C’est l’histoire d’un adolescent qui se découvre des talents de pilote et des dons de prescience sur le tas, au beau milieu d’une planète aussi aride que le cœur de l’empereur qui la gouverne. Ça ne vous dit rien ? Poursuivons. Ce jeune homme se découvre par la même occasion l’âme d’un leader messianique quand des autochtones reconnaissent en lui « l’Élu » annoncé par d’anciennes prophéties locales. D’ascendance noble par son père, il est aussi appelé à une grande destinée du côté de sa mère, prêtresse d’un ordre religieux matriarcal qui s’adonne à la manipulation génétique depuis des siècles pour créer son saint-sauveur et ainsi s’accaparer une part du gâteau intergalactique. Si vous avez reconnu à quelques détails près le pitch de Star Wars, c’est sûrement que vous n’avez jamais ni lu ni vu Dune, œuvre matricielle de la science-fiction post-moderne déclinée en pas moins d’une vingtaine d’ouvrages, jalonnant un cycle littéraire long d’une soixantaine d’années depuis la parution du premier tome de l’incontournable Frank Herbert en 1965.

FRANK HERBERT – GEORGE LUCAS : MÉPRISES MULTIPLES

Ne vous détrompez pas : les deux pierres angulaires du planet opera se lisent et se regardent en miroir. George Lucas ne cesse de loucher sur un exemplaire de Dune lorsqu’il écrit la première mouture du scénario de Star Wars, saga tentaculaire imprégnée de philosophies orientales, de mythes gréco-romains et de théâtre kabuki. Frank Herbert n’ambitionne pas moins avec son récit teinté de bouddhisme zen, de psychologie jungienne et d’écologie New Age. George Lucas puis J.J. Abrams ne cesseront de piller Arrakis sans rougir et en toute discrétion chaque fois qu’il faudra tourner une nouvelle page de la saga Skywalker. Frank Herbert reconnaîtra s’être ennuyé devant La Guerre des Étoiles, grossier plagiat de Dune dont il ne traduira jamais l’auteur en justice, préférant s’attaquer à des fans inoffensifs parmi lesquels des metalleux et un producteur de jazz. Aussi David Lynch devra-t-il payer les conséquences de ce choix malencontreux avec l’adaptation officielle du roman adoubée par l’auteur en personne. Le film, produit par Dino de Laurentiis, souffre à sa sortie en 1984 d’une comparaison par trop (in)juste avec la première trilogie Star Wars, comme le fut quatre ans plus tôt celle du comic book Flash Gordon dont George Lucas s’était gentiment vu refusé les droits au détriment du padre-padrone fraîchement débarqué à Hollywood. George Lucas peut donc bien se frotter les mains dans ses quartiers du Skywalker Ranch : quand on attaque l’Empire, l’Empire contre-attaque. Le mégalo californien a tout simplement tué le père en damant le pion à son compétiteur italien. Echec et mat. Strike. D’une pierre deux coups, etc. Trente ans plus tard, Edgar Rice Burroughs peut bien se retourner dans sa tombe à la sortie de la piètre adaptation cinématographique de son Cycle de Mars sous le titre de John Carter (A. Stanton, 2012). 

Sam Jones est prisonnier de l’Empereur Ming dans l’adaptation de Flash Gordon, sortie en 1980 © Stanley Bielecki/MCA Universal

Les Skywaklker, père et fils, réunis dans Le Retour du Jedi, en 1983 © Albert Clarke/LucasFilms Ltd/The Walt Disney Company

Cette production Disney, sortie quelques mois avant que le studio ne rachète la galaxie LucasFilm – il n’y a pas de hasard – « n’arrive pas à surpasser les innombrables prédécesseurs » ((Delorme, Gérard. Première : « John Carter : Le film d’Andrew Stanton a un air familier… et c’est normal ». Mars 2019) … D’une œuvre centenaire ! La méprise relève du paradoxe temporel façon Retour vers le futur. Car sans Rice Burroughs, point de John Carter. Sans John Carter, point de Paul Atréides. Et sans Paul Atréides, inutile de songer à Luke Skywalker. Nom de Zeus ! Au beau milieu de ce capharnaüm, Dune fait partie de ces œuvres dont on ne viendra jamais tout-à-fait à bout – contrairement peut-être à Flash Gordon et à John Carter, n’en déplaise à leurs fans. Le destin de Frank Herbert ne cadre pas non plus avec l’image romantique du génie visionnaire incompris jusqu’à ce que sa mort ne donne pleinement à voir (et à rebours) l’étendue de son talent. Le premier tome de Dune publié en 1963 attire très tôt l’attention de ses contemporains qui ne manquent pas de lui rendre hommage par tous les moyens possibles et imaginables. Son auteur reçoit d’abord deux prestigieux prix littéraires en 1966. Profitant d’un rare moment d’inattention de Stanley Kubrick sur le tournage de 2001, Arthur C. Clarke adresse dans son coin une missive pour couvrir d’éloges le « jeune » romancier – Dune n’est en effet que le second roman de son auteur, quadragénaire depuis peu. Les doctorants lui emboîtent le pas dans le foulée : les premières thèses consacrées à Dune sortent des presses universitaires au cours des années 70, soit en pleine émergence des cultural studies dans les facs américaines – puisqu’on vous a déjà qu’il n’y avait pas de hasard ! 

