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Ça : Chapitre 2

Ça : Chapitre II, réalisé par Andy Muschietti,arrive enfin sur nos écrans après deux ans d’attente. Pour rappel, le célèbre roman d’horreur de Stephen King Ça (1986) a été classé comme le roman le plus vendu aux États-Unis l’année de sa parution. C’est dire l’engouement pour ce roman et l’attache qu’ont les gens pour cette histoire racontant la lutte de sept enfants terrorisés par un clown maléfique se faisant appeler Grippe-Sou, une entité maléfique connue sous le nom de Ça qui prend la forme des peurs les plus profondes.

La nostalgie se révèle être parfois la plus redoutable arme pour arpenter le box-office. Et le succès « surprise » de Stranger Things réalisé en 2016 par les frères Duffer a considérablement aidé à concrétiser l’adaptation du roman de Stephen King au cinéma. Une première version de Ça pour la télévision a été réalisé par Tommy Lee Wallace, l’un des plus fidèles collaborateurs de John Carpenter, en 1990. Le succès, à l’époque, sous la forme d’un téléfilm en deux parties, a secoué toute une génération d’ados biberonnés aux Contes de la crypte (1989-1996). En 2009, Warner envisage de sortir une nouvelle adaptation du roman à succès de Stephen King en deux parties. Maintes fois repoussé, maintes fois discuté pour un retour à l’écran, Ça est bel et bien là, renouant avec nos peurs les plus anciennes pour une seconde adaptation visant à nous faire oublier la génération du téléfilm de 1990 et de Tim Curry, pourtant parfait dans son interprétation de Grippe-Sou. Un temps confié à Cary Fukunaga (Beasts of No Nation (2015)), l’adaptation atterrit dans les mains d’Andrés Muschietti, réalisateur de l’efficace Mama (2013). Le pari étant de taille surtout après des adaptations ratées de Stephen King et des films d’épouvante aux allures de copies conformes, ce nouveau long-métrage arrive avec une certaine aisance dans sa mise en scène à donner le meilleur en respectant au maximum le roman initial. Fidèle, le film l’est tant qu’il peut, évitant bien entendu certains passages trop violents, en oubliant volontairement d’autres par souci de rythme et modifiant quelques scènes pour les remettre au goût du jour, notamment sur les différents aspects monstrueux du clown.

Le remake de Ça d’Andy Muschietti réussit à aller au-delà de mes attentes. Relaxez-vous. Attendez. Et appréciez. 

Stephen King

Retour à Derry

Le Club des Losers n’a rien à envier à ses prédécesseurs de 1990, pareillement pour le clown, ici interprété par le génial Bill Skarsgård, qui nous offre une version nettement plus perverse que celle de Tim Curry. La première partie de Ça (2017) a été une réussite surprenante et l’une des meilleures adaptations du « king » au cinéma, Muschietti ayant indéniablement réussi à proposer autre chose qu’un simple film d’horreur fashionable. Le film s’impose en effet au box-office de l’année 2017 avec plus de 700 millions de dollars de recette mondiale pour un budget de 35 millions de dollars. C’est dire les attentes générées pour la seconde partie auprès des spectateurs. En France, la première partie de Ça réalise un score de plus 2 millions d’entrées. Parmi les plus gros succès du genre seuls Sixième Sens (M. Night Shyamalan, 1999)L’Exorciste (William Friedkin, 1973)Scream 3 (Wes Craven, 2000) et Shining (Stanley Kubrick, 1980) ont pu dépasser les deux millions de spectateurs. Que vaut donc vraiment cette deuxième partie ? Verdict… La première partie se passe en 1989 à Derry, dans le Maine. Sept adolescents ayant du mal à s’intégrer forment ensemble le « Club des losers » sans cesse attaqués par les gros durs du collège. Ils rencontrent également chacun à leur tour le fameux clown, cette chose qu’ils appellent « Ça ». Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des plus grandes peurs de ses victimes, en majorité des enfants. Bien décidés à rester soudés, les « losers » tentent de surmonter leurs peurs pour vaincre ce clown maléfique. Ils réussissent bien que mal à tuer le clown et à le faire disparaît dans l’obscurité. Les losers font alors un pacte de sang avec la promesse de revenir à Derry, au cas où « Ça » reviendrait à nouveau. La seconde partie de l’histoire se passe donc 27 ans plus tard, alors que Grippe-Sou, le clown sanguinaire, est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour mener chacun leur vie, excepté Mike, seul membre du groupe à être resté à Derry. Après plusieurs incidents et disparitions étranges, il demande à sa bande de se réunir et ainsi respecter leur promesse.

© Brooke Palmer/Warner Bros.

