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Pavarotti

Le 6 septembre 2007, Luciano Pavarotti s’éteignait à l’âge de soixante-et-onze ans. Il reste aujourd’hui dans nos mémoires comme l’un des plus grands interprètes lyriques masculins du XXe siècle, autant pour sa voix et son intensité dramatique que pour sa personnalité, ses failles et ses fragilités. Ron Howard revient sur le destin du ténor dans son documentaire Pavarotti, une oeuvre immersive dans la vie personnelle intense et la carrière artistique exceptionnelle du chanteur. Après un beau succès en salle aux États-Unis, le documentaire consacré au chanteur sort en France uniquement en exclusivité dans les salles CGR. Ce bel hommage orchestré par le réalisateur américain Ron Howard est agrémenté d’un montage d’images et d’interviews inédites qui offre aux spectateurs une aventure passionnante dans la vie d’un homme hors du commun.

Ron Howard, réalisateur oscarisé d’une pléiade d’oeuvres mémorables parmi lesquelles Apollo 13 (1995) et Un homme d’exception (2001), s’essaie à nouveau au documentaire après le magnifique The Beatles: Eight Days a Week (2016) qui explorait les premières années de la carrière des quatre garçons dans le  vent. Avant de s’attaquer à un autre grand artiste, Louis Armstrong, le cinéaste s’intéresse à la vie et à la carrière du « ténor du peuple », en s’appuyant sur des archives rares ainsi que de nombreux témoignages parmi lesquels ceux de Spike Lee, Bono, Placido Domingo, José Carreras ou encore Nicoletta Mantovani, sa seconde épouse. Artiste unique et bouleversant, flirtant avec ses collègues de l’opéra et de la pop internationale, Luciano Pavarotti sut mettre en avant sa personnalité haute en couleurs, véhicule d’une générosité exceptionnelle au service d’une lutte acharnée pour démocratiser l’art lyrique à travers le monde.

Je veux atteindre autant de personnes que possible avec le message de la musique, du merveilleux opéra […] La partition est une chose, le chant en est une autre. Ce qu’il faut, c’est avoir la musique en tête et la chanter avec le corps.

Luciano Pavarotti

un personnage de légende

Luciano Pavarotti a marqué indéniablement le XXe siècle. Né en 1935 à Modène en Italie, le jeune homme a grandi avec la musique aux côtés de son père, Fernando Pavarotti, un boulanger-chanteur. Son talent, son travail et surtout ses qualités d’interprète lui valent une rapide célébrité. Son nom rejoindra par la suite le répertoire des œuvres les plus emblématiques et des scènes les plus prestigieuses (Royal Opera House, Metropolitan Opera, La Scala). Pavarotti junior devient ainsi le ténor le plus célèbre après une prestation époustouflante avec sa prestation dans La Fille du régiment de Donizetti en 1972. À partir d’archives visuelles et d’interviews de proches du ténor, Ron Howard raconte avec une mise en scène scolaire mais efficace la vie de l’artiste bigger than life. Ce documentaire construit sous forme chronologique ne révolutionnera peut-être pas le genre mais le sacré personnage qu’il fut suffit à lui seul à susciter l’intérêt du novice. Car Luciano Pavarotti reste un personnage de légende. Sa vie est tout simplement un roman. Sa destinée, une tragédie.

Pavarotti en concert à l’Assemblée du Peuple de Pékin, en 1986 © Vittoriano Rastelli/Corbis Historical

