Les plus belles scènes d’amour et de désirs charnels

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Une chanson naïve fredonnée sur le rebord d’une fenêtre, un cri sauvage qui résonne sur le bitume, une caresse à peine esquissée, des retrouvailles sans cesses renouvelées, des contes érotiques susurrés à l’oreille, une baignade sensuelle et mystique : ces miscellanées cinématographiques ont dilaté de plaisir nos pupilles. Retour sur ces quelques fragments de cinéma qui comptent parmi les plus belles scènes d’amour et de désirs charnels du 7e art !

Diamants sur canapé

Breakfast at Tiffany's
Audrey Hepburn, 1961 © Bud Fraker / Paramount Pictures

S’il est un film qui peut se revendiquer quintessence de la comédie romantique c’est bien celui-ci. New York, 1961, Holly Golightly est une jeune femme aussi élégante qu’espiègle, actrice sans carrière, elle vit de ses charmes s’imaginant un avenir radieux au bras d’un riche héritier. Paul Varjak, son nouveau voisin, est un écrivain qui n’écrit plus et se laisse entretenir par une maîtresse plus âgée. Lui est plutôt réservé, elle extravertie, après une rencontre inhabituelle, elle apparaît comme un personnage insaisissable, allant de fête en fête et d’amant en amant ou presque. Ils évoluent côte à côte dans des univers radicalement opposés. Une scène, cependant, parvient à les réunir réellement, comme une seconde rencontre après laquelle tout sera possible. La caméra adopte le point de vue de Paul, penché sur sa machine à écrire, l’inspiration est revenue, il écrit sur elle, « son amie » avec un chat sans nom quand soudain …« Moon River, wider than a mile, I’m crossing you in style », qui peut bien fredonner cette étrange balade ?  Il va à la fenêtre, l’ouvre, se penche au-dessus de l’escalier de secours et l’aperçoit, assise sur le rebord de sa fenêtre, jouant quelques notes sur sa guitare. Si « Moon River » ne vous fait aucun effet, Audrey ne peut vous laisser de marbre. Le personnage semble, pour la première fois, fragile et vulnérable avec sa serviette sur la tête et son sweat gris. Il l’observe et l’écoute sans être vu jusqu’à la fin de la chanson, elle lève alors les yeux vers lui, sourit et murmure « Salut ». Cette scène est d’une douceur extrême dans un film agité. Blake Edwards filme un amour naissant et timide. Cette scène est d’une légèreté presque naïve, de quoi donner envie de voir New-York, de fredonner du Henry Mancini et de tomber amoureux.

Sailor & Lula

Sailor & Lula
Laura Dern et Nicolas Cage, 1990 © Universal Pictures

Il s’appelle Sailor. Il a le visage de Nicolas Cage. Ou en tout cas ce qui lui en reste : ayant subtilement décidé de passer verbalement ses nerfs sur un gang tout entier, ce dernier lui a passé non-verbalement une belle dérouillée. Elle s’appelle Lula. Elle ressemble furieusement à Laura Dern. Elle a tant attendu Sailor. Mais ce dernier ne se sent pas assez bien pour elle. Alors, à présent qu’ils peuvent se trouver, se retrouver, chacun pour soi est reparti : elle se livre, il la refuse. Elle l’a attendu : il part. Mais il ne part pas bien loin. Grâce à la rouste salvatrice, il a enfin compris qu’il est sauvage, certes, mais qu’il a du cœur. Alors il crie le nom de celle qu’il aime. Malgré ses adieux précédents, et malgré le visage laissé derrière sur le bitume, il court vers elle. Un embouteillage le sépare de la voiture de l’aimée. Comme Sailor a un sacré côté Nicolas, il prend le chemin le plus rapide : par-dessus les capots. Il avait juré qu’il ne chanterait qu’une fois une chanson, celle destinée à la femme que toujours il a attendu : « Love me tender ». Sur son visage, pour accomplir son serment, il lui reste la bouche. Pour l’accompagnement instrumental, la bande-son s’occupera du reste. Lula peut-être l’attend-elle toujours.

