Impossible de ne pas entendre la ligne de basse funky de John Deacon quand on découvre le titre du livre que consacre le journaliste écossais Jonathan Melville aux coulisses de Highlander. A Kind Of Magic (éd. Polaris Publishing, 2021) entreprend le pari fou de raconter par le menu détail la production d’un blockbuster eighties nanardesque mais fort sympathique dont restent surtout aujourd’hui une bande originale cultissime de Queen, des punchlines involontairement poilantes et le rire niais de Christophe Lambert, savoureuse madeleine de Proust. « Eh, eh, c’est de la magie… »

SUR LES TRACES DE HIGHLANDER

« Il ne peut en rester qu’un. » Pour sûr, la tagline de Highlander ne manquait pas de classe. On la distinguait d’ailleurs très nettement sur l’affiche iconique du film composée à la va-vite (environ trois jours) par Brian Bysouth, illustrateur de génie auquel on doit les visuels de quelques pépites du cinéma populaire anglo-saxon des années 80, dont Le Dragon du lac de feu (M. Robbins, 1981), 48 Heures (W. Hill, 1982) et trois épisodes de la saga James Bond (Rien que pour vos yeux, Dangereusement vôtre et Tuer n’est pas jouer). La bande-annonce aguichante à souhait promettait de suivre les pérégrinations d’un « guerrier à la force incroyable » depuis l’Écosse médiévale jusqu’à Central Park. Ce surhomme fascinant avait un regard de myope et baragouinait quelques mots d’anglais comme l’inspecteur Clouseau. Connor McLeod, c’était lui, le frenchie Christophe Lambert, à peine sorti de la jungle de Greystoke (H. Hudson, 1984). A ses côtés, un véritable Écossais incarnait quant à lui un égyptien vieux de 2437 ans affublé d’une plume de paon, d’un catogan et d’un nom espagnol à rallonge. Jugez un peu : Juan Sanchez Villa-Lobos Ramirez. Sean Connery traînait ainsi dignement sa carcasse dans un costume de vieux coq tout droit sorti du théâtre élisabéthain. Malgré leurs improbables dégaines, Lambert et lui campaient des êtres de la race supérieure. Des « Highlanders » venus des confins de notre galaxie (information dispensable qu’on ne nous révélerait de toute façon que dans le deuxième épisode) pour s’entretuer jusqu’à ce que l’ultime survivant ne reçoive le « Prix », récompense indescriptible qui ne devait surtout pas tomber entre les mains du Kurgan, « le plus parfait des guerriers ». Le jeune Clancy Brown incarnait cette impressionnante baraque à la voix caverneuse, attifée comme un punk toxico adepte des sévices BDSM. En attendant le Jour-J (préférez parler de « Gathering » en présence des fans hardcore), Connor tranchait donc des têtes dans des parkings craspouilles avec un katana qu’il dissimulait dans son trench-coat. Parce qu’il fallait bien ajouter un soupçon de romance dans ce gloubi-boulga fantastique, notre bel écossais de 400 ans ne pouvait s’empêcher de tomber amoureux d’une jeune donzelle portée sur les sabres et la métallurgie, Brenda J. Wyatt (Roxanne Hart), de la police scientifique de New York. Highlander n’était donc pas réservé qu’à un public couillu. C’était aussi une grande histoire romantique. Celle d’un homme immortel qui devait se résigner à n’aimer aucune femme sous peine de la perdre immanquablement. Bref, une tragédie à l’eau de rose qui ferait à coup sûr pleurer les filles dont on rêvait secrètement de prendre la main dans la pénombre d’une salle obscure. La bande annonce révélait non seulement un final pyrotechnique au sommet d’un building mais surtout le nom du groupe qui venait de faire vrombir ses synthés deux minutes durant : Queen.

