S.O.S. Fantômes : L’Héritage de Steven Spielberg

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Attendu comme le messie depuis une décennie, SOS Fantômes : L’Héritage est enfin là pour nous faire oublier l’indigeste relecture de 2016 supervisée par Paul Feig. Confié à Jason Reitman (Juno, In the air), rejeton d’Ivan, le fameux créateur de la franchise pop née du mystique Dan Aykroyd, le long-métrage nous entraîne dans une aventure prodigieusement réussie qui lorgne étonnement du côté du cinéma de Steven Spielberg.

L’HÉRITAGE SPIELBERG

Vingt ans après. Callie, fille du regretté professeur Egon Spengler, est obligée de quitter son domicile newyorkais à cause de ses créances. C’est donc avec ses deux ados, Phoebe et Trevor, qu’elle s’installe dans la vieille maison de son père dans la contrée de Summerville. En explorant la maison d’un grand-père qu’ils n’ont jamais rencontré, les enfants découvrent les traces d’un passé glorieux consacré à pourchasser des fantômes qui ne tarderont pas à (re)faire surface. A partir de ce pitch plutôt balisé dans une saga à bout de souffle, l’équipe de Jason Reitman concocte un film mêlant encore plus d’action, d’ectoplasmes, d’effets spéciaux, de comédie et d’émotions que ses prédécesseurs. Non, cette suite inespérée, voire redoutée, ne décevra certainement pas la génération biberonnée au slime. Oui, elle saura jouer de son charme pour capter un nouveau public. Si le charme et l’effet de surprise des deux premiers volets manquent à l’appel, ce nouvel épisode pourrait déjà bien prétendre au statut de « film culte » d’une trilogie qui l’est tout autant.

Le monde de la pop culture peut enfin reprendre son souffle au terme d’une (trop) longue attente. On se souvient de Sony qui lançait il y a peu un projet très mystérieux, du genre à faire jazzer toute la toile : adjoindre un nouvel opus au diptyque S.O.S. Fantômes. Les teasers fusaient, pendant que pleuvaient des rumeurs alimentant les doutes comme les espoirs, finalement déçus par un remake outrageant, relecture féministe maladroite d’un mythe eighties qui n’avait nul besoin d’être chahuté. Entre alors en scène Reitman Jr, avec la ferme intention de balayer d’un revers de main ce très mauvais souvenir. Les Ghostbusters auront bien droit à un troisième véritable opus sous sa direction. N’en déplaise à son titre, L’Héritage, cet énième film n’a pas pour seule vocation de remplir les poches des executives de Sony. Il s’agit de renouer avec les codes des productions quatre étoiles des eighties, au cœur de l’architecture des deux premiers S.O.S. Fantômes, établis par le cinéma de Steven Spielberg. En effet, en à peine deux heures de film défilent à l’écran les références aux productions Amblin, de E.T. à Jurassic Park, en passant par Casper, Rencontres du troisième type et Les Goonies

S.O.S. Fantômes _ L'Héritage
S.O.S. Fantômes _ L'Héritage

FANTÔMES EN FÊTE

Son succès, L’Héritage le doit aussi très certainement au phénomène Stranger Things. L’ambiance y est ici très similaire et on peut saluer, encore une fois, le travail de Jason Reitman, habitué aux films intimistes, à passer au shaker une veine old school et des effets spéciaux modernes, avec cohérence et efficacité, notamment lors d’une chasse au fantôme à bord de l’Ecto-1 dans les rues de Summerville. Le long-métrage ne manque pas de délaisser en cours de route le spectaculaire et réserve quelques instants intimistes plus lents, notamment au chapitre des amitiés et des amours adolescentes, filmées avec tendresse. Jason Reitman mise davantage sur la poésie rétro des années 80 que sur la simple histoire habilement menée qu’il porte à l’écran. On lui reprochera sa tendance à traîner des pieds par instants dans une première partie qui aurait sans doute gagner à être concise.

Reitman Jr. réussit toutefois à nous émerveiller durant un peu plus de deux heures grâce à une aventure foncièrement originale. L’Héritage lui donne d’ailleurs l’occasion de s’allier pour la première fois avec les génies de Weta, qui lui permettent de mettre en scène des séquences époustouflantes. Si les effets spéciaux « traditionnels » et les « vrais » accessoires ont été privilégiés, les images de synthèse restent limitées afin de permettre au film de baigner dans une atmosphère vintage, pleine de nostalgie. Ce nouvel S.O.S. Fantômes bénéficie d’un casting aussi élégant que son scénario, avec l’excellent Paul Rudd, ici bien à son aise, le génial Finn Wolfhard, vedette de la série Stranger Things et les deux jeunes stars Logan Kim et Mckenna Grace. Cerise sur le gâteau, le compositeur Rob Simonsen emprunte davantage à l’esthétisme de la musique symphonique de John Williams, et moins à celle du compositeur original, Elmer Bernstein Sa partition transcende son seul rapport à l’image et parvient à insuffler une nécessaire bonne humeur immédiate. Le flashback ravit les oreilles des mélomanes et assure un voyage chargé en émotions à bord d’une machine à remonter le temps bien huilée.

Loin d’être seulement un divertissement touchant et atypique, SOS Fantômes : L’Héritage est un bel hommage aux deux premiers volets qui ont assuré le succès d’une franchise vieille de quarante ans. Le film se regarde enfin et surtout comme une curiosité très proche des œuvres de Steven Spielberg, tapi dans l’ombre de Jason Reitman. Et quel plaisir de retrouver… N’en disons pas plus. Frissons garantis.

A la production : Ivan Reitman, Dan Aykroyd & Jason Reitman pour Sony Pictures Entertainment & The Montecito Picture Company.

Derrière la caméra : Jason Reitman (réalisation). Gil Kenan & Jason Reitman (scénario). Eric Steelber (chef opérateur). Rob Simonsen (musique).

A l’écran : Carrie Coon, Finn Wolfhard, Mckenna Grace, Paul Rudd, Logan Kim, Celeste O’Connor, Oliver Cooper, Marlon Kazadi.

En salle le : 1er décembre 2021.

Copyright photos : John Yurcaba / Sony Pictures Entertainment.