V. Sant, 2003) comme un quasi film teen horror. Que pensez-vous du postulat qui voudrait que la violence à l’écran influence la réalité comme on a pu le prétendre avec Tueurs nés (O. Stone, 1994) ou The Dark Knight Rises (C. Nolan, 2012) ? Comment se fait-il que les films d’horreur soient finalement si peu montrés du doigt par ceux qui partagent cette idée ?

Évidemment, je ne souscris pas à ce postulat, ni en matière de cinéma, ni pour toute autre forme artistique. Quant à votre seconde question, les films d’horreur sont montrés du doigt, depuis toujours. Les films Universal, les films Hammer étaient considérés comme des incitations à la violence par les critiques bien-pensants et les ligues de vertus. Je parlais du féminisme radical des années 1970 : le cinéma d’horreur était l’une de ses cibles de prédilection, avec le porno, auquel on l’assimilait. Des films comme Snuff (M. Findlay, H. Fredriksson et S? Nuchtern, 1975), qui a provoqué un tollé, ou I Spit On Your Grave (M. Zarchi, 1978), furent accusés d’encourager le viol et la violence envers les femmes. Plus récemment, on a reproché au torture porn d’engendrer des psychopathes, de corrompre les esprits – voir l’article de David Edelstein en 2006, qui a d’ailleurs introduit l’expression « torture porn ».

Votre livre fait surtout état de films américains, à quelques exceptions près. Si vous expliquez dans votre introduction les raisons sociologiques ayant conduit au développement du cinéma d’horreur, et plus spécifiquement de la teen horror américaine, comment expliquer qu’elle ait fait si peu d’émules en France ou dans d’autres pays ? Peut-on justifier cette absence de diversité culturelle par le monopole hollywoodien qui s’empresse de récupérer les cinéastes de potentiel (Alexandre Aja, Xavier Palud, David Moreau) ?

D’une part, quand la teen horror est née aux États-Unis dans les années 1950, les adolescents américains s’individualisaient, pouvaient conduire avant leur majorité, manifestaient plus d’autonomie. Ils devenaient un « problème » social, ils inquiétaient. Chez nous, sous les présidences de Vincent Auriol et de René Coty, la jeunesse était tenue sous cloche, écoutait André Claveau et Luis Mariano plutôt qu’Elvis. Les années 1960 n’y ont pas changé grand-chose.
Mais la véritable explication du manque d’émules de la teen horror en France est simple : les producteurs n’ont jamais cru au genre, sinon sous une forme « poétique » dans les années 1930-40. Et encore !… Il y a bien eu une sorte d’école fantastico-horrifique hexagonale, durant les années 1960-70, mais elle était animée par des cinéastes indépendants. On reproche aux producteurs leur frilosité envers le genre, mais il faut bien convenir que quand un bon film d’horreur français sort en salles, le public ne s’y précipite pas.  Pourquoi ? Parce que même les fans du genre qui déplorent cet état de fait estiment, au fond d’eux-même, que notre pays ne peut pas donner une grande œuvre en la matière. La récupération par Hollywood de cinéastes ayant du potentiel n’est pas une cause, mais une conséquence de cette situation. Comme on ne les produit pas, ou mal, nos réalisateurs s’expatrient.

Le cinéma parisien Le Brady, temple de l’épouvant et refuge prisé des sans-abris dans les années 60-70 © DR

Robert « Freddy » Englund et le cinéaste français Alexandre Aja sur le tournage de Campfire Creepers, en 2017 © Future Lighthouse

DE SCREAM À IT FOLLOWS

Vous avez écrit en 2016 un essai, Torture porn: l’horreur postmoderne (éd. Rouge Profond) sur le sous-genre éponyme mettant en scène des individus se retrouvant à la merci de sadiques pervers qui les soumettent à toutes sortes d’atrocités – à l’image des séries Saw et Hostel. C’est un sujet que vous mentionnez dans Teen Horror puisqu’il en aurait légèrement influencé les films. Est-ce un sous-genre aussi diversifié que la teen horror ? Est-ce que le public visé et les enjeux de ces deux types de films diffèrent énormément ?      