Répudié par son clan, Connor McLeod (Christophe Lambert) trouve refuge auprès de Heather (Beatie Edney) © David James/Thorn EMI

Au terme d’un combat épique, le Kurgan (Clancy Brown) tue Ramirez (Sean Connery) et viole Heather © David James/Thorn EMI

Au sommet de sa forme depuis sa performance historique au Live Aid (1985), le groupe tentait à nouveau l’expérience cinématographique après avoir composé une bande originale essentiellement instrumentale pour le monument à la gloire du kitsch que fut Flash Gordon (M. Hodges) six ans plus tôt. La bande à Freddie remettait cette fois le couvert avec des chansons directement inspirées du film. Le premier single de l’album A Kind of Magic avait déjà été révélé fin 1985 : « One Vision », hymne rock sans aucun rapport ni avec Highlander ni avec un autre immortel, Martin Luther King, auquel le titre rendait pourtant hommage. Les français devraient attendre une semaine après la sortie américaine du film pour grappiller quelques indices sur le film grâce au single éponyme, titre pop emprunté à une réplique de Connor McLeod. Le 26 mars 1986, Highlander débarquait enfin sur nos écrans. D’une voix sortie de la nuit des temps, Sean Connery nous racontait le combat des Immortels jusqu’à ce que le puissant « Princes of the Universe » de Queen ne nous propulse à la vitesse de la lumière dans un match de catch au Madison Square Garden, à New York. La caméra flottait en plan-séquence au-dessus du ring jusqu’aux « yeux de fougère » de Christophe Lambert. S’ensuivait un premier combat de sabre épique déjà entraperçu dans la bande-annonce. Notre homme au katana recevait un torrent d’éclairs après avoir décapité son adversaire. La caméra s’élevait et nous embarquait alors quatre siècles plus tôt en Écosse…

Highlander donne l’occasion à Russell Mulcahy (au centre) de réaliser pour la première fois un clip de Queen © MGMM Studios

Connor McLeod croise le chemin de Freddie Mercury dans le clip de « Princes of the universe » réalisé par Russell Mulcahy, en 1985 © MGMM Studios

Highlander était (et reste) une véritable petite prouesse visuelle dirigée d’une main de maître par un artisan du vidéoclip, le très sous-estimé Russell Mulcahy. Son imparable sens du rythme, le cinéaste australien a eu tout le loisir de le cultiver en illustrant les chansons du gotha de la musique pop/rock tout au long des années 80. Et pour cause, son incroyable CV aligne entre autres les noms des Stones et de Macca mais aussi de Duran Duran, AC/DC, Ultravox, Elton John, Billy Joel, Supertramp et Bonnie Tyler. Comme il l’affirme crânement à Jonathan Melville dans A Kind Of Magic, Mulcahy a littéralement inventé la « promo pop en Australie », quitte à briser les codes et les règles comme ses idoles Bergman, Fellini et Ken Russell. Razorback (1984), son premier long-métrage clipesque à souhait, réalisé dans l’Outback australien en 1984, est d’ailleurs le cousin baroque du Mad Max de George Miller. Mulcahy y filme un gros cochon de plus de 400 kilos semer la panique dans des paysages de fin du monde. Highlander déborde de la même effervescence pop avec ses longs travellings au sol, ses perspectives sans fin, ses décors détrempés et ses jets de fumée sortis d’on ne sait où. S’il ne peut faire venir en Écosse le chef opérateur de Razorback, le grand Dean Semler – dont on a découvert le talent grâce à Mad Max 2 (G. Miller, 1981) – Mulcahy parvient à rassembler une équipe technique prestigieuse qu’il trimballe entre les highlands, Earl’s Court et Central Park. Parmi eux, Nick Maley maquilleur FX surnommé « The Yoda Guy » depuis qu’il a travaillé sur L’Empire contre-attaque (I. Kershner, 1980), Ray Caple, matte artist prodigieux à l’œuvre sur Superman (R. Donner, 1978) et Alien (R. Scott, 1979) ou encore Garrett Brown, génial inventeur du Steadycam, qui utilise ici pour la première fois sa Skycam pour filmer le sublime plan d’ouverture du film. Autre grande première, Mulcahy travaille à partir d’une histoire originale. Highlander naît dans l’esprit fécond d’un pompier-étudiant d’UCLA, Gregory Widen, lors d’un voyage à la Tour de Londres au début des années 80. Le jeune homme d’à peine 20 ans laisse son imagination vagabonder devant l’impressionnante collection d’armures du musée. Et s’il avait possédé il y a bien longtemps tout cet attirail ?

