Select Page

Always be maybe

Parfois, avant même de voir un film, il nous suffit de voir le casting et le synopsis pour savoir que l’on passera un bon moment. Parfois, on se trompe. Always be my maybe évoque la relation entre deux amis d’enfance, Sasha Tran (Ali Wong) et Marcus Kim (Randall Park), qui se retrouvent lors du retour de Sasha à San Francisco pour l’ouverture de son prochain restaurant. Ces retrouvailles réveillent leurs sentiments passés, et des rancunes aussi.

Il s’agit donc d’une comédie romantique américaine, genre éculé et donc quasi-impossible à renouveler. Cependant, le film est une petite révolution du fait de son casting et de son histoire. Bien sûr, le casting diversifié, avec d’abord le duo interprété par Ali Wong et Randar Park, prend la tête de cette révolution. Mais c’est surtout la dynamique des personnages qui fonctionne, avec Sasha, cheffe accomplie et célèbre, et Marcus qui vit toujours chez son père et refuse de matérialiser la réussite de son petit groupe de musique. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de lutte des genres, mais plutôt de la représentation de personnages asiatiques dans des œuvres populaires. Pour établir une comparaison rapide, on peut prendre le grand succès de 2018 – une autre révolution pour la représentation – Crazy Rich Asians (Jon M. Chu, 2018) dans lequel la majorité des personnages, comme le titre l’indique, étaient riches. Il est d’ailleurs rare de représenter des personnages asiatiques qui échouent, et qui le vivent plutôt bien. En ce sens, le personnage de Marcus est très intéressant. La réalisatrice, Nahnatchka Khan, est la créatrice des séries Don’t Trust the B—- in Apartment 23 (2012-2013) et Fresh Off the boat (2015 – en cours), ce qui atteste d’un certain talent pour la comédie. Mais cela n’implique pas nécessairement un talent pour la réalisation…

Des airs de téléfilm

Always be my maybe est donc la première réalisation de Nahnatchka Khan, une familière des séries télévisées. Cela explique sans doute les maladresses visuelles. On n’attend pas forcément beaucoup cinématographiquement d’une comédie romantique – ce qui est dommage. Une comédie romantique fonctionne avec les sentiments des spectateurs, et doit donc parvenir à les toucher. Mais Khan se repose sur le scénario, qui n’est pas suffisant malheureusement, sans chercher l’émotion dans l’image. Pour comprendre ce problème, on peut d’abord s’intéresser à la première déclaration d’amour de Sasha. A la suite d’une dispute, Sasha quitte son appartement pour rejoindre New York, et s’arrête devant sa voiture pour parler avec Marcus. Elle lui avoue alors son amour, avant de monter en voiture. Rien qu’en l’écrivant on se rend compte du peu de tension dans cette scène, et donc du manque d’enjeu de cette déclaration. Mais le cadre choisi pour la déclaration de Sasha laisse un peu pantois : un plan large où Ali Wong se tient sur le côté gauche, avec la moitié du cadre occupé par une voiture noire. La robe argentée du personnage se mêle alors au bitume pour créer camaïeu sans relief et froid. Une comédie romantique n’appelle pas forcément à des baisers au coucher du soleil, ou à des envolées de colombes, mais encore moins à une déclaration d’amour autant dénuée d’émotion. Peut-être s’agit-il d’un choix lié à la dispute du couple, mais tout semble si peu réfléchi que l’on peut clairement en douter.

© Netflix

Une réussite sur le papier

Hormis ces évolutions concernant la représentation, le film ne cherche pas à renouveler le genre. D’ailleurs, en 2016, Wong annonçait travailler avec Park sur « leur version de Quand Harry rencontre Sally », et se place donc dans la veine du film culte. On peut repérer les références, avec la longue amitié se transformant peu à peu en amour, et certaines scènes clairement inspirées du film. Mais Always be my maybe mérite-t-il réellement d’être comparé à la comédie romantique incontournable ? Always be my maybe est un projet qui donnait envie, comme le prouve l’article de Vulture en 2016, Dear Hollywood, Please Make Ali Wong and Randal Park’s Dream Rom-com. Autant Ali Wong, comédienne de stand-up – à découvrir sur Netflix dans Ali Wong – Baby cobra ou Ali Wong – Hard knock wife, que Randall Park (Fresh Off the boat, The Interview, American Summer : First Day of Camp) sont hilarants et attachants.