Edgar Rice Burroughs (1875-1950), père de Tarzan et de John Carter © Hulton-Deutsch Collection/Getty Images

Frank Herbert (1920-1986), père du cycle de Dune et de Paul Atréides © Karen Pataki/Rolling Stones

HOLLYWOOD À LA CONQUÊTE DE DUNE

Hollywood envisage à la même époque de porter Dune à l’écran sans vraiment prendre le temps de comprendre le texte original, cryptique à souhait avec les trois quarts des dialogues échangés par ondes cérébrales interposées et des descriptions d’une longueur à faire pâlir Marcel Proust. Le roman se taille une réputation d’œuvre inadaptable au même titre que Le Seigneur des Anneaux de Tolkien (auquel le compare d’ailleurs Clarke) ou encore Ubik de Philip K. Dick, livre-piège dont Michel Gondry a cru un temps pouvoir percer le mystère. Dune passe d’abord entre les mains d’ Arthur P. Jacobs, producteur de La Planète des Singes (F. Schaffner, 1968) – adaptation américaine d’un livre français dont l’auteur, Pierre Boulle, pensait qu’il « semblait difficile de ne pas en faire un film ridicule » soit dit en passant. A la réalisation, David Lean. Au scénario, Robert Bolt. Les deux hommes ont roulé leur bosse dans le désert dix ans plus tôt en portant à l’écran l’histoire vraie de l’officier britannique Thomas Edward Lawrence, plus connu sous le nom de « Lawrence d’Arabie ». La société APJAC, propriété exclusive de Jacobs, leur alloue un budget confortable de 15 millions de dollars. Le projet est un peu trop parfait. La crise cardiaque de Jacobs met un terme à ces bien belles ambitions en 1973. Le producteur français Michel Seydoux reprend aussitôt le flambeau et s’adjoint les services d’un grand illuminé, peut-être plus à même de comprendre la mystique de Dune que Lean, Alejandro Jodorowsky. Le réalisateur franco-chilien surfe en effet sur la vague du psychédélisme ambiant au début des années 70 avec deux« midnight movies » plus barrés que métaphysiques, El Topo (1970) et La Montagne Sacrée (1973). L’ésotérisme de Herbert ne devrait lui poser aucun problème. « Mon Dune, je le voyais un peu comme le Nadja d’André Breton » assène-t-il aujourd’hui dans les pages du magazine Le Point. Son projet d’adaptation prend des dimensions pharaoniques tout au long de quatre longues années de pré-production chiffrées à des dizaines de millions de dollars. Le Dune de Jodorowsky jamais réalisé devient une œuvre culte per se avec ses décors signés Moebius et H.R. Giger, sa bande originale commandée à la fine fleur du rock progressif de l’époque (Pink Floyd, Tangerine Dream et Magma), mais surtout avec son improbable casting censé réunir devant la caméra Orson Welles, Salvador Dali, Amanda Lear et Mick Jagger ( !) « C’est un film sur une ambition unique : celle de changer le monde avec l’art » résumera plus tard Frank Pavich, auteur d’un passionnant documentaire sur le sujet sorti en 2016. Entre en scène notre cher Dino, plus que jamais persuadé de la pertinence d’adapter Dune dans les années 70.

A Hollywood, on ne rêve plus que de pistolets lasers et de gros vaisseaux spatiaux vrombissants depuis le succès incontestable de La Guerre des Étoiles. Les studios rivalisent d’ingéniosité pour parvenir à planter leurs drapeaux sur le sol de Mars ou d’un quelconque astéroïde de passage. La Fox y parvient en 1979 grâce à un film de SF horrifique « adulte » réalisé par le plus américain des cinéastes british, Alien de Ridley Scott, dont le scénariste Dan O’Bannon, a séjourné chez Jodorowsky après un séjour à l’hôpital psychiatrique. Ce dernier a-t-il eu l’occasion d’y consulter les dessins préparatoires de Moebius et Giger pour Dune ? Très sûrement puisque Jodo les introduit au scénariste. Le reste appartient à l’histoire. De Laurentiis confie son adaptation rêvée de Dune à Ridley Scott. Le réalisateur jette l’éponge, insatisfait d’une première mouture de scénario co-écrite avec un certain Rudolph Wurlitzer, auteur du script de Macadam à deux voies (1971) de Monte Hellman et de Pat Garrett et Billy le Kid (1973) de Sam Peckinpah.

