Que se passe-t-il lorsque la bande loufoque de The Lonely Island tombe dans une boucle temporelle ? « La question est vite répondue » comme dirait l’autre : cela donne une comédie délirante où s’entremêlent débauche et sentimentalisme. Soutenu par un duo irrésistible, Palm Springs joue les prolongations du canonique Un jour sans fin (H. Ramis, 1993), sans marmotte, mais avec tout autant de chaleur et de décontraction jouissive.

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Invité à un mariage dont il se fiche éperdument, Nyles (Andy Samberg, le plus immature des policiers de Brooklyn) est prisonnier d’une aventure dont il ne parvient plus à s’extraire sur la côte de Palm Springs. En effet, cette « éternelle » journée se ne cesse de se répéter à l’identique pour le trentenaire qui décide (par dépit ?) de s’en accommoder et donc d’embrasser une vie délirante sans en payer les conséquences. Peu importe la fin : qu’il tombe de sommeil ou qu’on le tue, le compteur revient à zéro chaque matin. Nyles a troqué le smoking du mariage contre une sympathique chemise hawaiienne, la traditionnelle flûte de champagne contre un pack de bières. Sa paisible existence bascule lorsque Sarah (Cristin Milioti, madame Ted Mosby dans How I Met Your Mother), la sœur de la mariée, pénètre par accident dans cette boucle temporelle. Palm Springs porte indéniablement l’ADN des trois allumés derrière The Lonely Island, groupe fictif né dans les années 2000 sur le plateau du sacro-saint Saturday Night Live. Ce tribute band régressif se taille une sacrée réputation grâce à ses vidéos musicales parodiques qui mettent en scènes de grandes célébrités de l’époque – on vous conseille de déterrer sur Youtube le triptyque formé par « Dick in a Box », « Motherlover » et « The Golden Rule » avec Justin Timberlake, Andy Samberg et Lady Gaga. C’est justement le clip de « Dick in a Box » qui devient viral à sa sortie en 2006 et permet ainsi de propulser les Lonely Island sur la scène internationale. L’humour potache et régressif devient la marque de fabrique d’un univers peuplé d’adultes peu matures mais attendrissants qui oscillent entre le ridicule et la dérision sans faire toutefois l’économie d’une écriture rigoureuse et d’un sens du timing imparable. Après avoir tenté l’aventure du format long par deux fois avec un succès mitigé – Hot Rod en 2007 puis Popstar : Célèbre à tout prix neuf ans plus tard – les Lonely Island brothers s’adjoignent de nouveaux talents créatifs pour leur nouvel opus dont ils assurent cette fois la production. Palm Springs ne suit pas les traces des comédies régressives auxquelles les joyeux trublions nous avaient habitué. Après avoir fait grande sensation à la dernière édition du festival de Sundance, le film passe entre les mains de la plateforme de streaming Hulu qui se décide à casser sa tirelire pour en acquérir les droits de diffusion et lance dans la foulée – et en plein COVID – une promotion dantesque, histoire de faire « monter la sauce », quitte à propulser son nouveau poulain au rang de nouvelle égérie de la comédie américaine. 

© Jessica Perez/Hulu

© Jessica Perez/Hulu

AMOUR et RÉSILIENCE SOUS LES PALMIERS

Le succès de Palm Springs, comédie estivale étonnamment rafraîchissante en pleine canicule, repose sur deux concepts : sa relecture comique et décalée du concept de la boucle temporelle, mais aussi l’alchimie extraordinaire entre ses deux protagonistes, condamnés à vivre inlassablement encore et encore la même journée. D’un côté, Nyles s’est complètement enlisé dans cette redondance temporelle en ayant perdu tout sens de la réalité. De l’autre, Sarah, tombée dans cette galère par curiosité, découvre les joies et les inconvénients de rejouer encore et encore la même journée. Ainsi, les deux expérimentent cette dérive temporelle ensemble à coups de sorties loufoques ou d’agissements en apparence sans conséquence. L’intelligence de l’écriture se ressent dans la mise en scène de gags visuels savoureux qui permettent de consolider le rythme de cette rom-com éternelle. Andy Samberg, en trentenaire blasé vêtu d’une chemise hawaïenne, prouve son talent pour incarner les sublimes losers à tendance immature mais attachant.

Cristin Milioti, elle, se dépêtre du mieux qu’elle peut pour comprendre ce qui lui arrive. L’idée de génie, ici, consiste à faire coexister plusieurs personnages dans cette même boucle, invitant ainsi le spectateur à explorer la psyché humaine aux prises avec l’expérience de l’éternel retour. Nyles est en roue-libre totale, passant son temps à dormir et à boire de la bière ; Roy, incarné par le mythique J.K. Simons, entraîné par Niles dans cette boucle, partage son petit coin d’éternité entre la vengeance cynégétique et une journée paisible avec sa famille. Sarah, enfin, épuise un long registre d’états d’âme – le stress, la résignation, la débauche (au bras de Nyles) – jusqu’à parvenir à briser pour de bon sa routine. Palm Springs carbure à l’absurde avec une certaine tendresse nichée dans quelques scènes entre deux gags inspirés. Si un amour véritable transcende la résilience, reste que l’expérience d’une liberté joyeuse et délirante vaut le détour, même pendant quelques courtes 90 minutes.

© Mondo

Palm Springs (2020 – États-Unis et Hong-Kong) ; Réalisation : Mark Barbakow. Scénario : Andy Siara. Avec : Andy Samberg, Cristin Milioti, J.K. Simmons, Camilia Mendes, Tyler Hoechlin, Meredith Hagner, Dale Dickey, Chris Pang, Mark Kubr, David Hutchison, Tongayi Chirisa et Peter Gallagher. Chef opérateur : Quyen Tran. Musique : John Carpenter. Production : Andy Samberg, Akiva Schaffer, Dylan Sellers, Becky Sloviter, Jorma Taccone, Chris Parker et Gabby Revilla – Limelight, Party Over Here et The Lonely Island. Format : 2.39:1. Durée : 90 minutes.

Disponible depuis le 10 juillet 2020 aux États-Unis sur Hulu.

Copyright illustration en couverture : Jessica Perez/Hulu/The Ringer illustration.