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Maléfique : Le Pouvoir du mal

Disney continue sur la route tracée depuis le deuxième volet du reboot burtonien d’Alice au pays de merveilles (De l’autre côté du miroir, 2016), non plus en adaptant ses classiques, mais en leur donnant des suites sans saveur, où la seule motivation potentiellement artistique finit grignotée par l’appât du gain. Les producteurs en oublient donc le principal intérêt d’une telle entreprise, à savoir raconter une bonne histoire grâce au bon traitement des personnages, au détriment d’effets spéciaux à gogo. La suite donnée à Maléfique (Robert Stromberg, 2014) en paie irrémédiablement les conséquences.

Maléfique : Le Pouvoir du mal est la suite directe de Maléfique réalisé par Robert Stromberg en 2014, une relecture du célèbre conte de Charles Perrault, La Belle au bois dormant qui avait déjà fait l’objet d’une adaptation en dessin animé en 1959 par Clyde Geronimi, au sein des Studios Disney. Malgré des imperfections dues à une réalisation pantouflarde et une direction d’acteurs des plus déplorables au niveau des seconds rôles, le film se laissait regarder grâce à des effets spéciaux réussis et une prestation inspirée d’Angelina Jolie, étonnante en fée maléfique avide de vengeance, le tout saupoudré d’une magnifique bande originale signée James Newton Howard. Le film fut un succès au box-office avec près de 800 millions de dollars dans le monde et l’évidence même pour Walt Disney Pictures de vouloir donner une suite à cette adaptation en  live action (prises de vues réelles, pour les néophytes), une recette bien rodée depuis Alice aux pays des merveilles de Tim Burton avec ses 1 milliards de dollars de bénéfices. L’argent appelle l’argent, ou du moins « greed is good » selon l’adage du Gekko d’Oliver Stone (Wall Street, 1987). Après les succès de La Belle et la bête (Bill Condon, 2017)d’Aladdin (Guy Ritchie, 2019) ou du Roi Lion (Jon Favreau, 2019), Disney officialise la sortie de la suite de Maléfique sous la direction du cinéaste norvégien Joachim Rønning qui co-réalisa avec son compère, Espen Sandberg, des films de secondes zones tels l’insipide Bandidas (2004) produit par Luc Besson ou un énième volet de la saga Pirates des Caraïbes, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, sorti en 2017. Cette fois-ci, Joachim Rønning navigue seul et prend en mains Maléfique 2. Angelina Jolie donne très vite son accord, suivie par Fanning prête à reprendre le rôle de la jeune Aurore.

Une suite était nécessaire pour raconter ce nouveau chapitre de l’histoire. Aurore a grandi et Maléfique a du mal à l’accepter. J’aime ce rapport mère-fille.

Angelina Jolie

disney lave plus blanc que blanc

Le pitch est simple. Cinq années passent après la malédiction qui pesait sur Aurore depuis son plus jeune âge. Aujourd’hui apaisée et heureuse, elle règne sur le royaume de la Lande au bonne grâce de Maléfique, sa marraine. Dans cet épisode, Aurore se voit demandée sa main par le Prince Philippe mais Maléfique voit cette union d’un mauvais présage. Elle accepte toutefois l’invitation de la famille du Prince jusqu’à ce que les choses se gâtent. La reine Ingrith, mère de Philippe prépare un complot contre le monde des fées de façon plutôt vicieuse, allant jusqu’à empoisonner son mari pour détourner Aurore de sa marraine. Le monde des fées se retrouve alors menacé par cette femme qui ne cherche que destruction et chaos dans le Royaume. Présentations faites, nous pouvons dès à présent nous attaquer au vif du sujet, osant même dévoiler la fin de cette histoire qui sans surprise, se termine bien. Est-ce étonnant de la part de Disney ? La mise en chantier de Maléfique 2 avait de quoi faire peur… Cette impression se confirme très vite au terme d’une quinzaine de minutes, notamment au détour d’une ouverture pour le moins ridicule.

