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Nos incontournables de Noël

Nos incontournables de Noël

« Comment passer les fêtes ? » La question revient de manière presque angoissante chaque fin d’année, alors qu’on guette impatiemment l’arrivée des premiers flocons de neige. A croire qu’il s’agit là d’un de ces mauvais moments à passer… Que chacun accommodera à sa sauce, bien sûr. Comment donc faire passer la pilule en période d’hibernation forcée ? On s’occupe dans un premier temps de repriser sa vieille paire de chaussettes, de faire le plein de tisanes, puis de détartrer sa bouilloire, de retaper ensuite les coussins déplumés de son canapé (qui commence d’ailleurs sérieusement à s’affaisser), mais aussi et surtout de dépoussiérer sa collection de DVDs. On troque enfin la position verticale du travailleur proactif contre le mode de vie horizontal du couch potato, parasite social assumé nourri aux biscuits et aux films de Noël. Sans doute est-ce là ce que d’aucuns désignent comme un « plaisir coupable ». Mais au fond, doit-on vraiment se repenter de se gaver à raison de deux, trois ou quatre heures par jour devant les aventures de Kevin McCallister et de Jack Skellington ? La rédaction de Gone Hollywood a décidé de trancher dans le lard pour de bon en établissant sa propre liste de films incontournables pour un Noël digne de ce nom, quitte à finir aux urgences pour une sérieuse indigestion et pourquoi pas un décollement de la rétine. Car après tout, quand on aime, on ne compte pas !

POUR UN NOËL CLASSIQUE

rendez-vous (Ernst Lubitsch, 1940)

Noël, c’est l’odeur du sapin, le feu qui crépite, et (Maman j’ai raté l’avion mis à part) les films en noir et blanc de l’âge d’or hollywoodien, que je regardais, enchantée, en compagnie de mes parents. Le genre de films qui réchauffent le cœur et l’esprit par temps glacial… C’est pourquoi, pour célébrer cette période, j’ai choisi The Shop Around The Corner (Rendez-vous, en français), d’Ernst Lubitsch, adapté d’une pièce hongroise, La Parfumerie de Miklos LaszloSorti en 1940, il conte l’histoire du gérant d’un magasin de maroquinerie aux bonnes joues de Père Noël, M. Matuschek (interprété par Franck Morgan, l’éternel Magicien d’Oz), et de sa petite équipe d’employés, au sein de laquelle éclot une improbable histoire d’amour. En effet, le premier vendeur Alfred Kralik (James Stewart) et la nouvelle recrue du magasin, Klara Novak (Margaret Sullavan), correspondent sans le savoir, et s’éprennent épistolairement l’un de l’autre, tandis que, ignorant leur véritable identité, ils ne se supportent bien entendu pas dans la vie réelle. Amusant prétexte pour nous donner à suivre le charmant quiproquo, mis en scène d’une main de maître par le réalisateur dont la célèbre touch se retrouve sans équivoque. C’est donc une histoire toute simple, filmée en 28 petits jours par Lubitsch, qui avait débuté le tournage de son film suivant, Ninotchka, en attendant que ses deux acteurs vedettes (Stewart, Sullavan) terminent celui de La Tempête qui tue de Frank Borzage. Si on peut sans aucun doute qualifier Rendez-vous de comédie romantique (Nora Ephron s’en est souvenue en 1998 avec son remake intitulé Vous avez un mess@ge, guimauve servie par Tom Hanks et Meg Ryan), l’intrigue ne fait pourtant pas abstraction de la dure réalité de la Hongrie du milieu du siècle, où le chômage et la pauvreté menacent à chaque instant. Seulement, la richesse matérielle qui fait souvent défaut est compensée par celle du cœur et des relations humaines. Sans tomber dans le pathos ou les bons sentiments, le film nous fait vibrer au rythme des émotions de ses protagonistes. Ah comme le cœur se serre devant la solitude de Matuschek qui cherche dignement, mais de plus en plus désespérément, quelqu’un avec qui passer le réveillon… Puis comme il s’emplit de bonheur lorsque le vieil homme trouve enfin une jeune garçon, tout aussi esseulé que lui, pour partager son repas de Noël ! L’argent, présenté ici comme remède à l’amour malheureux, ou comme le nécessaire besoin résultant d’un amour partagé, n’a soudainement plus aucune valeur face au plaisir d’être ensemble et du partage ! La puissance de ce film réside en cette humanité si émouvante dont font preuve tous les personnages (excepté, peut-être, le traître Vadas, qui reste néanmoins trop ridicule pour être réellement méchant). Du meilleur ami Pirovitch (interprété par un habitué de Lubitsch, Felix Bressart, dont on se rappelle le monologue de Shylock dans To Be or not To Be), au jeune Pepi, gamin canaille mais incroyablement dévoué, Rendez-vous donne ses lettres de noblesse au mot humanité. Célébrant la générosité, il exalte une tendresse qui répand autant de bonheur qu’un bon feu de cheminée. Un film à voir, et à revoir sans modération, par ordre du Père Noël.

