5 teen movies à découvrir avant de revoir Lady Bird

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Sous ses dehors de coming of age adolescent, Lady Bird se distingue du teen movie classique par le regard que pose la réalisatrice Greta Gerwig sur son héroïne, expression paroxystique d’un female gaze qui sexualise moins qu’il ne sublime les corps jusque dans leurs imperfections. Pour fêter les cinq ans du film, nous vous proposons un parcours initiatique à travers cinq relectures féminines d’un genre souvent malmené, rarement honoré.

The diary of a teenage girl de Marielle Heller (2015)

The diary of a teenage girl
Sony Pictures Releasing

Minnie a 15 ans lorsqu’elle fait la connaissance de Monroe, le petit-ami de sa mère, dont elle va devenir l’amante. Surfant sur une ambiance années 70 à San Francisco, entre fumage de joints des parents et libération sexuelle des adolescents, le tout sur fond de soft rock des seventies et d’esthétique psychédélique – renforcée par la présence d’animations graphiques illustrant les monologues intérieurs de Minnie – la réalisatrice Marielle Heller nous offre un coming of age movie fin et intelligent. Avec son look peu soigné d’une ado encore peu confiante dans son corps en changement, Minnie n’a rien d’une héroïne de teen movie. Bien qu’elle tente, au début, de s’affirmer à travers une validation masculine – qui est, par ailleurs, la seule figure paternelle qu’elle connaisse – elle n’en devient pas l’objet : son expérience sexuelle avec Monroe lui permet de s’auto-déterminer et d’affirmer ses réels désirs. Minnie apprend à découvrir son corps, expérimente sa sexualité nouvelle avec un homme plus âgé, puis avec des femmes, tout en s’affirmant comme sujet libre et autonome de toute influence masculine (à l’inverse de sa mère, comme elle nous le rappelle à la fin du film). Le film est plaisant à voir, bien réalisé, et le regard posé sur la jeune femme est tendre et sans jugement, sans jamais tomber dans la naïveté.

The edge of seventeen de Kelly Fremon Craig (2016)

The Edge of Seventeen
Sony Pictures Releasing

On vous l’accorde, un teen movie produit par Netflix, il y a matière à appréhension… Mais, étonnement, The Edge of Seventeen est un film réussi, qui saisit parfaitement la complexité adolescente. Nadine est une lycéenne désorientée, difficile et introvertie, dont la vie a basculé après la mort de son père. Apprenant que sa meilleure amie entretient une relation avec son grand frère, Nadine doit faire face à une foule d’émotions qu’elle gère difficilement. Ce qui fait la force de ce film, c’est son réalisme franc, exempt de tout artifice. Contrairement aux teen movies auxquels Netflix nous avait habitués, avec des romances mièvres ultra clichés où les acteurs ont tous dix ans de plus que leurs rôles, The edge of seventeen entend représenter l’adolescence dans sa totalité, même quand elle n’est plus franchement glamour. Nadine est immature, égocentrique, parfois immorale, mais son humanité et la sincérité de son personnage en font une héroïne complexe et touchante. Cette ambivalence, qui est aussi l’ambivalence soulignée dans le titre du film (« the edge », soit « le bord »), est bien la preuve de l’intelligence émotionnelle remarquable que développe la réalisatrice dans ce film, qui jamais ne juge ses protagonistes.

Fish Tank d’Andrea Arnold (2009)

Fish Tank
MK2 Diffusion

Dans sa banlieue londonienne, Mia, lycéenne, n’a plus espoir en rien. En colère contre tout le monde, elle ne trouve de réjouissance que la danse hip-hop, qu’elle pratique seule. Lorsqu’elle rencontre Connor, le nouveau petit ami de sa mère, celui-ci lui accorde étrangement beaucoup d’attention, allant jusqu’à l’inscrire dans une compétition de danse. Mais la relation entre les deux devient rapidement malsaine : Mia s’ouvre à cet homme car il lui apporte la validation masculine qu’elle n’a jamais reçu, tandis que Connor profite de la jeune femme, manipulant tout le monde autour de lui. Le film, récompensé du Prix du Jury à Cannes en 2009, arrive parfaitement à saisir l’étouffement de Mia retenue prisonnière dans sa banlieue glauque et son milieu social qui – entre les adultes alcooliques et les adolescents complètement stupides – ne lui offrent guère de joyeuses perspectives. Ne se sentant pas assez femme, pas assez talentueuse, indigne d’amour, Mia est aussi enfermée par son propre manque de confiance, qui la porte à accorder sa confiance à Connor qui semble, lui, la considérer. Finalement, elle est enfermée par un patriarcat épuisant, dans un monde où tout semble fait par et pour les hommes.

Bliss de Drew Barrymore (2009)

Bliss
Metropolitan Filmexport

Plutôt concours de beauté ou match de roller ? Pour Bliss (Elliot Page), la réponse est claire : afin de s’échapper de sa petite ville texane conservatrice, coincée entre petit boulot et conflit familial, la jeune femme choisit de s’intégrer dans une équipe féminine de roller-derby, sport popularisé dans les années 2000 qui deviendra vite un symbole de girl power. Reprenant les codes du coming of age movie, Bliss est un film léger et féministe, néanmoins assez subtil pour ne pas faire de ce dernier point un argument de vente. On assiste ainsi à l’émancipation de la jeune femme à travers la sororité puissante incarnée par son équipe. La case « premiers amours » du teen movie est cochée, mais reste très secondaire, l’accent étant mis sur la quête d’identité de Bliss et son affirmation personnelle. Drew Barrymore signe ainsi son premier film, touchant et bien mené, dont on salue la qualité de réalisation.

Thirteen de Catherine Hardwicke (2003)

Thirteen
UFD

Tracy est une jeune fille de 13 ans discrète et naïve qui rêve secrètement de popularité. Lorsque Elvie, la cool girl du collège, la prend sous son aile, sa vie bascule très vite : dans un élan de rébellion, Tracy s’essaye à l’alcool, aux drogues en tout genre, au sexe, tout en manipulant sa mère qui essaye tant bien que mal de sauver sa fille. Le récit de fond de Thirteen n’a rien de révolutionnaire, mais ce qui fait tout l’intérêt du film, c’est sa photographie et sa technique :  avec des plans qui semblent tout droit sortis d’un caméscope bas de gamme d’une adolescente des années 2000, la proximité ainsi crée avec les personnages est assez dérangeante, rendant le discours extrêmement percutant. Sur fond de musique grunge et de teenage rock, on retrouve l’esthétique typique de l’époque, avec un usage outrancier de filtres rendant l’image de plus en plus froide, symbolisant la descente aux enfers de Tracy. Avec une caméra tremblotante et des plans très immersifs – à la manière d’un Requiem for a Dream (D. Aronofsky, 2000) adolescent – le film est d’un réalisme troublant. Les actrices – en particulier Evan Rachel Woods, qui incarne Tracy, et Holly Hunter, sa mère – sont excellentes et bluffantes de sincérité.

Lady Bird (2017) de Greta Gerwig est actuellement disponible sur Ciné +.

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