© Disney

On garde une mauvaise amertume en bouche en se souvenant des interprétations insupportables composées respectivement par Elle Fanning et son prince. Avec désolation, nous comprenons très vite que Maléfique : Le Pouvoir du mal appartiendra à la triste catégorie des films tout-à-fait inutiles n’ayant pour seul et unique but de remplir les poches des gros Studios. Joachim Rønning n’officie là que comme simple exécutant à la solde de Disney pourvoyeur du cahier des charges suivant : produire un film avec beaucoup d’effets spéciaux pour faire rêver les bambins en manque de merveilleux, mais aussi retrouver l’équipe originale dont la présence au générique d’Angelina Jolie malgré le service minimum syndical fourni. N’oublions pas non plus la dose de bravoure, nécessaire  à cette histoire de princesse, et de morale très utile pour lessiver au Karcher les cerveau des bambins biberonnés aux productions de la firme toute-puissante.

Notre film se passe dans un univers fantastique et c’est un conte de fées. Mais, c’est bien plus fondé sur des problèmes sérieux et actuels. Comme les dangers d’essayer de séparer les gens qui sont différents, le respect de l’environnement… Les contes de fées sont des outils incroyables pour raconter de plus grandes histoires.

Angelina Jolie

© Disney

une (més)aventure féérique

Angelina Jolie nous sert certes un très joli discours suffisamment au goût de Disney démenti par la mise en scène peu inspirée du film. La suite de Maléfique offre en effet aux spectateurs son lot de redites à travers des scènes stéréotypes vues maintes et maintes fois, filmées mollement et sans goût aucun. Le scénario ne s’embarrasse pas même de crédibilité – nécessaire, faut-il le rappeler, pour écrire un film fantastique digne de ce nom- ni de cohérence. Le conte de fées ainsi mis en scène s’avère bien fade lui aussi, la faute à des dialogues très pauvres, dénués d’humour, récités par une ribambelle d’acteurs catastrophiques. Seule consolation, la merveilleuse Michelle Pfeiffer semble la seule à prendre plaisir à jouer et à donner âme à son personnage, Ingrith. Absente du dessin animé, le protagoniste fait son apparition dans le conte originel de Perrault où la belle-mère d’Aurore prend les traits d’une ogresse désireuse de manger sa belle-fille. Dans le film, point de repas princier composé de princesse. Ingrith sert simplement d’ennemie à Maléfique qui souhaite lui nuire par tous les moyens possibles.  Ce rôle sur mesure, tantôt faussement gentil tantôt machiavélique, bénéficie (fort heureusement) d’une place de choix parmi les nouveaux personnages introduits à l’écran dans ce nouvel opus. À noter toutefois, un travail réussi sur les effets numériques qui sont tout bonnement bluffants et assurent donc une immersion totale dans un univers féérique.

Peut-être un peu trop numérisées pour être vraiment convaincantes, les créatures apportent leur lot d’humour à un deuxième opus nettement plus sombre et dramatique. Scindée en plusieurs parties distinctes se rejoignant progressivement, cette longue (més)aventure ne souffre pas non plus de baisse de rythme, ni même d’aucun problème de cohésion en deuxième partie, portée principalement par l’action. Joachim Rønning, plus à l’aise dans ce registre, parvient clairement à doser les différentes histoires pour ne pas perdre son spectateur en cours de route. Du côté des traditionnelles batailles, il faudra clairement attendre l’affrontement final entre le royaume des hommes et celui des fées pour obtenir pleine satisfaction. Le film reste cependant bien trop décevant dans son ensemble, certes plus sombre et  dramatique, mais largement moins poétique et touchant. Maléfique : Le Pouvoir du mal s’avère être une continuation bien malheureuse d’une odyssée ratée. A qui la faute ? Sans doute à une mise en scène orchestrée par un branquignol d’Hollywood trop peu soucieux de rendre hommage au dessin animé ou même au conte originel de Charles Perrault. A fuir, donc.

© Disney

Maléfique : Le Pouvoir du mal  (Maleficent: Mistress of Evil, 2019 – USA) ; Réalisation : Joachim Rønning. Scénario : Linda Woolverton, Micah Fitzerman-Blue et Noah Harpster. Avec : Angelina Jolie, Elle Fanning, Michelle Pfeiffer, Ed Skrein et Chiwetel Ejiofor. Chef opérateur : Henry Braham.  Musique : Geoff Zanelli. Production : Joe Roth, Angelina Jolie et Duncan Henderson. Format : 2,39:1. Durée : 118 minutes.

En salle le 16 octobre 2019.  

A propos de l'auteur

Christopher Poulain

Photographe et réalisateur, diplômé de l'École Supérieure d'Études Cinématographiques (ESEC - Paris 12e). Passionné d'art, de musique 70's et de voyage.

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