Arizona Dream

Arizona Dream
Faye Dunaway et Johnny Depp, 1993 © Nathalie Eno / UGC

« Qu’il est con ce film ! » s’exclame Paul (Vincent Gallo), l’acteur, en tentant d’échapper, dans une réinterprétation farfelue de La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, au biplan d’une Elaine (Faye Dunaway) extatique, déchainée, qui voit enfin son rêve de voler se réaliser. Perchés sur le toit de la maison où ils ont grimpé afin d’installer les décorations pour l’anniversaire de ma rayonnante pilote, Axel (Johnny Depp), l’amant d’Elaine, et Grace (Lili Taylor), la fille de cette dernière, contemplent, heureux, ce plaisant chaos. Le temps d’un souffle, les rêves évoqués par les personnages et le titre de l’incroyable film d’Emir Kusturica, Arizona Dream, semblent tous enfin prendre corps, dans une cascade d’émotions. Grace, écrasée toute sa vie par le poids d’un héritage et d’une mère trop flamboyante, effleure alors de la main, sans oser réellement le faire, le dos d’un Axel insouciant, qui lui a toujours préféré Elaine. Ce geste, d’une extrême délicatesse, évoque pourtant admirablement l’amour dévorant que la jeune femme s’interdit de vivre. Jusqu’à ce qu’Axel lui demande soudainement s’il peut l’embrasser…     Sorte de respiration réjouissante dans ce film parfois furieusement – mais toujours délicieusement – barré, cette scène ouvre la possibilité d’un bonheur véritable, dans un monde désenchanté. Seulement le propre du rêve, si merveilleux soit-il, est de ne pas durer… Heureusement, cependant, le cinéma et sa magie sont là pour alimenter nos milliers de songes éveillés.

Un long dimanche de fiançailles

Un long dimanche de fiançailles
Audrey Tautou et Gaspard Ulliel, 2004 © Bruno Calvo / Warner Bros.

« Bah, pourquoi tu pleures ? » La dernière scène d’Un long dimanche de fiançailles n’a pas attendu 2022 pour être bouleversante. On y découvre Mathilde (Audrey Tatou) qui fait face à un être de chair, son amoureux, qu’on disait mort au front, qu’elle croyait ne devoir chérir qu’en souvenir. Mais il est bien là devant elle, son corps du moins, puisque sa mémoire est restée enfouie dans une tranchée. Lui n’a aucun souvenir ni d’elle, ni de leur histoire. Qu’importe : Mathilde est têtue et préfère devoir recommencer leur romance plutôt que d’y poser un point final. Pas de tragédie, pas de happy end non plus, mais une conclusion de film parfaite d’être entre les deux. A la sortie du long-métrage, les spectateurs furent comme Mathilde et tombèrent amoureux de son Manech (Gaspard Ulliel). On le regardait à l’écran avec les mêmes yeux brillants, le même sourire émerveillé. Cette scène, ce film, étaient les promesses d’un avenir doux pour ce jeune acteur de vingt ans à peine, d’ailleurs récompensé du César du Meilleur espoir. Il n’a pas déçu. Aujourd’hui, cependant, cette magnifique scène de retrouvailles a le goût amer d’un adieu. Ce garçon que cette scène visait à rendre palpable, physique, n’est plus et c’est donc bel et bien un souvenir que la pellicule nous donne à voir. Cette fois, Manech est vraiment mort. « Et Mathilde s’adosse bien droite sur sa chaise, croise les mains sur ses genoux et le regarde. Elle le regarde. Elle le regarde…» Et nous, de nouveau comme Mathilde, à regarder les films qu’il a laissés. Mathilde aime Manech, nous aussi.