La tête pleine de ces idées, Widen écrit d’une traite l’histoire d’un chevalier immortel avec son Joseph Campbell à portée de main. Shadow Clan passe ensuite entre les mains de son professeur, Richard Walter – auteur d’une première mouture d’American Graffiti (1973) – lequel, débordant d’enthousiasme, le porte à l’attention d’un agent qui à son tour convainc un duo de producteurs américains iconoclastes, Peter Davis et Bill Panzer, de développer le projet. Les deux francs-tireurs parviennent à financer Highlander avec de l’argent anglais via EMI et signent un contrat juteux avec la Fox qui leur garantit de distribuer leurs six prochains films aux États-Unis. Jusqu’ici tout va bien… Ou presque. De grands noms de Hollywood refusent de s’impliquer dans le projet. Ainsi de Kurt Russell, dissuadé par sa femme, Goldie Hawn, d’accepter le rôle de Connor McLeod ou de Schwarzy, las d’incarner des machines à tuer, qui refuse poliment d’incarner le Kurgan. Sean Connery, lui, négocie un salaire mirobolant pour trois jours de tournage pendant lesquels il ne se déplace qu’en hélicoptère. Les bikers écossais engagés pour une scène de bataille débarquent ivres mort en plateau et se prennent un peu trop sérieusement au jeu. Mulcahy ne cesse de vouloir filmer au plus près de l’action sans égard pour ses caméramen. Une fausse tête décapitée sème la panique à Wall Street. Clancy Brown se retrouve en pleine nuit au volant d’une Cadillac lancée à tout berzingue sur un pont à New York…

La séquence d’ouverture de Highlander se passait à l’origine pendant un match de hockey. La Ligue Nationale de Hockey refusera cependant d’être associée à la moindre image violente véhiculée par le film  © Thorn EMI

Pour le combat final, la production imprimera une centaine de flyers pour demander aux newyorkais habitant face aux Studios Silvercup de ne pas éteindre leurs lumières de la nuit © DR

« L’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. » Celui de Highlander se fait non sans quelques turbulences. Côté américain, la Fox n’investit pas un kopeck pour promouvoir un film qu’elle souhaite vendre à la télévision. Le studio coupe 8 minutes du métrage, annonce sa sortie avec une affiche hideuse en noir et blanc, n’organise aucune projection de presse et le sort au final dans 1000 salles. En Europe, Highlander fait les frais du rachat d’EMI par deux fripouilles, Golan et Globus, via leur société spécialisée dans les séries B musclées, l’incontournable Cannon Films. Oublié le voyage en grande pompe au Festival de Cannes ou les concerts promotionnels de Queen. Highlander débarque en France le 7 mars, puis sur ses propres terres le 26 août, sans rentrer ni dans ses frais, ni dans aucune case. Son concept ringard séduit mollement. Sa mise en scène clinquante, un peu moins. Sa distribution hasardeuse, pas du tout. Sa notoriété (presque accidentelle), le film la devra aux rats de vidéoclub, à sa B.O. lyrique et à ses suites en cascade, pourtant plus lamentables les unes que les autres. Au début des années 90, Christophe Lambert croit s’épargner un échec supplémentaire dans sa longue traversée du désert en cédant sa place au fadasse Adrian Paul, vedette d’un abominable spin-off télévisé étrangement hypnotique au cours duquel Duncan McLeod, cousin de Connor, croisera Joan Jett, Dee Dee Bridgewater et même un tout jeune Frank Dubosc qui cachetonne sous l’armure d’un certain Michel de Bourgogne. Highlander garde encore aujourd’hui la saveur acidulée d’un bonbon toxique pour l’organisme dont on n’arrive pourtant pas à se passer. *

L’affiche américaine réalisée par la Fox en amont de la sortie du film aux États-Unis, le 7 mars 1986 © 20th Century Fox

Brian Bysouth réalise l’affiche anglaise de Highlander directement à partir de photogrammes du film © Thorn EMI

A KIND OF MAGIC

Boris Szames : Vous écrivez en introduction de votre enquête : « Highlander n’est pas bon ». Votre livre est pourtant une œuvre de fan. Quel rapport entretenez-vous avec le film ?

