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Toy Story 4 (pour)

Nous pensions en avoir fini des aventures de Woody et Buzz après une fin parfaite qui clôturait la saga Toy Story dans son troisième volet sorti il y a neuf ans. Une énième suite finit par voir le jour, malgré l’absence du papa de la série, John Lasseter.  Le 21 juin 2019, Disney sort donc enfin Toy Story 4 *, plusieurs fois retardé. Le résultat s’avère au-delà de toutes nos espérances.

Une histoire de jouets

John Lasseter (ci-dessous) en collaboration avec l’équipe de Pixar et les studios Disney parvient en 1995 à concevoir un long-métrage, Toy Story, qui révolutionnera à jamais l’histoire du cinéma d’animation. Au-delà de la technique, il fallait également une histoire et des personnages forts, hauts en couleur. Lasseter le savait bien et il se mit donc à mettre sur papier (et par ordinateur) une histoire de jouets. L’intrigue de Toy Story repose ainsi sur une question simple : et si les jouets prenaient vie une fois qu’on a le dos tourné ?. A partir d’un pitch inédit, les spectateurs suivront presque vingt ans durant les aventures palpitantes d’une troupe de jouets, parmi lesquelles les indétrônables Monsieur Patate, les petits soldats, le cochon tirelire qui accompagnent deux figurines stars devenus cultes : Woody le cow-boy et Buzz l’Éclair. L’histoire enchante petits et grands dans la plus grande tradition Disney avec la touche unique amenée par la société Pixar. Le film se révèle être un véritable succès récoltant plus de 300 millions de dollars de recettes dans le monde. Il reçoit également des critiques très positives, salué à la fois pour l’innovation technique de l’animation mais aussi la qualité du scénario.

Suite à ce beau succès, le film fait l’objet de deux suites au cinéma. Toy Story 2 (1999) fait même beaucoup mieux que son prédécesseur, récoltant plus de 450 millions de dollars à travers le monde. L’opus reste considéré à ce jour par la profession comme le meilleur de la saga. Aussi la VHS se vendra-t-elle à plus d’un million d’exemplaires en France (un record pour l’époque). Pour l’anecdote, le film fut à l’origine développé par Disney et ne devait sortir que directement en vidéo. Le triomphe de cette suite se révèle donc une belle revanche pour John Lasseter et son équipe, au terme d’une bataille les opposant aux studios de l’oncle Walt. Toy Story 3 sortira enfin bien plus tard, en 2010, explosant une fois encore le box-office en récoltant plus d’un milliard de dollars dans le monde. Le film clôture alors pour l’heure l’histoire de Woody et Buzz. Les critiques furent quasiment unanimes à son sujet, des deux côtés de l’Atlantique. « Cet épisode, le meilleur des trois, est tout ce qu’un film devrait être : hilarant, touchant, excitant et intelligent » dira USA Today. 

© Jesse Grant

Même Télérama lui accorde quelques mots bien sympathiques en y décelant « un grand spectacle sans mièvrerie ». Un magnifique happy-end dira-t-on. Pas tout-à-fait… Le 6 novembre 2014, Disney annonce le développement d’un quatrième épisode. Mais pourquoi donner une suite à une trilogie aussi parfaite ? Que peut-on attendre d’un film et surtout d’une société engagée à ne plus jamais réaliser de suite ? Et comment peut-on imaginer Toy Story sans John Lasseter qui quittera le navire après une accusation pour « gestes inappropriés » envers des employées de Pixar ? La saga perd alors également son deuxième parent après le départ en retraite d’Edwin Catmull. Le film prend donc beaucoup de retard jusqu’à l’arrivée de Josh Cooley et d’une nouvelle équipe de dessinateurs.

 Quand je disais à mes amis que je bossais sur ce quatrième épisode, tout le monde répondait : « oh non, pourquoi une suite ? ». Le plus important était d’avoir une histoire intéressante, et que le film mérite le titre de Toy Story 4. On s’était promis de ne pas le faire sans ces deux conditions, et ça a mis du temps pour y arriver. Quand on a pensé au retour de Bo Peep (la Bergère, absente dans le troisième chapitre, NDLR), tout s’est mis en place. 

