Sélectionner une page

Last Christmas

Après avoir massacré une franchise avec sa version féminine de SOS Fantômes en 2016 et orchestré un polar à tiroirs (L’Ombre d’Emily, 2018), Paul Feig nous revient à un mois des fêtes de fin d’année avec un conte de Noël d’une mièvrerie accablante qui ferait passer le plus médiocre des téléfilms d’un après-midi d’hiver pour un chef d’œuvre du genre. Malgré l’interprétation remarquable de la pétillante Emilia Clarke, il n’y a rien à sauver dans cette vaste farce, sauf peut-être le plaisir d’entendre à nouveau la chanson kitsch du regretté George Michael qui donne son titre au long-métrage en question, « Last Christmas ».

Depuis le succès de Mes meilleures amies réalisé en 2011, Paul Feig s’est fait une spécialité des comédies de genre portées par les femmes : suite aux Flingueuses (2013), Spy (2015), SOS Fantômes et son casting féminin, L’Ombre d’Emily (2018), il tente de retrouver le succès avec Last Christmas, une comédie légère se déroulant pendant la période de Noël. Et quelle aubaine : les années 2000 auront eu le droit à leur lot dans le genre avec Love Actually (Richard Curtis, 2003), The Holiday (Nancy Meyers, 2006) ou Esprit de Famille (Thomas Bezucha, 2005). Last Christmas peut-il donc prétendre à devenir l’un des films romantiques à succès qui réunira la famille durant les fêtes de fin d’année ? De toute évidence, non !

LA POULE AUX ŒUFS D’OR

Paul Feig, acteur, réalisateur, producteur à la télévision et au cinéma est un touche-à-tout. Porté par cette fougue artistique débridée, il fait ses débuts en tant qu’acteur dans des séries télévisées plus ou moins réussies (Good Sports en 1991, The Edge en 1992 ou encore The TV Wheel trois ans plus tard). Mais c’est en tant que réalisateur et scénariste qu’il va se tailler une « solide » réputation grâce à la comédie dramatique adolescente Freaks and Geeks (1999), acclamée par la critique au point de devenir une série culte malgré une seule et unique saison. Il faudra attendre 2011 pour qu’il cartonne réellement au box-office mondial avec Mes meilleures amies produit par le célèbre réalisateur à comédie potache, Judd Apatow. Le film rapporte  en effet plus de 219 millions de dollars de recettes dans le monde sans compter son succès en exploitation vidéo. Paul Feig devient du jour au lendemain un réalisateur bankable aux yeux des studios américains grâce à ce succès « ô combien » surprenant. La formule, bien rodée, ne changera désormais plus.

Paul Feig sur le plateau de Last Christmas © Jonathan Prime/Universal Pictures

Car oui, Hollywood se fiche pas mal de la qualité de ses films, tant que la poule aux œufs d’or continue de pondre à une cadence frénétique. L’important reste la rentabilité à tout prix. Mais le petit prince Feig désenchantera rapidement après l’insuccès de son SOS Fantômes au féminin qui fera hurler les fans de la première heure, sans parler même son dernier film datant de 2018, un thriller hitchcockien qui intéressera bien peu de monde, L’Ombre d’Emily.

A Hollywood, on fait rarement des films par pur altruisme. Mes films ont cartonné au box-office, alors on me laisse continuer l’exploration de cette veine féminine.

Paul Feig

Paul Feig avait urgemment besoin d’un succès. Quelle coïncidence ! Les films de Noël permettent de rentabiliser très vite leur budget. Bref, un succès garanti à l’arrivée. Last Christmas, donc, proposait un pitch de départ vaguement prometteur, du moins sur le papier, avec son mélange plutôt bienvenu de comédie et de fantastique. A l’arrivée et à l’écran donc, nous constatons avec regret que rien de tout cela ne fonctionne, le potentiel évoqué plus haut se retrouvant édulcoré, la faute à un scénario sans cesse le cul entre deux chaises. L’histoire s’annonçait à l’évidence des plus simples : Kate, une jeune femme plutôt paumée, vague resucée de Bridget Jones, se retrouve à errer comme une âme en peine dans les rues de Londres après une série de mauvaises décisions en cascade. En conflit perpétuel avec sa famille, dépassée par un boulot alimentaire qui l’oblige à se déguiser en lutin dans un magasin à l’approche des fêtes, notre jeune héroïne parviendra à s’extirper de son quotidien pesant grâce à la rencontre d’un mystérieux jeune homme, beau et charmant, joué par l’excellent Henry Golding (qu’on retrouvera dans le prochain film de Guy Ritchie, The Gentlemen en 2020)… Inutile d’aller plus loin : vous vous attendez sans aucun doute au traditionnel : « ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants » ? Détrompez-vous ! Les deux scénaristes en charge de cette histoire, Bryony Kimmings, une novice du storytelling qu’on ne risque pas de recroiser de sitôt dans le domaine, et l’actrice Emma Thompson qui interprète également le rôle de la maman de Kate, ont tenté vainement de se prétendre plus futées que les autres. Et si cette histoire d’amour n’était donc rien d’autre que le fruit de l’imagination perturbée de l’héroïne ? On apprend ainsi au fil de l’histoire que Kate, jadis, allait trouver la mort en raison d’un cœur défectueux. Fort heureusement, elle trouva un donneur. Mais à qui donc pourrait-il bien appartenir ? Bien évidemment à son amoureux fantôme, pardi ! Ni Marc Levy ni Guillaume Musso n’auraient osé inventer une histoire qui brille par un tel degré d’idiotie flagrante. N’osons pas même le moindre parallèle avec The Ghost and Mrs. Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947) !