Marie Laugaa

La vie est belle (Frank Capra, 1946)

Noël 1945. George Bailey (James Stewart), citoyen américain exemplaire et courageux, ne parvient pas à sauver l’entreprise familiale promise à la banqueroute. Seule la mort lui semble à même de répondre à ses inquiétudes. Capra propose alors à son personnage de revisiter son passé, ses faits et gestes, dans un voyage fait de joies et de peines, de victoires et d’échecs, d’espoirs et de regrets au cœur de la petite ville de l’état de New York, Bedford Falls, survolée en introduction du film. La solution viendra de Clarence, un « apprenti ange » bienveillant, qui gagnera ses ailes en sortant George de sa torpeur suicidaire. Ce-dernier redécouvre alors le pays dont il rêvait, celui de l’American way of life... Et des grandes villes industrielles repues. Si La Vie est belle n’a pas pris une ride depuis plus de soixante-dix ans, c’est parce que le film se rappelle à nous comme un conte à l’approche de Noël, une époque de l’année qui charrie son lot de pardons gracieux, de déclarations d’amour et autres humanités. Voyez ainsi comme George et Mary (Donna Reed) s’aiment sans même avoir l’assurance de voir se profiler de beaux jours devant eux. Un plan magnifique encadre leurs deux visages jeunes et en colère, dans l’attente d’un baiser : Mary se sentant abandonnée, George tentant de contrer ses sentiments. Séparés par le téléphone qu’ils écoutent ensemble – un ami commun leur parle –, leurs visages se rejoignent, heureux présage de l’union à venir. Capra fait là de cette image l’illustration même de l’amour et de l’espérance. Le projecteur finit malheureusement toujours par s’éteindre, nous laissant seuls avec le bonheur procuré par l’histoire de George, elle-même rythmée par le tintement d’une cloche qu’on entend du premier au dernier plan du film, comme une invitation au rêve à mesure que poussent les ailes d’un ange. Dépêchons-nous donc de nous souvenir des absents pour mieux conjurer l’oubli grâce aux quelques instants de grâce procurés par un film qui nous injoint de nous rappeler que la vie ne cessera tout simplement jamais d’être belle. « Joyeux Noël, Mr Bailey ! »  

Romane Muller 

POUR UN NOËL EN FAMILLE

MARY POPPINS (ROBERT STEVENSON, 1964)