Shortbus

Shortbus
Sook-Yin Lee, 2006 © Bac Films

Réalisé par le canadien John Cameron Mitchell en 2006, Shortbus a des allures documentaires en s’intéressant à de jeunes adultes newyorkais en perdition dans leur vie sentimentale et sexuelle. C’est aussi une comédie sex-positive qui montre tour à tour le quotidien des personnages – joués par des acteurs non-professionnels – et leur quête de bonheur dans le monde nocturne et queer du New-York des années 2000, sans jamais tomber dans le stéréotype péjoratif. L’une des scènes essentielles se trouve au milieu du film, alors que le personnage de Sofia, une jeune sexologue, vient de se disputer avec son mari. Elle retrouve dans un centre de flottaison sa nouvelle amie Severin, une dominatrice et travailleuse du sexe, afin de l’aider à mieux appréhender son corps. Severin interroge Sofia, qui lui avoue n’avoir jamais eu d’orgasme. Elle cherche sa place dans la société en tant que femme et évoque les injonctions culpabilisantes à devoir avoir une sexualité épanouie. La scène met en place une tension sexuelle tangible, mais rien ne passe – pour l’instant – entre les deux femmes. Severin endosse le rôle de conteuse érotique pour tenter de déclencher un orgasme à Sofia, qui se laisse tenter et se masturbe, aidée par les conseils de son amie. Cette scène est particulièrement plaisante puisqu’elle laisse place à la vulnérabilité qui se dégage des deux femmes – dont les métiers ne laissaient pas soupçonner qu’elles puissent avoir des problèmes sexuels ou romantiques – et insuffle une douceur et une sororité au film qui étaient jusque-là assez effacées. Au-delà de cette scène, le film est une invitation à l’exploration de notre sexualité, de notre vision de l’amour, et surtout un appel à se libérer de nos propres barrières.

La Forme de l’eau

La Forme de l'eau
Sally Hawkins et Doug Jones, 2017 © 20th Century Fox

A l’heure où Hollywood semblait avoir épuisé ses ressources pour occuper dignement nos soirées cinéphiles de la Saint Valentin, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir en 2017 une somptueuse fable fantastique, La Forme de l’Eau ! Oubliez les dîners aux chandelles, les déclarations d’amour sous la pluie ou les pétales de roses sur le lit : Guillermo Del Toro célèbre un amour authentique, brut, sans artifices ni tabous, né d’une rencontre improbable et interdite. Celle d’Elisa (Sally Hawkins), employée muette d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret menant une existence solitaire, et une divinité amphibienne humanoïde (Doug Jones), objet d’études scientifiques stigmatisé pour sa différence, injustement persécutée pour servir les desseins du véritable monstre de l’histoire, l’Homme. Toute la poésie de son œuvre mirobolante réside dans cet instant passionnel où leur amour se scelle au travers d’une tendre promesse – « Toi… et moi… ensemble » – conduisant, tout naturellement, vers une union charnelle des plus délicates, à la fois sensuelle et mystique. Pour mimer l’environnement naturel de la créature, Elisa transforme alors sa salle de bain en aquarium grandeur nature, laissant s’infiltrer l’eau dans les infrastructures du cinéma situé juste en dessous – au grand dam d’un cinéphile endormi qui manquera de s’étouffer par une goutte et du propriétaire, particulièrement mécontent, qui peine déjà à remplir ses salles (un constat accablant toujours d’actualité). La musique même d’Alexandre Desplat adopte une structure aquatique, flottante, grâce à ses valses d’arpèges ondulantes, ses flûtes hypnotiques et son bandonéon voluptueux qui font jaillir de plus belle le lyrisme de la scène. Ce n’est pas pour rien que ce conte, cette fable, ce monster movie, cette love story, cette fantaisie – appelez-ça comme vous voulez – a été couronné(e) de succès !

Copyright photo de couverture : Ron Phillips / Warner Bros.