Emilia Clarke dans Last Christmas (Paul Feig, 2019) © Jonathan Prime/Universal Pictures

Emilia Clarke et Henry Golding dans Last Christmas (Paul Feig, 2019) © Jonathan Prime/Universal Pictures

HEAL THE PAIN

Au-delà d’un canevas qui frise allègrement le ridicule, la mise en scène de Paul Feig, toujours aussi peu inspirée et souvent maladroite, n’aide vraiment pas à relever le niveau d’ensemble. Le principal problème se niche surtout au cœur d’un montage décousu qui ne trouve jamais tout-à-fait son rythme, ni donc sa vitesse (de croisière) pour permettre de suivre au mieux les aventures de notre charmante petite Cosette en quête d’amour. Mentionnons également la morale pathétique et consternante à l’égard des pauvres laissés-pour-compte, morale que le chef (étoilé ?!) vous sert en dessert jusqu’à l’indigestion avant même d’avoir passé les fêtes de Noël ! Il nous faut cependant reconnaître que la première demi- heure du métrage s’avère ici et là suffisamment amusante pour faire office d’amuse-bouche efficace, grâce à des dialogues plutôt bien écrits servis par une actrice convaincante, Emilia Clarke, qui nous avait déjà charmé par le passé dans Me Before You (Thea Sharrock, 2016) et Solo : A Star Wars Story (Ron Howard, 2018). Ce sont ensuite des seconds rôles plutôt attachants mais peu exploités qui l’accompagnent : telles  Michelle Yeoh, en patronne sympathique de magasin, ou Emma Thompson, en mère dépressive. Malheureusement pour nous (et pour Paul Feig), seules quelques 75 minutes supplémentaires suffisent à gâter sérieusement cet opus de Noël. L’ensemble devient en effet progressivement poussif, vain et fumeux tant dans son discours que dans ses situations mises en scène. Feig, n’ayant strictement plus rien à raconter, se contente platement d’enchaîner des séquences clippées en utilisant des chansons pop du moment et des tubes de George Michael dont une inédite, Heal the Pain, écrite spécialement pour le film. Emma Thompson également confirmera elle-même que le film lui a été inspiré par le chanteur et ses compositions.

George était l’homme le plus adorable qu’on puisse imaginer. Il a été conquis par tous les thèmes abordés dans le film.

Emma Thompson

Est-il vraiment utile d’en rajouter une couche pour évoquer la chute tant attendue ? Car c’est bien sur une terrible révélation – un twist bien maladroit – que s’achève ce film irrévocablement condamné à se voir taxer de « daube » en sauce (de Noël), d’une bêtise incommensurable et sans nom qui entend surfer sur le succès d’Il était temps (2013) de Richard Curtis, lequel parvint avec maestria, soulignons-le, à mélanger comédie et fantastique avec une aisance et une sincérité toutes deux rares. Last Christmas reste à ce titre bien pathétique, voire anecdotique. Paul Feig, qui s’emmêle les pinceaux dans sa tentative opportuniste de rivaliser bien maladroitement avec les productions de Richard Curtis, finit donc par démontrer une énième fois ses médiocres talents de conteur (de Noël) avec cette farce laborieuse à destination des spectateurs shootés au vaporisateur « senteur sapin ». A défaut de pouvoir se payer la moindre bonne tranche de rigolade tout au long de ces quelques 103 minutes d’ennui, on se contentera donc quelques saynètes divertissantes ici et là que conclue un final plutôt plaisant. 

Last Christmas (2019 – USA) ; Réalisation : Paul Feig. Scénario : Emma Thompson et Bryony Kimmings. Avec : Emilia Clarke, Henry Golding, Michelle Yeoh, Emma Thompson, Lydia Leonard, Maxim Alexander Baldry, Boris Isakovic et Ritu Arya. Chef opérateur : John Schwartzman. Musique : Theodore  Shapiro. Production : David Livingstone, Emma Thompson, Paul Feig, Jessie Henderson et Sarah Bradshaw. Format : 2,00:1. Durée : 103 minutes.

En salle le 27 novembre 2019. 

Copyright photo de couverture : Jonathan Prime/Universal Pictures

A propos de l'auteur

Christopher Poulain

Photographe et réalisateur, diplômé de l'École Supérieure d'Études Cinématographiques (ESEC - Paris 12e). Passionné d'art, de musique 70's et de voyage.

Rechercher

Le Rétroscope

En DVD

Suivez-nous sur Twitter