C’était un matin, à l’aube. J’avais si froid… Au point de sentir sous mes pieds cette glace qui me faisait à la fois frémir et rêver. D’aussi loin que je me souvienne, la période de Noël, c’était ce moment de communion magique d’une telle intensité que mon corps s’allégeait, me sentant ainsi apaisé, calme et serein. Au fond de la pièce, le sapin procurait un agréable parfum de fraîcheur qui se mariait à merveille aux odeurs de bois, de Nutella et d’orange en provenance de la cuisine. Je n’avais alors pas école, ce qui me permettait de passer une bonne partie de mes journées devant la télévision, lové dans mon fauteuil favori. C’était au début des années 90, bien avant la TNT, le câble et les internets. Bref, à des années-lumière de Netflix ! Les quelques six chaîne existantes, dont M6 et la Cinquième, diffusaient pour mon plus grand bonheur une programmation de choix à l’approche des fêtes : Les Aventures du baron de Münchhausen, L’Histoire sans fin, Les Goonies, Gremlins, La Caverne de la rose d’or… C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance d’une certaine Mary Poppins. Tout semble me ramener à l’instant précis où je l’ai rencontrée. Quelque chose de… Disons « supercalifragilisticexpialidocious ». L’expression, des plus fantaisistes pour l’enfant que j’étais, résonne encore aujourd’hui dans ma tête lorsque je pense aux rêves qu’elle a nourris. Le film m’entraînait dans la ville de Londres, sombre et apparemment sans vie, s’il ne fallait compter sur la présence de personnages déjantés comme l’amiral Bloom perché sur son toit en forme de bateau, ou encore l’oncle Albert pris d’un fou rire en apesanteur, voire de Bert, l’artiste vagabond et ramoneur à ses heures, mais surtout Mary Poppins, la nounou idéale incarnée par Julie Andrews, qui débarquait comme par magie au domicile des Banks, avec son parapluie extraordinaire et son sac rempli de merveilles. Combien d’enfants n’ont pas depuis réclamé à leurs parents une gouvernante pour les emmener dans un pays merveilleux peuplé de pingouins attifés comme des serveurs, de manèges enchantés et bien d’autres clowneries ? Le film, réalisé par Robert Stevenson pour l’oncle Walt, me laissait à l’époque partagé entre le rire et les larmes. Si le cinéma (numérique) a aujourd’hui un peu perdu de son charme, c’est aussi peut-être parce que l’époque n’est plus à la magie. Quand vient Noël donc, force est de constater que seule la nostalgie me lie désormais à Mary Poppins.

Christopher Poulain

L'Histoire sans fin (Wolfgang petersen, 1984)

L’Histoire sans fin est une boîte aux trésors qui contient tous les canons de l’époque pour un gosse né dans la deuxième moitié des années 80 et qui serait aujourd’hui trentenaire (moi, quoi). La coupe au bol du héros, Bastien Balthazar Bux : check. La folie de la lecture à s’en péter les yeux : check (double check si tu avais en ta possession une lampe frontale façon The Goonies pour finir toute la série du Club des Cinq ou des Fantômette en une nuit sous la couette). Les angoisses d’aller à l’école et le besoin de s’évader dans des mondes imaginaires pour éviter le harcèlement de gamins bien trop sûrs d’eux : check. La perspective de passer de gosse un peu nerd et rejeté à héros d’une histoire fantastique, investi de pouvoirs et talonné par des potes hors du commun : check. L’Histoire sans fin, c’est un film émancipatoire, le fantasme d’un ailleurs pour gosse à profil “rat de bibliothèque” qui ne s’assume pas. C’est le marqueur du début de l’acceptation de mon caractère de weirdo (personne bizarre, en anglais). Parce que, dans ta cour de récré, quand tu lis comme B.B.B lit (Bastien Balthazar Bux, toujours), tu passes pour un-e naze, un-e intello, un-e “sans ami”. T’as cet air absent, la tête dans les nuages et si tu devais expliquer, tu passerais pour fou. Et si tu devais expliquer, tu dirais que tu es en train de penser à la voix que doit avoir le terrifiant marin Billy Bones de l’Île aux trésors… Ou que tu es complètement absorbé-e dans ta découverte des liliputiens dans Les Voyages de Gulliver… Ou encore que la chanson des oompa-loompa te reste en tête même si tu n’as fait que la lire en italique dans le texte de Charlie et la Chocolaterie ! Bref, L’Histoire sans fin, c’est une épopée magique qui rejoue le même vieux principe de livre “dont tu es le héros”. C’est presque un spot publicitaire du lobby de la lecture – si tel lobby existait. C’est par la lecture que B.B.B devient le fier et jeune cavalier Atreyu, chargé de sauver La Petite Impératrice, gardienne de Fantasia, du “Néant” qui progresse dans son monde. Le Néant, c’est la fin de l’imagination, c’est la culpabilisation numéro 1 pour les enfants qui laisseraient la lecture de côté au profit de la télé ou des “jeux vidéos” comme le rappelle avec mépris le libraire, Mr Koreander, un brin anti-gameur… En 2019, le Néant, ça serait l’apocalypse causée par le dérèglement climatique et Atreyu serait une cavalière blonde et nattée qui aurait le visage de Greta Thunberg. Bon et sinon, pourquoi c’est cool, L’Histoire sans fin à part ça ? Parce qu’il y a un dragon à tête de labrador qui adore se faire gratter derrière les oreilles. Je dois en rajouter ? Parce qu’on verse une larmiche à chaque fois (Coucou Artax… vous même, vous savez…). Parce que le thème principal est interprété par Limahl, le chanteur à nuque longue décolorée du groupe des 80’s Kajagoogoo, chanson remise au goût du jour depuis par un mémorable duo de la fin de saison 3 de Strangers Things… Et qu’on l’a en tête pour toujours après ça. Et parce que ça a vieilli, certes, mais on vivait encore dans cette merveilleuse époque où il y avait des Animatronics en lieu et place des effets spéciaux ! L’Histoire sans fin, c’est mon film de Noël à tout âge, je ne m’en lasserai jamais et je vous invite à très vite le découvrir si ce n’est pas déjà fait. Joyeux Noël !

