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Quand Fellini rêvait de Picasso

Fellini vouait une profonde admiration à Picasso. C’est donc pourquoi il consigna par le dessin les rencontres qu’il fit en rêve, et uniquement en rêve, avec le peintre. Les deux hommes se sont pourtant croisés mais sans jamais se rencontrer. Dialogue imaginaire entre le maestro et le maître de la peinture moderne, l’exposition organisée par la Cinémathèque propose une collection dense, riche, luxuriante, foisonnante et joyeuse, à leur image.

Cinéaste formidablement original, fantasmagorique et visionnaire, le grand Federico Fellini ne pouvait être impressionné que par un artiste d’une puissance aussi immense que Pablo Picasso. La scénographie de l’exposition est à l’image de l’oeuvre réalisée par le cinéaste italien : d’une parfaite architecture, un espace de rêve, véritable immersion onirique, déambulatoire et colorée. Fellini versus Picasso : ces deux grands artistes nous invitent à rentrer dans leur imaginaire, dans cet espace infini, prolifique et merveilleux que constitue le rêve. Ici point de confrontation entre les deux maîtres, mais un dialogue, une rencontre imaginaire et imaginée, nourris de cirque, de saltimbanques, d’antiquité, de masques et de danse, de femmes et de mythes.

© DR

Le livre des rêves

L’exposition s’appuie sur de nombreux extraits filmiques, des croquis de tournage, des indications pour les décorateurs, des caricatures croquées par Fellini (il était caricaturiste avant de devenir cinéaste), des affiches, des photographies, des costumes, des masques, côtoyant l’univers polymorphe de Picasso, évoqué par une cinquantaine d’œuvres (peintures, dessins à l’encre ou au fusain, sculptures en bronze, gravures. Le cinéaste italien, quant à lui, a consigné pendant trente années ses songes non seulement dans ses films mais également dans un grand « livre de mes rêves », grimoire magique qui permet de pénétrer dans l’inconscient du maître. Dans les années 60, Fellini entame ainsi une psychanalyse avec le docteur Ernst Bernhard, d’obédience jungienne, qui lui conseille de retranscrire par le dessin tous ses rêves. Dans ce fameux livre, Fellini rêve par trois fois de Picasso, il avoue avoir rêvé de lui dans des moments de crise, de doute, de profonde dépression.

Picasso était donc pour lui, un père et un mentor artistique et spirituel, lui donnant de la force, comme le foyer familial du réconfort, une source d’amour et de paix. Ce livre des rêves, donc, constitue une matière incroyable, répertoriant tous les motifs, les obsessions, les angoisses, les fantasmes qui traversent l’œuvre cinématographique de Fellini. De son côté, Picasso définissait l’art de la peinture comme une autobiographie pour raconter son histoire donc, mais aussi se raconter soi-même, à travers l’art. Comment ne pas penser ici au [sg_popup id= »225023″ event= »inherit »]Huit et demi[/sg_popup](1963) de Fellini et à l’antiquité modernisée, motif récurrent dans les oeuvres respectives des deux artistes ? Idem pour le [sg_popup id= »225022″ event= »inherit »]Satyricon[/sg_popup](1969) et [sg_popup id= »225021″ event= »inherit »]La Cité des femmes[/sg_popup](1980) dont les harems résonnent de lointains accents picassiens. L’influence du peintre se fait pourtant sentir dès les premières oeuvres du cinéaste. Dans [sg_popup id= »225024″ event= »inherit »]Il Bidone[/sg_popup](1955), Fellini met en scène Raoul, un peintre raté que d’aucuns surnomment Picasso. Son épouse, interprétée par Giulietta Masina, s’appelle Iris, en référence à la déesse grecque du même nom, symbolisée par l’arc-en-ciel, et son spectre des couleurs. Ces références inévitables à Picasso, s’inscrivent dans la droite lignée des périodes bleue et rose du peintre.

© ADAGP

Une amitié fantasmée

Pour le cinéaste, Picasso est une « force irradiante, un stimulus, un compagnon de voyage ». L’amitié fantasmée de Fellini pour le peintre se révèle émouvante, tant ces deux génies auraient pu créer de merveilleux projets ensemble. On pense notamment à Paradeballet composé par Erik Satie, écrit par Jean Coteau et dont Picasso avait signé les décors, costumes et rideau de scène. Fellini mène pendant des décennies ce dialogue intériorisé, rencontre entre deux univers très proches, se répondant et s’infusant l’un l’autre, reposant sur de profondes affinités artistiques, oniriques, spirituelles. Picasso constitue pour Fellini un ami, un père imaginaire, rencontré dans ses rêves.

Picasso est un talisman, un objet magique dont il ne saurait se séparer (…) cette exposition repose sur des fantasmes, le fantasme de la figure de Picasso, le fantasme des femmes, le fantasme de l’univers forain et du cirque, le fantasme de la peinture et du cinéma.

Audrey Norcia

Commissaire de l’exposition

L’exposition Quand Fellini rêvait de Picasso nous invite a nous perdre dans un microcosme hors du temps, où l’on déambule, lentement, avec émotion dans l’univers onirique de ces deux génies. Reste une évidence : ces deux artistes se parlent, se mélangent, se ressemblent et s’assemblent, comme deux âmes sœurs. Cette exposition est magnifique, presque littéralement magique, très émouvante. A la sortie de la Cinémathèque, il est assez dur d’émerger à nouveau dans la réalité, une sensation que l’on éprouve parfois en pensant à des amours impossibles. Les yeux embués, on pense à ces chefs d’œuvre qui ne se feront jamais entre ces deux grands hommes. Quoi qu’il en soit, Fellini et Picasso peuplent désormais nos rêves et fantasmes les plus fous.

QUAND FELLINI RÊVAIT DE PICASSO

La Cinémathèque française
51 rue de Bercy
75012 Paris

Métro : Bercy

HORAIRES

Du 3 avril au 28 juillet 2019
Tous les jours, sauf le mardi, de 12h à 19h

TARIFS

Plein tarif : 11 €
Tarif réduit : 8,50 €
Moins de 18 ans : 5,50 €

Libre Pass Gratuit

A propos de l'auteur

Anaïs Bagnol

Amoureuse de cinéma et d'art en général, de religion kubrickienne, Anaïs adore écrire sur le cinéma et se rêve réalisatrice de film de genre. Elle aime peut être autant le White Russian que le Dude.

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