Josh Cooley

© Disney/Pixar

Un démarrage sur les chapeaux de roues

John Lasseter remplacé par Peter Docter comme directeur artistique, le film reprit. Toy Story 4 avait commencé à prendre un virage sur les chapeaux de roues, il peut enfin se permettre de suivre une bonne direction. Et le résultat à l’arrivée est bluffant. D’ores et déjà, les premières minutes du film nous rassurent avec un flash-back qui nous met dans le bain. Woody ne vit désormais plus chez Andy. Sa nouvelle propriétaire, déjà croisée dans le précédent opus, s’appelle Bonnie. L’arrivée de Fourchette, un nouveau compagnon qu’elle a elle-même fabriqué, provoque un véritable bouleversement ontologique parmi les jouets. Fourchette ne souhaite pas devenir un objet de jeu. Il s’enfuit donc, mettant le bonheur de sa propriétaire en grand danger. C’est le début d’une grande aventure et d’un extraordinaire voyage pour Woody et ses amis. Le cowboy va ainsi découvrir à quel point le monde peut être vaste pour un jouet. A partir de ce synopsis, Toy Story 4 réconcilie le simple spectateur avec le cinéphile averti, en prouvant comme rarement  qu’un film exigeant peut être populaire, dans la plus noble acception du terme. Pixar nous propose en effet un bijou extrêmement bien ciselé, d’une maîtrise totale dans la mise en scène. Chaque séquence se révèle être tout simplement époustouflante. Le scénario mêle habilement les genres, du buddy movie à la comédie pure en passant par le drame et la romance. Les scénaristes arrivent même subtilement à intégrer un ancien personnage qui véhicule un discours féministe. Les créateurs exploitent à nouveau les références aux jouets avec l’apparition de nouveaux venus très divertissants et surtout un personnage bien sympathique, Fourchette.

Fourchette, c’est un bricolage qui n’a pas encore compris qu’il était un jouet. Bonnie le fabrique à partir d’un bout de plastique lors de son premier jour à la maternelle. Sauf qu’au lieu de jouer, Fourchette veut tout simplement finir dans une poubelle. Il est jetable, c’est comme ça. Mais Woody va lui apprendre ce que ça implique d’être un jouet.

Josh Cooley

© Disney/Pixar

Une suite dispensable

On ne change pas une équipe qui gagne. Les jeux respectifs de Tom Hanks (Woody) et Tim Allen (Buzz) s’avère toujours aussi uniques et exceptionnels. L’alchimie fonctionne tout simplement à la merveille. Nous ne boudons pas non plus notre plaisir d’entendre à nouveau la musique extraordinaire de Randy Newman qui retrouve Pixar et la série des Toy Story dont il compose la partition et les chansons depuis le commencement. Est-ce que cette saga avait donc besoin d’une suite ? Paradoxalement, non. Les trois films suffisaient et mettaient un point final à l’arc narratif entamé en 1995. En d’autres termes, Toy Story 4 peut être considéré comme une suite dispensable. Ce quatrième volet reste cependant génial et le mot est bien faible. Les équipes de Pixar nous prouvent encore une fois qu’ils demeurent incontestablement les meilleurs malgré une concurrence de plus en plus importante dans le milieu de l’animation (DreamWorks, Mac Guff, Blue Sky, Ghibli, Aardman et consorts).

© Disney/Pixar

Un retour aux sources réussi

Josh Cooley aime à croire que Pixar puisse encore dépasser les limites de la technologie actuelle. Le travail apporté à la lumière par exemple n’a jamais été aussi réaliste. Les jouets se retrouvent confrontés aux grands espaces. La gamme d’éclairages se révèle bien plus étendue que dans les précédents opus de la saga. Le travail sur les textures et les matières de la boutique d’antiquité est absolument gigantesque et bourré de références et de clins d’œil. Que dire de l’équipe de Skywalker Sound qui lève d’un cran leur emploi dans la conception sonore… Le film ne révolutionnera certes pas une énième fois le cinéma d’animation, mais il est certain que nous sommes bien nombreux à nous satisfaire d’un retour aux sources réussi. Reste une évidence : ces personnages-objets font bel et bien partie intégrante de notre vie. La magie demeure intacte avec le temps.

* Le film ne faisant pas l’unanimité au sein de la rédaction de Gone Hollywood, retrouvez l’avis défavorable de Caroline Veron ici.

A propos de l'auteur

Christopher Poulain

Photographe et réalisateur, diplômé de l'École Supérieure d'Études Cinématographiques (ESEC - Paris 12e). Passionné d'art, de musique 70's et de voyage.

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