Barbara Prose

Pour un Noël gothique

Edward aux mains d'argent (Tim Burton, 1990)

Edward aux mains d’argent, film de Noël. L’association n’est pas marquée du sceau de l’évidence. Dans la galaxie Burton, on pense plus naturellement au merveilleux L’Etrange Noël de Monsieur Jack, dont le titre et la trame dégagent déjà une forte odeur de cannelle. Ses couleurs, ses chansons, sa fin mignonne comme tout en font le compagnon idéal des soirées de fin d’année. « Kidnapper le perce-oreille ! » A côté, Edward et son ciel bleu piscine, ses pelouses d’un vert vif et ses maisons macarons, paraîtraient presqu’estival. C’est pourtant le 10 décembre 1990 qu’il fut dévoilé dans les salles obscures américaines, faisant de lui, de facto, un film de Noël. Drôle de proposition au public que ce long-métrage dont la fin illustre l’impossibilité de l’innocence face au cynisme du monde des hommes, un message qui cadre mal avec la niaiserie des fêtes et la promesse de virginité de la nouvelle année. Pourtant, comme Noël (et comme bon nombre de travaux de Burton), le film est une ode à la candeur de l’enfance. Elle est ici incarnée par Winona Ryder, sur laquelle le réalisateur empile les symboles comme autant de manteaux par grand froid : elle est blonde, elle est gentille et douce, compréhensive, ses grands yeux de biche traquée flottent comme deux pépites de chocolat au milieu de la crème que constituent sa peau et ses vêtements clairs. Sa robe signature, celle qui sera souillée par le sang lors du final, est blanche évidemment. C’est cette même robe qu’elle porte lors de la plus belle scène du film : la danse de la glace. Le soir de Noël, la belle colombe aide maman à décorer le sapin et observe les flocons tourbillonner à travers la porte-fenêtre : elle n’a jamais vu la neige. Ces copeaux volants qu’Edward crée en ciselant la glace sont, plus que la statue elle-même, son cadeau à sa belle. Pour quiconque a vu le film, il est impossible de regarder la neige tomber sans entendre au fond de soi les chœurs gothiques d’un Danny Elfman au sommet de sa majesté, sans être pris de l’envie d’ouvrir les bras et lever la tête au ciel pour sentir les flocons s’agripper aux cils. Tim Burton et Winona Ryder ont réinventé en moins de trois minutes une nouvelle façon d’admirer la neige, loin des traditionnels bonhommes à carotte et bataille de boules. Voilà indéniablement un magnifique cadeau de Noël.