© Stan Manoukian et Vincent Roucher

RETOUR DE FLAMME

Dune restera-t-il à la postérité pour le meilleur et pour le pire grâce à George Lucas et David Lynch ? On ne compte plus à ce jour les héritiers de la saga de science-fiction la plus vendue au monde et ses déclinaisons d’un goût douteux, tous supports confondus. Frank Herbert, animal politique anti-capitaliste, a sûrement ri jaune en découvrant un jeu de plateau inspiré et des figurines de son univers dans les vitrines des magasins de jouets à l’hiver 1984. Un an plus tôt, George Lucas a fouillé « par hasard » dans son bestiaire pour modeler sa grosse limace visqueuse Jabba le Hutt – proche parent du fils de Paul Atréides né du croisement entre un homme et un ver – dans Le Retour du Jedi (R. Marquand, 1983). Herbert disparaît en 1986, laissant derrière lui les six  premiers volumes du cycle de Dune et pas mal de frustration chez ses lecteurs. Son fils, Brian Herbert, reprend le flambeau pour les années à venir, assurant ainsi un héritage littéraire pérenne à l’œuvre de son père. Le début des années 90 appartient au jeu vidéo, industrie alors florissante qui s’épanouit à l’ombre des salles obscures, sans s’inquiéter du virage numérique que commence à prendre Hollywood. Les gamers gardent encore aujourd’hui un souvenir ému des longues heures passées devant leur PC ou leur Mega Drive à se rêver dans le « distille » de Paul Atréides. Preuve en est avec cette vidéo longue de 4 heures reprenant l’intégralité du jeu de stratégie – précurseur dans son genre – développé en 1992 par les frenchies de Cryo Interactive, expérience psychédélique d’un tout autre genre que celle rêvée par Jodorowsky. Dune et ses trois premières suites bénéficient finalement d’une adaptation télévisé en mini-séries plus abouties, en  2000 puis 2003, grâce à un certain John Harrison, ex-assistant réalisateur de Romero. Si la mise en scène ne manque pas de panache, la distribution de superbe – mentionnons notamment la présence au casting de William Hurt et de James McAvoy respectivement dans les rôles du père et du fils de Paul Atréides – le format télévisuel étouffe l’ampleur du projet, resté seulement dans les mémoires des spectateurs abonnés aux chaînes câblées au tournant du nouveau millénaire.

Paul Atréides ressemble étrangement à son interpètre chez David Lynch (Kyle MacLachlan) dans le jeu vidéo de 1992 © Cyro Interactive

James McAvoy interprète le fils de Paul Atréides dans Les Enfants de Dune, réalisé en 2003 par John Harrison © Elephant Films

La saga Star Wars se taille une fois encore la part du lion grâce à un revival orchestré d’une main de maître par son nouveau propriétaire, Disney, plus préoccupé de vendre de mignonnes petites créatures en peluche que de disserter sur les dangers du transhumanisme et de l’intelligence artificielle. Dune et son charabia politico-mystique ne font pas vendre. A moins que… Ces points de suspension, nous espérons que Denis Villeneuve saura y mettre un terme avec brio. Le cinéaste canadien, dont on a découvert récemment un talent certain pour la SF grâce à Premier Contact (2016) puis Blade Runner 2049 (2017) a retenu les erreurs du passé lorsque le studio Legendary Pictures l’engage en 2017 pour mener à bien un énième projet d’adaptation sur grand écran, supervisé cette fois par Herbert junior. Le Villeneuve’s Dune reprendra l’intrigue du premier tome dans un diptyque tourné en deux films bien distincts l’un de l’autre. Volonté mercantile de la part du studio ? Sûrement. Villeneuve a conscience de jouer sur un terrain miné. Lynch a dû écourter de 2h son adaptation pour les beaux yeux de De Laurentiis. Legendary Pictures a donné cette fois carte blanche au cinéaste, le studio se réservant d’autres royalties issues des ventes de figurines, de trois jeux vidéo et d’une série télévisée en cours de développement. Les premières images du film révélées en septembre 2020 ne manquent pas de faire couler de l’encre et de réveiller les nostalgiques de 1984 par la même occasion. Plus de cinquante ans après sa parution, Dune a enfin droit à son revival à grand fracas et compte bien capitaliser sur le temps supplémentaire accordé par la pandémie pour faire couler davantage d’encre.  

