Ces films qu’on attend de pied ferme en 2022

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Il aura fallu attendre la fin de l’année dernière pour savourer trois des meilleurs crus estampillés 2021. De la déconstruction vidéoludique de Lana Wachowski (Matrix Resurrections) à la pantalonnade apocalyptique d’Adam McKay (Dont’ Look Up) en passant par le violent exercice de tir à balles réelles de Paul Schrader (The Card Counter), Hollywood aura réussi à faire sauter les coutures du réel et à balayer ses ruines. 2022 inaugurera-t-elle l’ère de la difficile reconstruction ? Voici huit films qui devraient nous donner un aperçu des « attractions à venir ».

Marry Me  (9 février)

Et si 2022 était l’année de la comédie romantique pour Jennifer Lopez ? Lors de sa dernière au cinéma, la chanteuse portoricaine avait tellement enchanté les critiques avec son incarnation d’une matriarche arnaqueuse / danseuse de nuit dans Queens (L. Scafaria, 2019) que son nom était pressenti pour la statuette dorée de la meilleure actrice. Pour Marry Me (K. Coiro, 2020), elle retourne à ses premiers amours et à son premier grand succès public : la comédie romantique. Contrairement à Coup de Foudre à Manhattan (W. Wang, 2001), les rôles y seront inversés : Jennifer est Kat Valdez, une star de la scène musicale adulée qui s’amourache, malgré des circonstances rocambolesques à base de tromperies et de coups de poker, d’un professeur de maths divorcé incarné par le plus WesAndersonien des acteurs, Owen Wilson. Strass, paillettes, musique hispanique populaire, s’entrechoquent dans les traquas d’un père de famille divorcé englué dans sa monotonie. En somme, le glamour et l’extravagance Lopeziens rencontrent le simple et le terre-à-terre à la quête de l’amour véritable. En changeant les codes d’une romance balisée, Marry Me nous offrira-t-il un renouveau du genre pour le bonheur des fans de « Jenny From the Block » et des autres ? Rendez-vous le 9 février !

The Batman  (2 mars)

Quand on y pense, la stratégie de Warner Bros et Matt Reeves est mûrement réfléchie. Robert Pattinson est détesté pour son rôle dans Twilight qui lui colle à la peau autant que Bruce Wayne peut l’être pour son excentricité et sa démesure. Personne (ou presque) ne peut donc soupçonner que l’acteur et le play-boy milliardaire ont l’étoffe du Chevalier Noir. Le vampire aura mis du temps avant de se transformer en chauve-souris mais il risque de surprendre de bien des manières ! Ajoutez à cela le savoir-faire de Matt Reeves, la photographie crépusculaire de Greig Fraser, la musique ténébreuse de Michael Giacchino et vous obtenez la recette d’un des plus grands comic book movies jamais réalisés ! Enfin, on espère…

Un talent en or massif  (20 avril)

Nicolas Cage, c’est comme le bon vin. Ça se bonifie avec le temps. Pas besoin d’y diluer quelques gouttes d’eau ou de laisser s’aérer en carafe. Little Nicky n’en finit pas de prendre de la jambe. L’an dernier, la belle structure tannique de ses performances ébouriffantes dans le triplé gagnant Willy’s Wonderland, Prisoners of the Ghostland et Pig nous a mis l’eau à la bouche. La quinzaine d’année consacrées à s’abîmer dans les tréfonds de Hollywood semblait bien nécessaire pour l’arrivée à maturation du bon vieux cru que s’apprête à nous faire déguster Tom Gormican (Célibataires… ou presque, 2014) avec son deuxième film, Un talent en or massif (The Unbearable Weight of Massive Talent en VO), exercice méta-filmique qui promet son lot de bouffoneries puisque Nicolas Cage y interprète son propre rôle. Endetté jusqu’au cou, l’acteur au chômage reprend du service en acceptant de faire le show à l’occasion de l’anniversaire d’un de ses plus grands fans : un milliardaire aussi dangereux que véreux, étroitement surveillé par la CIA. Le pitch de ce monument de déconstruction derridienne (osons le mot !), suave et séduisant, promet de redorer pour de bon le blason d’une légende dont le film promet de réexplorer la carrière, entre références directes à ses grandes heures (dont Les Ailes de l’enfer et Leaving Las Vegas) et caméos classieux (Quentin Tarantino). 2022 promet d’être franche et âpre.

Top Gun: Maverick  (25 mai)

Brisons la glace. Espérons-nous retrouver le même frisson devant un remake très maladroitement maquillé en suite trente-six ans après la sortie du premier opus ? Pas vraiment. Sans son lustre, cette (fausse) nouvelle mouture de Top Gun n’annonce rien de très bon. Il faudra donc compter sur la fibre nostalgique pour goûter pleinement aux nouvelles rodomontades de Maverick, sympathique tête de pioche campée par l’immarcescible Tom Cruise, ici en charge de former de nouveaux troufions pour mener à bien une mission périlleuse. Cabrioles, voltiges et fantômes dans le placard devraient baliser le chemin bien connu de cette resucée vintage, certainement plus calibrée pour les fans des années 80 que pour la génération des millennials. Reste à croiser les doigts pour voir enfin ce Top Gun: Maverick arriver sur grand écran après un nombre incalculable de faux départs et retenir un sanglot étranglé devant la courte apparition promise à ses fans par Val Kilmer.