Caroline Veron

l'étrange noël de monsieur jack (harry selick, 1993)

De Maman, j’ai raté l’avion au Grinch en passant par Love Actually et les mièvreries en boucle à la télévision, difficile de ne pas succomber aux productions savamment calibrées pour Noël. A ce titre, L’Étrange Noël de Monsieur Jack pourrait bien faire office de viatique pour passer les fêtes sereinement. Et pour cause, Tim Burton, enfant solitaire, ne trouvait lui-même que peu de réconfort à l’approche de Noël, une fête à laquelle il préférait sans doute Halloween et son imaginaire macabre. Halloween, c’est d’ailleurs le nom de la ville peuplée de monstres aussi burlesques que grotesques sur laquelle règne Jack Skellington, un dandy dépressif las des charmes de la vie d’outre-tombe, qui se laisse envoûter par la magie de Noël chez ses voisins de Christmas Town où «  il n’y a ici ni cauchemars, ni misère » et « l’odeur des gâteaux est absolument fantastique ». Si cette funeste histoire avait de quoi faire frémir les cadres des studios Disney, le public, lui, succomba sans hésitation à la fantaisie expressionniste en stop-motion de ce cauchemar gothique d’avant Noël. Burton se joue en effet des traditions artificielles d’une fête et de ses codes tous deux réduits comme par magie à l’échelle d’une maquette, soit à hauteur de jouet. Après tout, qu’est-ce que « l’esprit de Noël » ? Paradoxe des paradoxes, le cinéaste nous introduit dans la psyché macabre d’un squelette dégingandé pour trouver une réponse à cette question au terme d’un merveilleux voyage fait de lumières suspendues et de boules de neige. Ce fameux Père Noël, dont on nous rebat d’ailleurs les oreilles à longueur de journée, n’apparaît aux yeux de Jack que comme un monstre parmi les autres, maître d’une cérémonie festive « dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ». L’heure est enfin à la réconciliation : le Roi des Citrouilles finit par reprendre goût à la vie au matin de Noël lorsque le gros vieillard bourru fait tomber la neige sur la ville d’Halloween où celui-ci déclare son amour à Sally, une frêle poupée de chiffon. « Que vois-je ? Que vois-je ? »

Elsa Ribeiro

POUR UN NOËL GEEK

BATMAN LE DÉFI (Tim Burton, 1992)

Elle toise du regard les gisants néo-gothiques dans le ciel de Gotham. Sa silhouette féline, on la devine dans le clair de lune hivernal, ou bien serait-ce le Bat-Signal ? Catwoman (aka Selina Kyle) revient hanter mes rêveries enneigées chaque année à l’approche des fêtes de Noël, quand j’exhume de ma collection VHS le deuxième opus de Batman réalisé en 1992 par un Tim Burton au sommet de sa forme. Selina, Selina… Son prénom évoque un mantra érotique, une formule consacrée qu’on ne cesse de prononcer sans jamais l’user tout à fait. Son nom, Kyle, claque quant à lui aux oreilles comme la gifle insolente d’un vengeur masqué au cœur de la nuit. Si Zorro signe son nom à la pointe de l’épée, Catwoman, elle, use de ses griffes acérées pour déchirer la panoplie rose bonbon dont on l’a affublée à la naissance : peluches, nécessaire à couture, etc. Un bon coup de bombe de peinture noire suffira à abattre une par une les cloisons de sa maison de poupée peuplée de rêves brisés et de désirs inassouvis. Non, définitivement non, Sélina ne se satisfait pas de la vie de château, ou du moins du rôle de bobonne au foyer bien dressée pendant que les fils à papa procurent un peu de joie aux masses dans une débauche d’excès consuméristes. Cette modeste secrétaire esseulée est tout simplement à deux doigts du burn out. Ses heures sup’ pour Max Shreck, le pauvre shnock veinard qui ne rêve que de se défouler sur elle, ça fait bien longtemps qu’elle ne les compte plus. Chez elle ? C’est la fiesta non-stop sur son répondeur qui l’incite à se sentir femme avec le parfum Lady Gotham. Mais Selina ne se chauffe pas de ce bois-là, du moins pour l’hiver. Non, non, elle entend nous signifier que l’enfer des fêtes, c’est bien ici-bas. La Catwoman burtonienne redéfinit les canons de la femme fatale des années 90 dans sa réactualisation fétichiste genrée. Elle fait tomber les têtes à grands coups de fouets, électrise littéralement les regards, et gobe des volatiles à pleine bouche en guise de cérémonial sexuel sado-masochiste. Comble de l’ironie, cette renaissance miraculeuse, Selina la doit à son patron qui la précipite du haut de la Shreck Tower dans une chute vertigineuse à rebours de l’ascenseur social tant miroité. Elle reviendra plus tard d’entre les morts pour l’émasculer dans un baiser d’adieu léthal sous le gui. Car oui, ça peut être mortel de s’embrasser sous une plante toxique, comme le veut pourtant la tradition… D’autant plus si on y met tout son cœur. Vous êtes prévenus : no more happy endings ! Joyeux Noël ! « 