En attendant de se précipiter enfin dans les salles obscures à l’automne prochain, deux éditeurs français proposent de réviser nos classiques avec une double salve d’ouvrages de genres bien distincts : un mook et un guide. Le premier, supervisé par le journaliste Lloyd Chéri chez l’Atalante, convoque une quarantaine de romanciers, universitaires, essayistes et vidéastes pour explorer la galaxie du premier tome du cycle de Dune. Le second, un ouvrage précieux en apparence plus modeste aux éditions Dunod, se révèle une étape incontournable pour appréhender au mieux l’œuvre foisonnante de Frank Herbert. Signé de la main de Nicolas Allard, agrégé de lettres modernes, il introduit avec pédagogie à l’univers d’Arrakis sans jamais prétendre à l’exhaustivité. L’auteur est un habitué du format : on lui doit d’avoir réglé ses comptes avec les univers impitoyables de Star Wars et Games of Thrones dans deux ouvrages publiés précédemment chez Armand Colin. Dune était la prochaine étape incontournable dans sa grande entreprise de décryptage de la culture pop. Aussi, sa passion n’a pas manqué de taper dans l’œil de Lloyd Chéri : le journaliste l’a invité à rejoindre l’équipe de son mook. Et dire que vous avez failli croire au hasard…  *

© Emmanuel Brière Le Moan/Dunod

À LA RECHERCHE DE L’ESSENCE DE DUNE

Boris Szames : Quel rapport entretenez-vous avec l’œuvre de Frank Herbert et ses adaptations ? Comment êtes-vous venu à Dune ?

Nicolas Allard : J’ai découvert Dune par la voie la plus classique : en lisant le roman de Frank Herbert. Ce texte a tout de suite exercé sur moi une forte fascination. Je l’ai trouvé d’une grande richesse et d’une grande complexité. Étant professeur agrégé de lettres et essayiste, j’ai l’habitude de lire un grand nombre d’ouvrages différents. Or, Dune reste à ce jour l’une de mes plus belles expériences de lecture. Ayant beaucoup apprécié ce roman, je me suis intéressé à ses différentes adaptations, notamment cinématographiques et télévisuelles. Les rapports entre la littérature, le cinéma et la télévision sont un de mes domaines de prédilection. J’en parle beaucoup dans mes précédents essais (Star Wars, un récit devenu légende et L’univers impitoyable de Game of Thrones, éd. Armand Colin). Même si le film de David Lynch et les mini-séries télévisées des années 2000 ne sont pas uniformément mauvais, ils m’ont globalement déçu, comme beaucoup de fans du roman d’ailleurs. Le jeu vidéo sorti en 1992 (produit par le studio français Cryo Interactive) est en revanche une assez belle réussite : il est très immersif et possède une très jolie bande-son, qui fut même distribuée sur CD audio. 

Dune pose l’insoluble question de l’impossible adaptation des ouvrages canoniques, au même titre que la Bible, autre texte fondateur auquel se sont frottés de nombreux cinéastes, souvent sans grand succès. Le parallèle entre les deux livres vous semble-t-il pertinent ?

On peut bien sûr établir un parallèle entre Dune et la Bible. Frank Herbert s’est beaucoup inspiré de ce texte sacré pour composer son roman. Paul Atréides, le personnage principal de Dune, est un messie du désert, comme le Christ. Les références religieuses sont légion dans ce texte de science-fiction, qui s’inspire aussi du Coran et du bouddhisme. Comme votre question le suggère, un parallèle peut effectivement être établi entre Dune et la Bible dans la difficulté d’en proposer des adaptations cinématographiques vraiment satisfaisantes. On peut penser au récent échec d’Exodus (2014) de Ridley Scott, un film dans lequel le réalisateur britannique avait pourtant placé de nombreux espoirs. Dans mon livre, j’établis aussi une analogie entre l’adaptation de Dune et celle du Seigneur des Anneaux. Ce sont deux œuvres majeures des littératures de l’imaginaire, qui appartiennent à la même époque (années 50-60). Pendant longtemps, on a considéré que Le Seigneur des Anneaux était un texte inadaptable au cinéma. Comme Dune, plusieurs projets avaient été entrepris avant d’être abandonnés. Et les seules adaptations du chef-d’œuvre de Tolkien (un film d’animation réalisé par Ralph Bakshi sorti en 1978 et un dessin animé produit pour la télévision en 1980) avaient été jugées décevantes. Les adaptations cinématographiques et télévisuelles de Dune sont elles aussi peu appréciées de la majeure partie des fans du roman. Le succès commercial et critique de la trilogie de Peter Jackson, au début des années 2000, prouve toutefois qu’aucune fatalité n’entoure l’adaptation de ces grandes œuvres littéraires. Cela laisse de l’espoir pour le prochain film de Denis Villeneuve.

À quoi ressemblerait votre adaptation rêvée de Dune sur grand écran ?