Elvis  (22 juin)

Elvis is back! Mais a-t-il jamais été réellement « là » ? Son seul véritable biopic fut jusqu’à présent un téléfilm de John Carpenter avec Kurt Russell dans le rôle-titre. C’était un soir de février sur ABC, en 1979. Soit deux ans à peine après la disparition du King. De pastiches en caméos fantomatiques, Elvis s’est depuis figé en icône pop ressuscitée jusqu’à l’usure, souvent par paresse. Le biopic (ultime ?) réalisé par Baz Luhrmann dénouera, lui, les fils de la relation tortueuse entre le chanteur et son manager tout aussi iconique, le Colonel Parker, qui envoya son poulain en studio, sur scène et en plateau jusqu’à l’essorer, au terme d’une carrière certes avortée, mais fulgurante. A quelle belle gueule hollywoodienne le réalisateur a-t-il donc proposé de porter banane laquée et costards pailletés ? A Austin Butler, plus connu sous les oripeaux de Tex, le diablotin en charge de semer la zizanie dans la maison des Polanski avant de lui préférer la résidence de Rick Dalton et d’affronter Brandy, fidèle pitbull de Cliff Booth dans Once Upon a Time… in Hollywood. Luhrmann semble prendre un certain plaisir à déjouer pronostics puisqu’il a confié le rôle du redoutable Colonel au voisin le plus sympathique d’Amérique, Tom Hanks. A ce jour, un mystérieux teaser d’une vingtaine de secondes donne un avant-goût du spectacle à venir, sans vraiment en révéler la saveur. Le mystère est total. Seule certitude : Baz Luhrmann a pris les choses bien en main.

Nope  (20 juillet)

Impossible de ne pas penser à une production Amblin ou plus directement à un opus de Steven Spielberg devant l’affiche du prochain film de Jordan Peele : une couronne de nuages surplombe, de nuit, une paisible bourgade de province au pied d’une montagne. Annoncé comme un thriller psychologique doublé d’un commentaire social, Nope gardera sûrement son mystère jusqu’au printemps. Il faut pour l’heure se contenter de quelques bribes d’informations éparses. On sait par exemple que certaines séquences ont été tournées en 65mm. Jordan Peele n’en a sans doute pas fini de nous en mettre plein les mirettes !

Nope
Universal Pictures

The Fabelmans  (23 novembre)

Un film signé Steven Spielberg est toujours un événement où l’on sabre le champagne. Premier cru pour cette année 2022, Michelle Williams, Seth Rogen et Paul Dano s’apprêtent tous les trois à tenir pour la première fois le haut de l’affiche d’un film du père de E.T., The Fabelmans, une histoire basée sur la propre enfance du réalisateur. Après l’échec commercial de West Side Story, le roi de l’entertainment espère retrouver le public en racontant un film plus intimiste dans la lignée d’un Catch me if you can (2002). Steven Spielberg signe lui-même le scénario avec l’aide de Tony Kushner, avec lequel il s’était déjà associé pour « réécrire » son West Side Story. C’est aussi le grand retour de John Williams à la musique, leur dernière collaboration datant de Pentagon Papers (2018). Il est évident que cette année tiendra une place particulière pour ce réalisateur prolifique dans le paysage cinématographique. En revenant sur des souvenirs de son enfance, cette année lui permettra à la fois de mesurer le chemin parcouru et de réaliser celui qu’il lui reste à faire. La sortie du film est prévue le 23 novembre 2022.

Steven Spielberg
Steven Spielberg et ses parents © Tous droits réservés

Blonde  (à dater)

On aurait rêvé d’un biopic sur Marilyn Monroe par Pablo Larrain, mettant en scène une icône esseulée et dépressive, groggy par les pilules, titubant dans sa villa déserte de Los Angeles. Ce sera finalement Andrew Dominik qui s’y collera. Le réalisateur rare aux penchants poétiques (on se souvient du très stylisé L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, aussi long et beau que son titre) prouve encore une fois qu’il ne redoute ni la durée, ni la complexité puisqu’il aborde le sujet par l’angle de l’adaptation littéraire, celle d’un pavé culte de plus de 1000 pages : Blonde, de l’autrice féministe américaine James Carol Oates. Le roman est un labyrinthe, mais on fait confiance au cinéaste pour saisir toute la complexité, toute la profondeur et de l’oeuvre initiale et de son sujet. Marilyn Monroe, Norma Jeane Baker, cette sublime héroïne tragique sera interprétée ici par la désormais incontournable Ana de Armas. Supposé sortir fin 2021, le film fut retoqué dans sa version actuelle, jugée trop sexuellement explicite et choquante par Netflix (pourtant peu regardant lorsqu’il s’agit de documentaires sur des serial killers ou des nazis). Cette confrontation artistique, preuve d’une grande fidélité au livre de la part de Dominik, abîmera-t-elle la qualité d’un film que tout annonce ambitieux ? Réponse attendue on-ne-sait-quand au cours de l’année 2022.

Blonde
Netflix
Copyright illustration : Golden Cosmos.