Boris Szames 

Star Wars : Les Derniers Jedi (Rian Johnson, 2017)

Quand vient Noël, une saga particulière me vient en tête. Elle conte les aventures palpitantes d’une famille élue de la Force dans une galaxie lointaine, très lointaine. La grande épopée Star Wars rythme la période des fêtes de fin d’année depuis 2015 au cinéma et bien avant pour moi. Car en effet, combien de mes Noëls furent ponctués de produits dérivés estampillés « Jedi » au pied du sapin familial. Les Derniers Jedi possède ainsi cette saveur festive au terme d’une saga sur-cadenassée par les « gardiens du temple ». A sa sortie, ce huitième opus a déchiré les fans désemparés de ne plus être désormais caressés dans le sens du poil comme ils le furent avec Le Réveil de la Force, remake officieux d’Un Nouvel Espoir, voire véritable brouillon nostalgique. Rian Johnson, réalisateur et scénariste de l’oeuvre la plus clivante de la saga, décidait alors de tordre les codes établis par George Lucas afin de donner une nouvelle vie à la franchise. Le héros iconique de la trilogie originelle devenait ainsi un vieil ermite aigri ; Leia dérivait sous nos yeux ébahis dans un cosmos réduit au silence quand on n’y croise pas le sabre (laser)… Deux clans de fans se formaient alors dans la pénombre des salles obscures : les garants de cette prise de risque et les « anti », accusant le réalisateur d’avoir tué « leur » Star Wars. Les débats animés autour de cette oeuvre prenaient la saveur de ces repas de famille endiablés, l’habituelle politique gouvernementale cédant cette fois sa place au traitement réservé par maître Johnson au doudou de l’espace. Et le film dans tout ça ? Rey a enfin retrouvé le maitre Jedi légendaire Luke Skywalker, mais ce dernier refuse de l’entrainer. Le Premier Ordre colle au train de la Résistance, entièrement regroupée dans un seul vaisseau-amiral. Kylo Ren tente de ramener Rey dans ses rangs en utilisant toute sa perfidie et sa sournoiserie. Des vaisseaux voltigent dans l’espace, le tout accompagné par le talent de l’immortel John Williams. Un film à grand spectacle, avec ses moments de bravoure côté réalisation, une approche inclusive dans le cercle de pouvoir de la Résistance, mentions spéciales à Laura Dern et Carrie Fisher en grandes figures d’autorité et de sang-froid. Une scène particulière concentre tout l’intérêt et l’identité de cet épisode si chahuté : lorsque Rey visite la grotte d’où émane le côté obscur. A la recherche de l’identité de ses parents, elle se retrouve démultipliée, créant ainsi un effet visuel et sonore des plus captivants. La découverte de Rey a peut-être alimenté la colère des « anti », certes, mais la jeune Jedi s’avère exceptionnelle grâce à son parcours et non plus par son affiliation, comme le voulait la tradition intergalactique. Pas de guirlande ni de gros monsieur en rouge donc… Mais des tirs de blaster, des envolées dans l’espace et des sabres laser permettent de vivre un Noël plein de promesses d’aventures et de dépaysement.