Jonathan Melville : Je suis fan de Highlander depuis la première fois où je l’ai vu, lors d’un double programme avec The Crow en 1994 au Cameo Cinema d’Édimbourg. J’ai voulu depuis me renseigner sur les coulisses du film mais comme il n’y avait pas beaucoup de détails dans ce qu’on pouvait trouver ici et là, j’ai décidé d’écrire mon propre livre sur le film. J’ai pu interviewer Clancy Brown à l’occasion d’une projection spéciale organisée pour le 30e anniversaire du film au Festival International du Film d’Édimbourg. C’était le début d’un long voyage de quatre ans au cours duquel j’ai interviewé par mail, téléphone et Skype, plus de cinquante personnes, du casting original à l’équipe technique en passant par les fans. J’ai eu la chance de pouvoir interviewer en face à face Clancy et Roxanne Hart. Christophe Lambert, je l’ai rencontré également « en vrai » mais pas pour l’interroger sur sa participation au film. En ce qui me concerne, j’aime beaucoup le concept de Highlander et le premier film – en tant qu’écossais, j’ai bien conscience du ridicule de tout ça mais je suis aussi fier que le film ait été tourné dans mon pays. En revanche, j’aimerais encore aujourd’hui pouvoir aimer les suites et les spin-offs. Je n’arrive pas à les aimer autant que l’original…

Quelle place occupent les producteurs dans la conception artistique du premier film ?

Bill Panzer est le plus créatif des deux producteurs. Son acolyte, Peter Davis, est d’ailleurs malheureusement décédé en février 2021. Il s’occupait plus particulièrement de l’aspect financier du projet. Bien sûr, ce sont Panzer ET Davis qui ont su détecter le potentiel du scénario original de Gregory Widen et qui ont consacré du temps et de l’argent à le développer [les producteurs ont acheté le script à son auteur pour 1500 dollars seulement, ndlr]. Il faut leur reconnaître d’avoir été globalement indispensables à la conception du film.

Gregory Widen a-t-il été consulté pour étoffer son scénario ?

Widen était étudiant à l’université lorsqu’il a écrit Highlander. Les producteurs ont trouvé que le scénario devait être plus formaté pour rencontrer son public en salle. Ils ont donc embarqué avec eux Larry Ferguson et Peter Bellwood, deux scénaristes plus expérimentés que Widen. Ça arrive très souvent quand on produit un film – Bellwood et Ferguson ont rendu l’histoire originale un peu plus mainstream et ont construit le personnage de Ramirez pour attirer l’attention de Sean Connery. Widen ne s’est pas impliqué dans les suites, bien qu’il ait pu recevoir une compensation financière – ce qui est une situation idéale pour n’importe quel auteur ! [Après Highlander, Gregory Widen signera le scénario de Backdraft (R. Howard, 1990) et se verra même proposer la réalisation de Highlander: Endgame, en 2000, ndlr].

La plupart des concepts de Highlander n’ont pas été clairement définis dans le premier film. Le second film en déconstruit à l’inverse quelques-uns…

Les scénaristes avaient envie de raconter une histoire passionnante en 90 minutes et ne ressentaient pas le besoin d’approfondir davantage sa toile de fond. Ils n’auraient jamais qu’il y aurait des suites et ils ont donc pensé que ça ne poserait aucun problème d’explique quoi que ce soit [l’univers Highlander comprend cinq films réalisés entre 1986 et 2007, un long-métrage d’animation sorti directement en DVD, trois séries, dont une animée, diffusées dans les années 90, une web-série créée en 2001, deux jeux-vidéos, quatorze novélisations et treize comics, ndlr]. C’est seulement quand on a développé les suites que le besoin d’en révéler davantage s’est fait sentir, quoique je pense que de nombreux fans auraient préféré qu’ils ne s’en soucient pas !

Sean Connery et Christophe Lambert sont tenus par contrat de tourner dans Highlander, le retour, en 1990 © Interstar/Everett Collection

Sorti en 2000, Highlander: Endgame réunit pour la première fois au cinéma Adrian Paul et Christopher Lambert © Dimension Films

UN IMPROBABLE CASTING

Comment un acteur français à peine capable d’aligner deux mots en anglais se retrouve-t-il propulsé sur le plateau d’une grosse production anglo-saxonnne ?