Une adaptation, quelle qu’elle soit, ne sera jamais totalement satisfaisante. Comme la traduction, l’adaptation est toujours une forme de trahison du matériau d’origine. Il faut donc l’appréhender comme une re-création. C’est d’ailleurs ainsi qu’Alejandro Jodorowsky avait abordé sa tentative d’adaptation de Dune, au milieu des années 70. À titre personnel, il me semble qu’une bonne adaptation de ce texte gagnerait à valoriser l’espace du désert, bien davantage que ne le fait le film de David Lynch (ce que Frank Herbert regretta a posteriori). Dans Dune, les sables d’Arrakis constituent à mes yeux un personnage à part entière de l’intrigue. Ce roman est très visuel et il importe de ne pas négliger cette dimension. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai tenu à travailler avec un dessinateur, Emmanuel Brière Le Moan, pour illustrer mon essai consacré au chef-d’œuvre de Frank Herbert. Pour revenir à ce que serait mon adaptation idéale, je crois impératif le fait de montrer la complexité du personnage de Paul, qui n’est pas un héros comme les autres. Je pense qu’une bonne adaptation de Dune doit consister en un équilibre entre complexité des personnages et intrigue compréhensible du plus grand nombre.

Dessin préparatoire d’un vaisseau par Chris Foss pour le Dune d’Alejandro Jodorowsky, en 1975 © Chris Foss

David Lynch et Frank Herbert sur le tournage de Dune, en 1983 © George Whitear/Universal International Pictures

À quoi ressemblait d’ailleurs Dune, le film, dans la tête de Herbert lui-même ? Comment expliquez-vous que l’auteur ait préféré le cinéma à la BD – Herbert a refusé à Marvel une adaptation en comics de son livre – pour donner à voir son univers ?

Lorsque les droits de son roman furent achetés par le producteur italien Dino De Laurentiis, Frank Herbert écrivit lui-même plusieurs scénarios, mais ils furent tous refusés. On sait notamment que l’écrivain américain voulait accorder beaucoup d’importance à la dimension politique de son texte. Il a regretté par exemple que la scène du banquet, située dans la première partie du roman, ne soit pas un temps fort du film de David Lynch. Au cours de la production de cette première adaptation aboutie de son texte, Frank Herbert a déclaré que Lynch avait compris « l’essence » de Dune. Pourtant, il est désormais de notoriété publique que cette adaptation ne l’a pas satisfait. Frank Herbert est décédé deux ans après la sortie du film : il n’a donc pas eu beaucoup d’occasions de s’exprimer à ce sujet. On peut toutefois estimer qu’il aurait aimé que le film soit plus ambitieux visuellement. Il aurait également souhaité que les Harkonnen, ennemis jurés des Atréides, suscitent davantage la peur que le rire. Si Frank Herbert a privilégié le roman à la bande dessinée, c’est parce qu’il avait de légitimes ambitions internationales pour son texte. Au vu du succès de Star Wars, un univers proche de celui qu’il avait créé dans Dune, il estimait qu’une adaptation autre que cinématographique aurait été une occasion perdue de faire de son cycle romanesque une grande franchise populaire. 

Frank Herbert reprochait à David Lynch d’avoir évidé son univers et particulièrement le personnage de Paul d’une dimension mystique et messianique primordiale. Dans une récente interview au magazine Empire, Denis Villeneuve explique quant à lui vouloir faire de Paul Atréides un personnage à la « Michael Corleone », condamné à un destin tragique en incarnant ce qu’il redoutait de devenir.

C’est une grande chance pour le roman de Frank Herbert d’être adapté au cinéma par Denis Villeneuve. Le réalisateur canadien est un fin connaisseur de ce texte, qu’il a lu à plusieurs reprises depuis son adolescence. De plus, Denis Villeneuve a l’habitude de porter des œuvres littéraires à l’écran. Il a adapté la pièce de théâtre Incendies de Wajdi Mouawad dans le film du même titre (2010) ainsi que la nouvelle L’Histoire de ta vie de Ted Chiang dans le film Premier Contact (2016). Le parallèle qu’il établit entre Paul Atréides et Michael Corleone me semble très intéressant. Bien que l’histoire du Parrain soit très différente de celle de Dune, les deux personnages principaux sont fondamentalement tragiques. Ils ne peuvent échapper à une irrésistible ascension vers le pouvoir – qui peut susciter bien des admirations et des jalousies – dont ils savent l’un comme l’autre qu’elle sera néfaste. Ce parallèle montre que Denis Villeneuve a bien saisi comment représenter le personnage de Paul à l’écran. Le choix de Timothée Chalamet pour incarner ce héros complexe me semble très bon, le jeune acteur franco-américain étant habitué à jouer des rôles tout en nuances. Personnellement, j’ai beaucoup aimé la première bande-annonce de Dune. Je l’ai trouvée visuellement très belle, mais aussi entraînante, ce qui était nécessaire pour attirer un public peu connaisseur de cet univers. Il est bien sûr difficile de juger le film à partir des quelques images qui nous ont été données, mais je trouve que cette mise en bouche répond à l’objectif que Denis Villeneuve s’était fixé : faire « un Star Wars pour adultes », c’est-à-dire mêler dans une même œuvre une dimension épique à une certaine noirceur dans le traitement de thématiques sérieuses. 