Ron Howard passe malheureusement trop vite sur les jeunes années de Pavarotti. On découvre néanmoins sur quelques clichés en noir et blanc un adolescent heureux dans une famille soudée, malgré les difficultés du pays qui souffre encore des blessures d’un passé douloureux. C’est dans les années 60 qu’on le retrouve propulsé à ses débuts avec le rôle de Rodolfo dans La Bohème de Puccini. Très vite, on lui propose de remplacer au pied levé le grand ténor Giuseppe Di Stefano au Royal Opera House à Covent Garden. Le public, sous le charme, lui ouvre les portes du monde entier. On découvre ainsi des images inédites de l’intimité de Pavarotti, révélant un homme généreux et vivant, d’une élégance étourdissante que ce soit face à un public enchanté, dans une émission de télévision, à l’atterrissage d’un avion ou même devant une foule d’admirateurs. Les artistes qu’ils l’ont connu, nous font partager leur histoire intime avec Luciano Pavarotti. Des histoires fortes et amusantes comme celle de Bono racontant sa collaboration sur la chanson « Miss Sarajevo ». Il y a également des moments tristes comme le combat qu’il a mené contre la maladie de sa fille, née de son premier mariage avec Adua Veroni. Mentionnons également son divorce difficile et ses conséquences. Mais comme toute histoire, la vie de Pavarotti était un conte. L’amour et le bonheur, il les trouvera à l’occasion de sa rencontre avec Nicoletta Mantovani qu’il épousera fin 2002. Le ténor donnera une fille un an après. Pavarotti mourra quelques années plus tard d’un cancer du pancréas dans la ville qui l’a vu naître. 

Pavarotti en répétition avec Leone Magiera © Ira Nowinski/Corbis/VCG

genius is forever

Ron Howard, ne cherche pas la performance stylistique. Le cinéaste s’appuie au contraire principalement sur une mise en scène simple et organisée, retraçant la carrière et la vie personnelle de Pavarotti avec une certaine exigence, en nourrissant son sujet de témoignages de gens importants dans la vie du ténor. Ron Howard convoque même les épouses du chanteur, Adua Veroni et Nicoletta Mantovani, pour se procurer des documents précieux sur la vie privée de l’artiste. Cette réalisation documentée menée avec passion permet de suivre pas à pas la construction progressive d’une légende, mais aussi celle d’un homme.

Avec Pavarotti, ma question était la suivante : d’où vient cet art formidable ? Cela ne vient pas seulement de la voix remarquable. Elle doit venir du cœur. C’est la seule façon de créer des performances si vraies qu’elles résonnent à jamais. Je voulais tout savoir sur la façon dont Pavarotti cultivait ça et comment il gérait les coûts personnels pour devenir un artiste célèbre.

Ron Howard

Le sous-texte en filigrane dans Pavarotti trouvera un écho à la fois singulier, familier et universel chez tout un chacun. Une vie n’est pas faite de choix rationnels et d’analyses, et c’est bien ce que procure le film : de l’émotion à l’état brut, le déroulé d’une vie au détour de ses folies artistiques, de ses choix cornéliens, de ses regrets, de ses espoirs… Mais aussi de ses grandes œuvres, de ses collaborations fructueuses et de son engagement auprès de diverses associations caritatives. Luciano Pavarotti consacra en effet une grande partie de son temps aux concerts de charité et aux actions humanitaires entre 1992 et 2002 avec « Pavarotti & Friends ». Les mélomanes ne seront pas laissés pour compte, avec de nombreux airs célèbres qui ponctuent la bande originale, et la présence de ses deux célèbres compères Placido Domingo et José Carreras, membres emblématiques des Trois Ténors qui rencontreront un grand succès dans les années 90. Ron Howard nous gratifie avec son documentaire d’un hommage sincère à un artiste pris dans le tourbillon d’une vie de ténor intense et passionnante.

© DR

Certains peuvent chanter de l’opéra. Luciano Pavarotti était un opéra.

Bono

Pavarotti (Pavarotti: Genius is Forever, 2019 – USA) ; Réalisation : Ron Howard. Scénario : Cassidy Hartman et Mark Monroe. Chefs opérateurs : Axel Baumann, Michael Dwyer et Patrizio Saccò. Musique : Rick Markmann, Matter Music, Dan Pinnella et Chris Wagner. Production : Jeanne Elfant Festa, Brian Grazer, Ron Howard, Michael Rosenberg et Nigel Sinclair. Durée : 114 minutes.

En salle le 6 novembre 2019. 

Copyright photo de couverture : Sacha Gusov

A propos de l'auteur

Christopher Poulain

Photographe et réalisateur, diplômé de l'École Supérieure d'Études Cinématographiques (ESEC - Paris 12e). Passionné d'art, de musique 70's et de voyage.

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