La carrière de star de Christopher Lambert s’est brusquement envolée vers 1984-1985 avec ses rôles dans Greystoke, la légende de Tarzan de Hugh Hudson et Subway de Luc Besson qui lui ont permis d’obtenir un certain succès critique. Il était logique de l’approcher pour le film, d’autant plus que les producteurs pensaient qu’il pouvait parler parfaitement anglais, ce qui s’est avéré impossible. Quant à Connery, il avait toujours la cote au box-office. Son caméo ajoutait une touche de classe au film.

Clancy Brown a longtemps refusé d’évoquer le tournage du film. Pourquoi ?

En un mot : l’argent. Il a toujours pensé n’avoir jamais été bien payé pour sa performance dans le film par rapport au reste du casting. C’est encore à ce sujet un sujet de litige pour lui. Je pense pour ma part qu’il est heureux d’être associé au film et qu’il l’accepte encore plus depuis la projection du 30e anniversaire.

Beaucoup de gens l’ignorent, mais la production d’Highlander a réuni quelques-uns des plus grands artisans du cinéma des années 70 et 80…

L’équipe se composait des techniciens et des assistants de la vieille école comme le chef opérateur Gerry Fisher avec des jeunes, comme Russell Mulcahy et son équipe chargée des effets visuels. ll est difficile de mentionner une personne en particulier, bien que la contribution de Bob Anderson et Peter Diamond pour chorégraphier les combats à l’épée devrait très certainement être soulignée [légendes dans leur profession, Anderson et Diamond ont conçu les cascades de la première trilogie Star Wars (1977-1983), de Princess Bride (R. Reiner, 1987) et du Masque du Zorro (M. Campbell, 1998), ndlr].

Quelle a été précisément l’implication de Queen dans la conception de la bande originale ?

Queen a été un apport vital au projet. Sa musique fait partie intégrante du succès du film. Le groupe a eu la liberté de créer la musique qu’il voulait et Brian May a vraiment passé beaucoup de temps supplémentaire en studio avec le compositeur Michael Kamen et son orchestre. [Le « Highlander Theme » co-composé par le guitariste de Queen a été par la suite utilisé pour illustrer le jingle de New Line Cinema, ndlr].

Clancy Brown sur le tournage d’une scène coupée de Highlander à Wall Street, en juillet 1985 © David James/Thorn EMI

Freddie Mercury et le compositeur Michael Kamen sur le tournage du clip de « Who Wants to Live Forever », en septembre 1985 © Wiston Casco

LA VISION UNIQUE DE RUSSELL MULCAHY

Highlander fait partie de ces films si mauvais qu’ils en en deviennent presque bons. C’est pourtant une oeuvre très maîtrisée par son metteur en scène…

Highlander se perd immanquablement dans la longue liste de films d’action des années 80 et je ne peux pas prétendre qu’il se distingue à un niveau artistique supérieur, mais ce qui a toujours résonné en moi, c’est l’histoire d’amour au cœur du film et l’idée que l’immortalité est une sorte de malédiction plutôt qu’une bénédiction. Ce n’est peut-être pas le film le plus profond jamais réalisé, mais c’est peut-être l’un des films d’action des années 80 les plus profonds jamais réalisés ! La réalisation de Russell est évidemment une autre partie vitale de son succès et les transitions entre les périodes et son utilisation variée des angles donnent l’impression qu’ils ont ajouté quelques millions de dollars au budget qu’ils n’avaient certainement pas.

Russell Mulcahy a également signé la suite directe du premier film, en 1990. La catastrophe est alors totale. Qu’est-ce que Mulcahy a perdu en cours de route ?

Mulcahy, Lambert et Connery y étaient obligés par contrat, qu’ils le veuillent ou non. Personne ne savait réellement quoi faire avec la mythologie des Immortels. Si on avait consacré du temps pour savoir où et comment orienter la franchise à l’avenir au lieu de penser à un film autonome parmi d’autres, alors seulement la saga aurait pu être de meilleure qualité. Et pourtant, il y a des fans du film, mais peut-être pas des gens impliqués dans sa réalisation !