Al Pacino est l’élu de la famille Corleone dans Le Parrain de Francis Ford Coppola, sorti en 1972 © CBS Photo Archive

Timothée Chalamet enfile le distille de Paul Atréides dans le Dune de Denis Villeneuve © Chiabella James/Warner Bros.

Jodorowsky affirme, lui, que Dune n’est « pas une œuvre, mais un manifeste pour pénétrer l’esprit des individus et provoquer une pandémie […] tournée vers la vie »….

Lorsqu’il s’est lancé dans son ambitieuse adaptation de Dune, Alejandro Jodorowsky a tenu à ce que Frank Herbert ne soit jamais impliqué dans ce projet. Il avait une vision très personnelle du roman et voulait impérativement pouvoir en rendre compte sans se livrer au moindre compromis artistique. Jodorowsky estimait que son film Dune devait transmettre un message d’espoir. Dans son script, Paul Atréides meurt à la fin du film mais sa conscience se répand chez tous les êtres vivants. La planète Arrakis devient fertile et se dote elle aussi d’une conscience. Elle se personnifie en un messie qui a pour mission d’apporter la lumière à l’ensemble de l’univers. C’est une vision qui est très éloignée de celle de Frank Herbert, surtout lorsque l’on connaît les suites du premier tome de Dune. Mais elle a le mérite d’être une relecture très personnelle du roman. Le film d’Alejandro Jodorowsky aurait certainement été bien plus mystique et ésotérique que le texte de Frank Herbert. 

N’est-il pas un peu trop tard pour adapter Dune ? Je pense notamment à l’échec cuisant de John Carter, pourtant source d’inspiration majeure pour Herbert et son héritier direct, George Lucas…

C’est une excellente question. Dune a-t-il déjà laissé passer sa chance avec le cinéma ? Ma réponse  sera nuancée. Indéniablement, le succès mondial de Star Wars à la fin des années 70 a causé du tort à Dune. En découvrant La Guerre des Étoiles au cinéma, en 1977, Frank Herbert y a relevé selon ses propres termes « seize points d’identité absolue » entre son roman et le film de George Lucas. Comme j’ai cherché à le montrer dans mon livre, Star Wars est à ce jour la seule adaptation réussie de Dune, bien qu’elle en soit une adaptation seulement officieuse. Aurait-il fallu adapter le roman de Frank Herbert avant la sortie de la saga spatiale de Lucas sur les écrans du monde entier ? C’est le point de vue d’Alejandro Jodorowsky, mais aussi celui de Frank Herbert et de ses héritiers. Était-ce toutefois possible ? Difficile d’en être certain. Une adaptation fidèle de Dune aurait nécessité des moyens techniques qu’aucun studio de production ne possédait au milieu des années 70. La force du premier Star Wars est aussi d’avoir été une véritable révolution en matière d’effets spéciaux, dont le mérite revient en grande partie à George Lucas. Une adaptation ratée de Dune aurait pu causer un tort encore plus grand au texte de Frank Herbert que ne l’a fait la sortie du premier Star Wars. L’adaptation inaboutie d’Alejandro Jodorowsky a mythifié son potentiel film mais aussi le roman dont il aurait dû être une libre relecture. Si une adaptation satisfaisante de Dune avant la sortie de Star Wars était donc assez improbable, je pense en revanche que la décennie 2020 se prête à un potentiel succès de Dune au cinéma. Adapté du Cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs, qui a inspiré Dune comme Star Wars, John Carter a souffert d’une très mauvaise communication de Disney, le film étant en soi loin d’être de mauvaise qualité.

Beaucoup de spectateurs ont pensé qu’il s’agissait d’un plagiat de Star Wars, alors même que cette histoire est à l’origine des œuvres de Frank Herbert et de George Lucas. Cela a été aussi dû au fait que le film soit sorti à un moment où Star Wars était toujours dans l’actualité et restait une saga extrêmement populaire. Tous les fans de Star Wars n’apprécient certes pas la prélogie, mais l’épisode III (La Revanche des Sith), sorti en 2005, est considéré comme un film de qualité, dont la dramaturgie le rapproche de la trilogie originale. La postlogie ayant en revanche déçu un grand nombre de fans de Star Wars à travers le monde, et Disney ayant décidé de réorienter sa stratégie en direction de la série télévisée pour alimenter sa plate-forme Disney +, un créneau est ouvert pour Dune. Je ne suis pas certain que l’ensemble du cycle romanesque, de qualité trop inégale, puisse concurrencer durablement Star Wars ou les films Marvel. Mais on est en droit de penser que l’adaptation du premier tome pourra connaître un grand succès international. 

