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Booksmart

Deux adolescentes, aussi intelligentes que recluses dans leur lycée, décident, pour la dernière nuit avant l’obtention de leur diplôme, de faire la fête et de rattraper leurs années dédiées uniquement aux études. A peu de choses près, on pourrait penser lire le synopsis de SuperGrave(Greg Mottola, 2007).

Booksmart (Olivia Wilde, 2019) parvient à trouver un juste équilibre entre humour et émotion, en puisant ses inspirations plutôt dans l’âge d’or des teen movies. En effet, Olivia Wilde parle plutôt de The Breakfast Club (John Hugues, 1985) et Ferris Bueller’s day off (John Hugues, 1986), et considère que les teen movies récents préfèrent s’amuser de la sexualité des jeunes hommes plutôt que de parler plus généralement de la jeunesse – elle évoque alors American Pie, mais on peut aussi penser à SuperGrave. Et c’est pour cela que Booksmart réussit à s’imposer dans toute cette lignée de films populaires ; Olivia Wilde, pour son premier film, réalise une ode à la jeunesse et à l’indépendance.

Molly and Amy’s day off

L’histoire de Booksmart n’est donc pas des plus originales. Ce défoulement de la jeunesse sur un très court moment  se retrouve dans de nombreux films, anciens ou récents, mais cela ne veut pas dire que cela ne fonctionne pas. Condenser l’histoire en seulement 24 heures permet de créer un rythme rapide, et accentue la folie des évènements. Evidemment, les plans de Molly (Beanie Feldstein) et Amy (Kaitlyn Dever) ne se déroulent pas comme prévu, et chaque déception les mène à une situation encore plus improbable. Malgré la simplicité du scénario en soi, les retournements de situation fonctionnent et nous prennent par surprise.

© Annapurna Pictures courtesy Everett Collection

Cependant, certaines situations, bien que surprenantes dans le scénario, ne brillent vraiment pas par leur originalité. Tout comme Amy et Molly, on ne se doute pas que les fraises offertes par Gigi (Billie Lourd) contiennent une drogue. La scène qui suit, avec des poupées en stop motion, apporte un court sketch sur les visions  fantasmées du corps des femmes crées par ces poupées. Cela fonctionne plutôt bien, hormis la résolution rapide qui essouffle rapidement le comique de la situation et en même temps apparait peu réaliste. Voir la descente des escaliers ou leurs interactions avec d’autres personnages aurait pu soutenir la force humoristique de la séquence. Mais surtout, il s’agit d’une idée déjà vue et mieux utilisée antérieurement, dans 21 Jump Street (Phil Lord et Chris Miller, 2012) par exemple. Booksmart trouve son originalité ailleurs que dans les situations auxquelles se retrouvent exposés les personnages. En effet, dans le choix même des deux personnages principaux, on peut noter une petite révolution : deux adolescentes, aux sexualités différentes, sans aucune rivalité entre elles, féministes et assumées.

Le film passe sans souci le test de Bechdel – au moins deux femmes, nommées, qui parlent ensemble, d’autre chose que d’un homme. Bien que cela ne constitue pas en soi une preuve de réussite artistique, cela confirme que l’intérêt du film ne se trouve pas dans la romance, contrairement aux premières versions du scénario, mais plutôt sur une certaine vision de la jeunesse. Avec une approche différente sur le sujet par rapport aux les teen movies récents, Booksmart offre une authenticité que l’on a renoncé à trouver dans ce genre de films. En effet, si Molly souhaite à tout prix cette nuit de débauche, c’est tout d’abord par envie et jalousie pour la vie de ses camarades – fêtards toute leur scolarité, sans que cela n’affecte leur futur. Mais cela se transforme rapidement en moyen pour Molly et Amy d’arrêter de juger ceux qui les entoure, et avec ça, de détruire de nombreux stéréotypes de teen movie.