Mulcahy a démontré son talent à concevoir un univers graphique coherent. Pourquoi n’a-t-il jamais réussi à passer les portes de Hollywood ?

Je ne voudrais pas m’avancer, mais il a une vision tellement unique qu’il n’a peut-être pas voulu se plier aux exigences des studios – il avait beaucoup plus de liberté pour faire des clips.

« L’histoire du clip peut être divisée en deux périodes bien distinctes : avant et après Russell Mulcahy. » © Paul Wright/Fairfax/Getty Images

Sean Connery et Russell Mulcahy sur le tournage de Highlander en Écosse, au printemps 1985 © David James/Thorn EMI

L’ADN DE HIGHLANDER

Highlander a été beaucoup mieux reçu en Europe qu’aux États-Unis. Son succès est-il tributaire de son identité profondément européenne ?

Les critiques ont été assez dures en Amérique. Elles n’arrivaient pas à saisir le ton du film, alors qu’au Royaume-Uni, les spectateurs riaient des blagues et voyaient que tout cela était assez absurde. En Europe, je pense qu’il y a eu une opinion similaire, bien que Lambert y ait été une grande star et que son implication soit en grande partie responsable de son succès.

L’affiche anglaise réalisée par Brian Bysouth est une vraie oeuvre d’art… Contrairement à la version américaine, moins connue ici en Europe. Comment expliquer ce fossé colossal entre les deux territoires dans la stratégie marketing ?

Aux États-Unis, la 20th Century Fox n’a pas investi beaucoup d’argent dans le marketing du film. L’affiche américain reflète son désintérêt à l’égard de son succès – le studio considère ne pas avoir investi d’argent dans sa production pour pouvoir se permettre de la laisser échouer. Au Royaume-Uni, Thorn EMI, qui a financé le film, et son équipe de marketing voulaient que Highlander soit un succès, alors on y a consacré plus de temps et d’énergie. Malheureusement, ça a coïncidé avec le rachat de Thorn par Cannon Films qui, comme la Fox, n’avait jamais été impliqué dans sa production. Highlander aurait peut-être pu s’imposer davantage au box-office si la Fox y avait investi de l’argent dès le début et si Cannon n’avait jamais été impliqué, mais nous ne le saurons jamais avec certitude. 

Les films de la saga Highlander n’ont jamais été de réels succès au box-office. Il y en a pourtant cinq à ce jour…

Les films de la saga ont toujours eu leur petit succès en vidéo (location et vente), grâce à leurs ventes à la télévision et au merchandising, donc ils ne triomphent peut-être pas bien au cinéma, mais ils finissent par récupérer leur argent.

Highlander est un pur produit de son époque à bien des égards. Ne pensez-vous pas qu’un remake n’aurait aucun sens ?

Je pense qu’un remake serait une bonne idée – l’original sera toujours là et il y a tant d’éléments fascinants de l’histoire qui méritent d’être remaniés [en novembre 2016, la société Summit Entertainment a donné le feu vert à un remake dirigé par Chad Stahelski, réalisateur de la saga John Wick, avec Dave Bautista dans le rôle du Kurgan, ndlr]. Les producteurs doivent d’abord le faire pour une nouvelle génération, mais ce serait une erreur d’ignorer les fans qui l’ont soutenu pendant ces 35 dernières années. Conservez les éléments essentiels – Connor, le Kurgan, Ramirez, l’immortalité, l’Écosse, la romance, New York – mais réactualisez-les ! Highlander possède encore aujourd’hui une fanbase dévouée et il est également aimé du grand public. Ici en Écosse, nous avons une grande affection pour lui, même si nous nous moquons des accents. Il combine une idée conceptuelle de haut niveau avec un casting excentrique, un réalisateur et une équipe de production talentueux et une musique fantastique – c’est un véritable classique, un film culte et une parfaite tranche de nostalgie des années 80.

* Propos recueillis par mail, en mars 2021.

Copyright illustration en couverture : David James/Thorn EMI/Richard Gray/Gone Hollywood.

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