Yoann Noel

Alors que la mélodie euphorisante d’Harry Potter est indissociable des festivités de Noël pour une grande majorité de mélomanes, la partition caractéristique d’Harry Gregson-Williams pour Le Monde de Narnia : Le Lion, La Sorcière et l’Armoire Magique demeure ma madeleine de Proust. Tout simplement parce qu’elle débarque pour la toute première fois en plein milieu de la période concernée. Ou peut-être parce que sa chronologie coïncide extraordinairement avec le déroulement des événements conduisant à ce moment fatidique où l’on s’empresse de déchirer du papier cadeau sous un sapin richement décoré ! Que l’on porte notre regard de parent désillusionné ou d’enfant insouciant, le parallélisme est saisissant… Prenez cette tempête de cuivres pouvant symboliser les épisodes tumultueux du reste de l’année (« The Blitz, 1940 ») ou bien la voix enchanteresse de la soliste Lisbeth Scott qui célèbre aussi justement la beauté de Narnia que celle du Noël à venir (« Evacuating London »). Mais c’est lorsque Lucy pénètre de l’autre côté de l’armoire, sur fond de flûtes envoûtantes et de clarinettes angéliques, que l’on nous incite à se déconnecter de la réalité afin de savourer pleinement cette réunion familiale traditionnelle. Engourdies par le froid hivernal, nos mains grelotantes se dégèlent près du feu tandis que les traits chaleureux du violon électrique associés au thème de Tumnus se font entendre. Une cithare intimiste et un piano galopant s’y rajoutent pour établir la correspondance musicale aux échanges conviviaux qui fusent autour d’une table bien garnie (« Lucy Meets Mr Tumnus »). Porté par le duduk arménien de Gladiator (Ridley Scott, 2000), la berceuse enivrante de Tumnus apporte son lot de mystère lors du coucher des enfants, à l’affût du moindre indice prouvant l’existence d’un vieux monsieur barbu vêtu de rouge venant honorer leur liste de cadeaux… (« A Narnia Lullaby »). L’heure des étrennes a sonné : le titre évocateur « Father Christmas » retranscrit à la perfection la magie de Noël ! Au lever du jour, la grâce et la puissance des trompettes et des violons (« To Aslan’s Camp », « The Battle ») donnent le signal pour l’ouverture des présents tandis que Peter, Susan, Edmund et Lucy livrent une bataille acharnée contre la Sorcière Blanche. La recrudescence des chœurs pourrait parfaitement témoigner du plaisir intense que chaque enfant éprouve en expérimentant les limites de ses nouveaux jouets ou que chaque parent prend à les observer. Ce moment éphémère qui semble avoir duré si longuement s’achève sur le mélancolique « Only the Beginning of the Adventure ». A l’instar des rois et reines de Narnia qui retrouvent leur réalité, il est l’heure de regagner notre routine… Bien que la musique d’Harry Gregson-Williams laisse transparaître beaucoup de naïveté pour coller au sentimentalisme mièvre du scénario, son pouvoir réconfortant et égayant assure un accompagnement musical infaillible pour passer les fêtes dans une bonne humeur inoxydable. Il est encore temps de vous procurer votre exemplaire du Monde de Narnia

David-Emmanuel Thomas

Copyright photo de couverture : Magic Freebies UK

A propos de l'auteur

Boris Szames

Déclaré cinémaniaque à la naissance, Boris se met à porter très tôt le col roulé en hommage à Godard. Il voit depuis la vie en Cinémascope et Technicolor trichrome. Boris prépare actuellement une thèse sur le port du mulet dans la filmographie de Patrick Swayze, en attendant la publication de son ouvrage : "Plasticité du corps britannique - Étude comparée du déhanché de Hugh Grant hier et aujourd'hui".