© Walt Disney Pictures

LES ENFANTS DE DUNE

La filiation entre Dune et Star Wars n’est aujourd’hui plus un secret pour grand monde. Vous évoquez brièvement dans votre livre d’autres rejetons du cycle de Herbert, dont Terminator, Avatar, Jurassic Park et même Matrix. Quelles parts d’Arrakis ces films portent-ils dans leur ADN ?

Terminator et Matrix sont des réflexions sur les dangers de l’intelligence artificielle, un élément important dans l’univers de Dune, évoqué dès le premier tome en tant qu’événement historique antérieur à l’intrigue. C’est ce que les personnages appellent le « Jihad Butlérien », à savoir la guerre entre les hommes et les machines pensantes. Par certains aspects, Matrix est donc presque la préquelle du roman de Frank Herbert, à ceci près qu’à la fin du troisième film des Wachowski les hommes n’ont pas vaincu les machines. Dans le cycle de Dune, après leur victoire sur les machines, les hommes ont décidé de développer leurs propres facultés personnelles pour ne plus dépendre de celles-ci. C’est la raison pour laquelle on trouve, au début du tome 1, plusieurs surhommes, comme les Mentats, les Navigateurs de la Guilde Spatiale ou encore les Sœurs Bene Gesserit, qui ne sont pas sans rappeler les Jedi de Star Wars. Jurassic Park développe pour sa part des réflexions sur les dangers de la manipulation génétique, thématique elle aussi centrale dans Dune. Enfin, Avatar ressemble à Dune en ce que ce film est lui aussi un planet opera, dans lequel un individu héroïque va porter son peuple d’adoption, proche de la nature, vers l’émancipation par la guerre.

Qu’est-ce que Dune et ses différentes adaptations racontent de leurs époques respectives ?

Dune est à la fois une œuvre visionnaire et une œuvre d’actualité. Il s’agit de l’un des premiers grands romans écologiques de l’histoire de la littérature. Frank Herbert était très sensible à la question environnementale. Il a grandi à Tacoma, qui était dans sa jeunesse l’une des villes les plus polluées des États-Unis. Il a rapidement pris conscience des conséquences négatives des activités humaines sur la planète. Dune relaie cette inquiétude et est un avertissement adressé à l’humanité. C’est aussi un roman qui montre à quel point les liens entre politique et religion peuvent être dangereux, ce qui a une résonance encore plus forte aujourd’hui, avec la multiplication des menaces terroristes depuis la fin du XXe siècle. Dune cherche aussi à montrer à quel point le transhumanisme, idée qui s’est développée à mesure que nos connaissances médicales s’amélioraient, est un projet dangereux. Améliorer l’être humain à l’excès n’est pas sans conséquences. C’est ce qu’Aldous Huxley cherchait déjà à démontrer dans Le Meilleur des Mondes. On peut aussi estimer que Dune illustre dans son récit l’évolution de la question de l’héroïsme. À la suite du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, la figure du héros n’a plus été aussi lisible et nette qu’autrefois. Paul Atréides montre à quel point un héros peut devenir une menace pour les autres comme pour lui-même. Je crois enfin que Dune témoigne de l’intérêt humain de plus en plus manifeste pour l’aventure. Dans le monde complexe qui est le nôtre, face à une actualité mondialisée qui peut parfois inciter au pessimisme, l’évasion permise par un roman comme Dune s’avère salutaire. 

Le cinéma, d’essence populaire, peut-il finalement s’accommoder d’une œuvre aussi ésotérique que Dune ?

Dune est sans doute plus adapté à la série télévisée qu’au cinéma. Le septième art n’est pas totalement compatible avec la complexité de cette œuvre littéraire, alors qu’un format plus long permettrait de rendre davantage justice à l’univers créé par Frank Herbert. Je parlais de l’adaptation du Seigneur des Anneaux réalisée par Peter Jackson. Or, même si ces trois films sont de qualité (Le Retour du Roi a même obtenu l’Oscar du meilleur film en 2004), Christopher Tolkien, le fils de l’auteur de cette trilogie romanesque, a regretté le fait que la dimension philosophique présente dans l’œuvre de son père n’ait pas été rendue à l’écran. Adapter Dune au cinéma signifie nécessairement accepter certains sacrifices. Si la dimension ésotérique du roman de Frank Herbert est conservée sans aucun ajustement, le film paraîtra étrange aux yeux de bien des spectateurs et le risque d’échec commercial sera alors réel.

Peter Jackson et Liv Tyler sur le tournage du premier opus du Seigneur des Anneaux, en 2000 © Pierre Vinet/Metropolitan FilmExport

Denis Villeneuve et Javier Bardem sur le tournage du premier volet de Dune, en 2019 © Chiabella James/Warner Bros.

Selon vous, qui sont les véritables enfants de Dune, tous arts confondus ?