Briser les archétypes

L’un des stéréotypes déjoués apparait lors de la scène d’ouverture, où l’on découvre la chambre et la routine matinale de Molly. Celle-ci apparait alors comme une nerd, mais d’un nouveau type, plus en rapport avec la Generation Z (ceux nés après 2000). En effet, elle s’imagine une future grande carrière d’avocate, semble vénérer Michelle Obama et Ruth Ginsburg, et préfère réviser que faire la fête. Cependant, elle n’apparait pas comme timide ou effacée. Amy semble plus en retrait, par sa nature introvertie. De plus, sa sexualité n’est en aucun cas présenté comme un problème pour elle – contrairement, aux personnages adolescents homosexuels habituels angoissés par leur coming out, dans Love Simon (Greg Berlanti, 2018). Cela peut paraitre insignifiant, mais il s’agit en fait d’une évolution significative. Ainsi, bien que présentées comme des premières de la classe, des nerds, qu’importe le terme, Molly et Amy ne rentrent pas tout à fait dans le moule habituel de ce type de films. Pourtant ce sont les personnages secondaires qui surprennent le plus. En effet, le film apprend aux personnages à ne pas se fier aux apparences, et ce faisant écorche les archétypes des personnages de teen movies. Par exemple, on trouve souvent « la mean girl », qui sera l’ennemie du personnage féminin principal, jolie et probablement idiote. Au début du film, le personnage correspondant est Triple A (Molly Gordon), qui se balade en mini-short, a une mauvaise réputation, et n’apprécie pas Molly. Et c’est ce personnage qui bouleversera la vision du monde de Molly lorsqu’elle apprend que celle-ci ira aussi à Yale. Ceci contraste avec l’image que le spectateur se fait du personnage. Mais c’est surtout dans une scène entre elle et Molly, en voiture, que nos a priori se désagrègent. Leur discussion sur le slut shaming apparait authentique, et leur réconciliation confirme la destruction du statut de mean girl de Triple A.

© Francois Duhamel / Annapurna Pictures

Alors où sont les antagonistes du film ? Les bullies ? Les means girls ? Nulle part. Les personnages ne se cantonnent pas dans des rôles fermés. Ainsi, aucun personnage n’apparait purement unidimensionnel – sauf peut-être Hope (Diana Silvers), qui n’est pas vraiment travaillé. On pourrait avoir peur un instant que Nick (Mason Gooding), le crush ultra populaire de Molly, se moque d’elle en flirtant avec elle. Et bien que leur couple ne prenne jamais réellement forme, il est sincère dans ses interactions. Sans que chacun ne soit forcément proches, tous les personnages font preuve de compassion les uns envers les autres. Les deux actrices, Beanie Felstein et Kaitlyn Dever, voient cela comme une représentation pertinente de leur génération, plus ouverte. Ainsi, sur le cheminement des deux filles, le spectateur se surprend à évoluer avec elles, en abandonnant au fur et à mesure les idées de premier abord sur les personnages. Outre le scénario, qui joue avec les clichés et offre une réflexion sur les préjugés que chacun peut porter dans sa vie quotidienne, Olivia Wilde parvient à nous offrir des scènes émouvantes, drôles, et parfois poétiques. Lorsque l’on suit Amy, plongée dans la piscine, et ayant abandonné ses insécurités en naviguant sous les jambes de ses camarades, on peut sentir les efforts de la réalisatrice – plus encore lorsque l’on sait qu’elle s’est battue pour garder cette scène au montage. L’esthétique du film n’est pas mise de côté pour se concentrer uniquement sur le scénario du film, et cela lui apporte du cachet. La bande son fonctionne également efficacement pour instiller l’énergie nécessaire aux scènes.

Une authenticité bienveillante

Booksmart étant une comédie, il ne faut pas oublier l’aspect humoristique du film. Et sur ce point-là, le film réussit là également son coup. En mélangeant les styles, avec parfois des blagues potaches, des jeux de mots intelligents, du comique de répétition, et d’autres ficelles, le film réussira à faire rire d’une manière ou d’une autre. Bien que cela soit le but du film d’une certaine manière, et l’une des raisons pour laquelle on le compare à SuperGrave, la plus grande force du film ne réside pas dans cet humour. Booksmart brille plutôt par la réussite de ce mélange de comédie et d’authenticité bienveillante. Ainsi, Booksmart parvient à trouver sa place parmi tous les teen movies précédents, mais difficile de prévoir l’impact qu’il aura réellement dans l’histoire du genre, au vu des résultats de son box-office aux Etats-Unis. Pourtant, la nature de l’œuvre appelait plutôt à le diffuser sur Netflix, comme dans le reste du monde, pour atteindre la jeune génération visée.

En conclusion, Booksmart réussit à capter avec bienveillance une nouvelle génération, et se débarrasse de clichés lourds pour se concentrer sur l’honnêteté. A voir si vous recherchez un teen movie qui ne joue pas de blagues sexistes, homophobes ou racistes, pour se concentrer sur des sentiments simples, mais forts.

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Elsa Ribeiro

Étudiante en master cinéma, je suis passionnée de cinéma asiatique avec une préférence pour le cinéma japonais... Et Dirty Dancing !

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