Une comédie horrifique

Est-il possible que nous puissions après cette vague de compliments concernant la première partie, croire à une réellement déception concernant le deuxième opus ? Andrés Muschietti, le nouveau chouchou de la Warner qui a maintenant carte blanche sur ses films peut-il nous décevoir ? Hélas, oui. La première partie fonctionnait grâce un certain parti pris par le réalisateur : jouer la carte du « premier degré », une histoire crédible, épaulée par des personnages bien dessinés et qui évoluent dans un univers à la Stephen King fort séduisant. Résultat : on est charmé, on y croit et on est impatient de retrouver cette bande de losers. Malheureusement, dès les premières minutes du deuxième chapitre, nous comprenons que l’esprit du film et surtout l’apparition de Grippe-Sous entraine un virage à 180°. Exit la subtilité, l’ambiance effrayante et macabre. Bonjour la comédie horrifique à la House (1986) de Steve Miner ou à la Creepshow (1982) de George A. Romero. Donc comment pouvait-on imaginer de passer d’un film d’horreur sérieux subtile et intelligent à de la bouffonnerie d’horreur destinés aux geeks un peu trop portés sur la masturbation ? Les changements opérés n’ont aucun intérêt étant donné que le scénario, déjà très linéaire, parasité par des flashbacks maladroits, saborde la psychologie des personnages, véritables pantins désincarnés, uniquement là pour servir le récit. Les acteurs n’ont, du coup, pas grand-chose à défendre. Et c’est bien dommage, au vu du travail magnifique accompli par le directeur de casting Rich Delia qui a su avoir l’œil pour réunir à l’écran de superbes interprètes. Le film, relativement laid, la faute à des effets spéciaux grotesques ainsi qu’à un défaut flagrant de finesse, s’embourbe rapidement dans une pseudo mièvrerie proprement insupportable qui alourdit encore plus la mise en scène, simpliste et impersonnelle d’Andrés Muschietti, d’où n’émerge aucune séquence poétique. Et que dire de ce romantisme qui, hier, fonctionnait à la merveille et aujourd’hui tombe lamentablement à plat ? Pire, qui tourne au ridicule lorsque par exemple Beverly repense au baiser de Bill dans un flashback ridicule saupoudré d’une mélodie sirupeuse. Il ne s’agit là que d’un petit échantillon des effets lourdingues passablement ringards, qu’un réalisateur à l’ego naissant et au budget confortable impose à un projet dont les raisons de l’échec artistique s’avèrent profondément honteuses. Et bien entendu, ce très mauvais film « d’épouvante » (apparemment) ne parvient, ô grand jamais, à créer la moindre tension ou le moindre suspens, ni même à insuffler un quelconque intérêt pour un scénario bien terne. Que dire d’autre part des gags inlassablement répétitifs, employés jusqu’à l’usure… 

© Brooke Palmer/Warner Bros.

De grandes espérances

Rappelons d’emblée que le deuxième chapitre de Ça a bénéficié d’un budget bien plus conséquent que le premier opus. « Le budget et les limites imposés au premier film ne me permettaient pas de tourner certaines scènes, nous n’avions pas assez d’argent ou de temps, mais j’ai pu les insérer avec succès dans le deuxième film » dira ainsi le réalisateur.  Au résultat, il est bien dommage qu’il ne fût pas contraint à un budget limité. Il aurait peut-être bien mieux réussi son film et ne l’aurait pas saboté en ayant recours à des idées pour le moins farfelues. Par le passé, Andrés Muschietti s’inspirait de films : « Avant de tourner Mama, j’avais revu tous mes classiques. J’auscultais le moindre plan, j’étais obsédé par la façon dont ils étaient fabriqués. Aujourd’hui, je ne souhaite plus avoir de références en tête. Parce que j’ai évolué en tant que réalisateur et que je ne tiens pas à copier le travail de quelqu’un d’autre. Je ne veux pas être influencé ». Sans doute lui aurait-il fallu ici faire preuve d’une once d’humilité au regard de sa création. Cette suite brouillonne ne parvient à insuffler que de l’ennui. Le film dure tout de même 2h50, d’après une version longue qui avoisinait les quatre heures. A l’arrivée ne reste qu’un long-métrage bancal qui ne brillera que par son incohérence. La première partie de Ça, très réussie, nous aura fait espérer un grand moment de cinéma. Le spectateur se retrouve ici avec une comédie d’horreur superficielle et dénuée de sens où l’on rit, on se moque surtout, et on pleure de colère d’avoir été trompé par une bande-annonce très efficace mais bien mensongère. Plus cher, plus trash, plus grand-guignolesque mais aussi plus clownesque. Aurions-nous affaire à une vaste farce ? Peu importe, cette seconde partie restera une trahison violente à l’égard des spectateurs, nous laissant un goût amer en bouche.

Ça : Chapitre 2 (It: Chapter Two – 2019 – USA) ; Réalisation : Andrés Muschietti. Scénario : Gary Dauberman d’après le roman de Stephen King. Avec : Bill Skarsgård, James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Hader, James Ransone. Chef opérateur : Checco Varese. Musique : Benjamin Wallfisch. Production : Roy Lee, Dan Lin et Barbara Muschietti. Format: 2,39:1. Durée : 170 minutes.

En salle le 11 septembre 2019. 

A propos de l'auteur

Christopher Poulain

Photographe et réalisateur, diplômé de l'École Supérieure d'Études Cinématographiques (ESEC - Paris 12e). Passionné d'art, de musique 70's et de voyage.

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