Là aussi, il s’agit plutôt d’un « courant » qui se décline en plusieurs sous-genres, comme le rape & revenge, le survival, le faux-snuff. Son réalisme, je dirais son « pragmatisme horrifique », se prêtent assez mal aux sujets surnaturels, et il est donc moins diversifié que la teen horror. Le public visé et les enjeux diffèrent beaucoup, oui. La teen horror verse rarement dans le gore débridé, elle vise le classement PG-13, c’est-à-dire des spectateurs ayant 14 ans et plus. Sa cible est majoritairement un public jeune. Le torture porn, au départ, constituait précisément une réaction contre la généralisation du PG-13, contre l’aseptisation du cinéma d’horreur au début des années 2000. Il s’agissait de retourner aux racines subversives et choquantes du genre, de secouer le cocotier de la routine. Ces intentions n’ont duré qu’un temps, et le torture porn s’est rapidement « rangé ». En fait, il s’est retranché dans l’horreur hardcore et indépendante dont je parlais tout à l’heure, des films underground sortant confidentiellement en DTV ou diffusés sur le net. De la sorte, la critique a cessé de décrier le torture porn, elle s’en est désintéressée, puisque son audience était devenue restreinte. Pas de sorties en multiplexe, donc plus de danger pour le public.

La lecture de votre livre nous encourage avec justesse à regarder d’un œil bienveillant les remakes, ces films qui reprennent la trame et parfois la mise en scène d’un film existant (tels Halloween de Rob Zombie (2007), ou Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nipsel (2003)). Nous ne devrions plus les considérer comme des concurrents aux films originaux, mais comme de nouvelles adaptations, leurs sujets de préoccupation étant nécessairement déplacés, et leurs enjeux artistiques et thématiques réactivés, puisque l’époque a changé. Que pensez-vous alors de cette déferlante de remakes de films généralistes que nous servent les studios américains ? Cette démarche purement mercantile peut-elle s’inscrire dans une réactualisation bénéfique artistiquement parlant ?

Qu’il s’agisse de cinéma généraliste ou d’horreur, je suis toujours, a priori, ouvert aux remakes. J’avoue en avoir vu très peu hors du genre, je ne peux donc pas citer de titres qui me sembleraient des réussites ou des échecs dans ce domaine. Évidemment, le mercantilisme est souvent à la base de ce type de productions : remakes, reboots, prequels, etc. Mais le cinéma hollywoodien est une entreprise comme une autre, qui vise le profit, et ce depuis toujours. L’aspect artistique passe en second – quand il passe… Le remake a toujours nourri l’industrie cinématographique, c’est l’un de ses chevaux de bataille depuis l’époque du muet. Cet appât du gain n’empêche pas la réussite artistique, ni la réactualisation fructueuse. Il faut s’adresser et plaire à un nouveau public ; il faut donc s’adapter à ses attentes, et cette adaptation est toujours révélatrice des mutations de nos sociétés. Parfois, ces révélations tombent à plat, et parfois, elles sont excitantes, source d’enrichissement. Mon chapitre sur les remakes a été l’un de ceux que j’ai pris le plus de plaisir à écrire, parce que j’étais un peu agacé de lire des avis systématiquement négatifs, et rarement développés, sur des films que je trouve importants, comme le Halloween de Rob Zombie, Carrie, la vengeance de Kimberley Pierce, ou Freddy – Les griffes de la nuit de Samuel Bayer, qui est probablement le plus mal-aimé des remakes de la teen horror, mais que je trouve plus riche, plus subtil, mieux construit que l’original. 

Cela fait maintenant 6 ans que It Follows est sorti. Y a-t-il un film teen horror qui vous a marqué depuis ?

Scream Girl (The Final Girls) de Todd Strauss-Schulson (2015) et I’m Not a Serial Killer de Billy O’Brien (2016), dont je parle également dans mon livre. Au cours des quatre dernières années, j’ai vu des films sympathiques, mais rien de transcendant.

Pour se plonger dans l’actualité, et la sortie imminente d’un Scream 5, pensez-vous qu’il y ait de nouvelles perspectives à ouvrir avec ce nouvel opus de la franchise ?

Par principe, j’espère toujours que de nouvelles perspectives sont possibles. Il y a peut-être encore un peu de sève à extraire de la franchise, même si, à titre personnel, il me semble que le quatrième opus commençait à traîner la patte. Et quand on voit que l’ensemble du casting original va reprendre du service, on peut se demander s’il s’agira de teen horror ou d’un film gérontophile – je suis mauvaise langue, là…

Il m’est enfin impossible de ne pas vous poser LA question éhontément empruntée à Ghostface : « Quel est votre film teen horror favori ? »

J’espère donner la bonne réponse et éviter les coups de poignard ! It Follows.

Le réalisateur Wes Craven et Drew Barrymore sur le tournage du premier Scream, en 1996 © David Moir

Copyright illustration en couverture : Gary Pullin.

* Propos recueillis par mail en septembre 2020.

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