Je ne sais pas si une œuvre mérite d’être distinguée de toutes les autres sur ce point. Les enfants de Dune sont nombreux, comme je l’ai évoqué précédemment. Star Wars est certainement l’héritier le plus évident de Dune, même si les deux œuvres ont d’indéniables différences, notamment parce que les sources d’inspiration de George Lucas présentent un fort éclectisme. Il est fascinant de voir comment Dune a pu aussi inspirer les œuvres de fantasy, alors même que l’on classe traditionnellement le texte de Frank Herbert dans la catégorie générique de la science-fiction. Le Trône de fer, de George R. R. Martin, présente par exemple un très grand nombre d’analogies avec Dune. On retrouve l’opposition entre grandes familles ennemies, un certain ésotérisme, une remise en cause de l’héroïsme traditionnel, un univers dans lequel la monstruosité émane directement de l’humanité… Dans ces deux œuvres, les enfants sont directement confrontés à l’horreur, au point qu’ils soient amenés eux-mêmes à devenir criminels, comme c’est le cas par exemple d’Alia Atréides et d’Arya Stark. On notera d’ailleurs que leurs deux prénoms sont très proches. Cette analogie entre Dune et Le Trône de fer démontre que le roman de Frank Herbert a une telle richesse qu’on ne peut le cantonner à la seule science-fiction. C’est aussi, comme Star Wars, une grande œuvre de space fantasy

À quelques (longues) heures de la sortie du film de Villeneuve, le syncrétisme politique et religieux à l’œuvre dans l’univers de Dune ne risque-t-il pas de prêter à confusion à l’heure d’une forte résurgence des extrémismes de tout poil ?

C’est effectivement un risque. Mais il peut être facilement levé. Je pense par exemple que le film de Denis Villeneuve aurait tout intérêt à ne pas mentionner explicitement le terme de « Jihad ». Frank Herbert l’emploie dans son texte comme synonyme de guerre, mais aussi de guerre sainte. S’étant beaucoup intéressé à la langue arabe et aux civilisations du monde arabe, il a voulu reprendre quelques mots issus de cette langue pour sa représentation du peuple des Fremen. Mais le terme de « Jihad » a une connotation négative à notre époque et un sens précis. On l’associe désormais le plus souvent au terrorisme islamiste. Ce serait très embêtant que les spectateurs voient les Fremen comme des jihadistes, alors même qu’il s’agit d’un peuple certes violent, mais dont la révolte est, au moins dans un premier temps, relativement légitime. C’est certainement le point le plus délicat à traiter pour Denis Villeneuve.

On a également l’impression que Dune est fondamentalement un « anti-blockbuster » plus préoccupé des questions humanistes que de gadgets et d’envolées fantastiques… 

Vous avez raison. Dune est une œuvre moins épique que Star Wars. Une part non négligeable du roman se focalise sur des réflexions politiques, philosophiques, religieuses, transhumanistes ou encore écologiques. La guérilla menée pendant deux ans par les Fremen contre les troupes Harkonnen est d’ailleurs l’objet d’une ellipse dans le roman de Frank Herbert, alors même qu’elle aurait pu donner lieu à plusieurs scènes d’action spectaculaires. Dans la suite du cycle de Dune, et notamment dans le deuxième tome (Le Messie de Dune), l’action est même parfois réduite à portion congrue. Le texte de Frank Herbert n’est clairement pas un potentiel Marvel, mais cela peut aussi permettre à son adaptation de se distinguer grâce à cette singularité.

L’avenir de Dune n’appartient-il pas plutôt à d’autres médiums ?

Oui et le fils de Frank Herbert, Brian, en est d’ailleurs parfaitement conscient. C’est la raison pour laquelle, parallèlement au film de Denis Villeneuve, ont été mis en production une série télévisée (consacrée à l’ordre du Bene Gesserit), des jeux vidéo, des bandes dessinées… Je suis sceptique concernant le succès d’une adaptation cinématographique globale du cycle de Dune. Les autres tomes n’ont pas la même qualité que l’œuvre originale et leur relative étrangeté pourrait difficilement plaire au grand public. En revanche, l’univers créé par Frank Herbert a un vrai potentiel narratif, qu’il serait regrettable de ne pas exploiter. Nous vivons à une époque où les grandes franchises multiplient leurs supports. Si Dune aspire à en devenir une, il importe donc de ne pas la limiter au seul cinéma. Il est difficile de savoir comment ces différentes productions artistiques seront reçues, mais on peut d’ores et déjà envisager que la première partie de cette nouvelle décennie verra Dune occuper une place assez importante dans l’univers de la pop culture, profitant notamment du relatif désamour de certains fans de Star Wars pour leur saga favorite. 

Paul Atréides (Timothée Chalamet) et sa mère (Rebecca Ferguson), contemplent le désert d’Arrakis © Chiabella James/Warner Bros.

* Propos recueillis par mail, en novembre 2020.

Copyright illustration en couverture : Mikhail Borulko.

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