La réalisatrice, Nahnatchka Khan, est la créatrice des séries Don’t Trust the B—- in Apartment 23 (2012-2013) et Fresh Off the boat (2015 – en cours), ce qui atteste d’un certain talent pour la comédie. Mais cela n’implique pas nécessairement un talent pour la réalisation…

Des airs de téléfilm

Always be my maybe est donc la première réalisation de Nahnatchka Khan, une familière des séries télévisées. Cela explique sans doute les maladresses visuelles. On n’attend pas forcément beaucoup cinématographiquement d’une comédie romantique – ce qui est dommage. Une comédie romantique fonctionne avec les sentiments des spectateurs, et doit donc parvenir à les toucher. Mais Khan se repose sur le scénario, qui n’est pas suffisant malheureusement, sans chercher l’émotion dans l’image. Pour comprendre ce problème, on peut d’abord s’intéresser à la première déclaration d’amour de Sasha. A la suite d’une dispute, Sasha quitte son appartement pour rejoindre New York, et s’arrête devant sa voiture pour parler avec Marcus. Elle lui avoue alors son amour, avant de monter en voiture. Rien qu’en l’écrivant on se rend compte du peu de tension dans cette scène, et donc du manque d’enjeu de cette déclaration. Mais le cadre choisi pour la déclaration de Sasha laisse un peu pantois : un plan large où Ali Wong se tient sur le côté gauche, avec la moitié du cadre occupé par une voiture noire. La robe argentée du personnage se mêle alors au bitume pour créer camaïeu sans relief et froid. Une comédie romantique n’appelle pas forcément à des baisers au coucher du soleil, ou à des envolées de colombes, mais encore moins à une déclaration d’amour autant dénuée d’émotion. Peut-être s’agit-il d’un choix lié à la dispute du couple, mais tout semble si peu réfléchi que l’on peut clairement en douter.

© Netflix

On pourrait donc imaginer que le film se rattrape avec la réponse de Marcus, mais l’ensemble échoue de nouveau. Lors de cette scène, le film assume ses références à Quand Harry rencontre Sally avec une déclaration en public, dans une agitation particulière – le nouvel an pour l’un, un tapis rouge pour l’autre -, avec un long discours en anaphore. Mais celle choisie par Marcus résume bien les choix esthétiques : I don’t care. Là où la scène du film de Rob Reiner sonnait comme un climax attendu par les spectateurs pouvant tirer quelques larmes, le film de Khan sonne juste faux. La résolution des tensions du couple de Always be my maybe peut faire sourire, et montre une petite avancée sociale, mais ne parvient pas à émouvoir. Sasha et Marcus paraissent loin l’un de l’autre, avec des plans poitrines qui les opposent et ne créent aucune complicité. Aussi la présence d’un public à l’écoute, avec les photographes et reporters du tapis rouge, empêche la montée émotionnelle : rien ne parait intime. Cela est encore plus clair lorsque la caméra s’éloigne dans un plan large, quand Marcus évoque leurs relations sexuelles pour filmer la réaction de ceux qui les entourent. Cet effet donne des airs de rires préenregistrés de sitcoms comme pour nous dire « là, c’est le moment où il faut s’esclaffer ». Généralement, lorsque l’on utilise ce genre de tactique, c’est justement pour couvrir le manque d’humour.

Une comédie laborieuse

Le film ne parvient pas à se sauver par la comédie, ce qui déçoit fortement vu le casting qui laissait espérer mieux. Bien sûr, on ne passe pas tous le film les dents serrées, à attendre le dénouement – prévisible, bien sûr. On notera en particulier les scènes avec Keanu Reeves, qui n’hésite pas à se moquer de lui-même et à jouer avec l’image sage que les médias lui ont conférée. Mais avec le départ rapide de l’acteur, on ne peut réellement compter sur l’absurdité qu’apporte sa venue dans l’histoire pour nous dérider véritablement. On sent pourtant les efforts du film pour nous toucher, notamment avec le passé émouvant des personnages. Ali Wong et Randall Park sont attachants et c’est d’autant plus dommage pour ce piètre résultat. On voudrait tant passer un bon moment en regardant Always be my maybe. Et peut-être que certains ne remarqueront pas les défauts mis en avant dans cette critique – le score du film, 91 %, sur Rotten Tomatoes confirme cette idée. Après tout, Always be my maybe reste une comédie romantique des plus classiques, qui réussira forcément à atteindre le cœur de quelques spectateurs. Il semble juste dommage que le projet prometteur du film ait fait plus rêver que le film lui-même.

About The Author

Elsa Ribeiro

Étudiante en master cinéma, je suis passionnée de cinéma asiatique avec une préférence pour le cinéma japonais... Et Dirty Dancing !

Rechercher

La playlist du mois

Le Rétroscope

Suivez-nous sur Twitter

C'est dans la boîte !

Erreur détectée